"Une heure après la mise en rayon, il n’y a plus rien" : pourquoi les chasses aux œufs se répètent dans les supermarchés de Montpellier ?

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Les Montpelliérains sont depuis plusieurs semaines confrontés aux ruptures d’approvisionnement d’œufs. Pourtant les poules continuent de pondre. Mais les Français en consomment toujours plus.

« Chers clients, nous rencontrons actuellement des difficultés d’approvisionnement. Nous faisons notre possible pour résoudre la situation dans les meilleurs délais. » Ces dernières semaines, ce type de message a fleuri sur un rayon, désespérément vide, de plusieurs grandes surfaces de la ville. Celui des œufs. « Ça devient un gag avec mon compagnon, quand je pars aux courses. Dimanche dernier, j’ai dû faire le tour de plusieurs magasins pour enfin mettre la main sur une boîte de six. Autant vous dire que dans ces cas-là, on ne choisit ni la qualité ni le prix ! », explique Audrey, mère de famille.

À Montpellier, les œufs en chocolat seraient-ils plus faciles à trouver que ceux des poules ? Au-delà du clin d’œil en ce lundi de Pâques, les consommateurs du clapas se heurtent depuis plusieurs semaines à une multiplication des ruptures temporaires d’approvisionnement dans les supermarchés de la ville.

Les rayons sont régulièrement vides, à Montpellier comme dans de nombreuses régions. MIDI LIBRE – NICOLAS ZARROUK

Pourquoi les rayons œufs sont-ils vides ?

Le phénomène n’est pas uniquement héraultais et il a poussé la filière à donner des explications. En pleine crise économique, les Français sont devenus accros à cette protéine bon marché et la demande a explosé en quelques années. Les données sont édifiantes.

Selon le Comité National pour la Promotion de l’Œuf, qui représente la profession, chaque Français a consommé le nombre record de 237 œufs (sous toutes ses formes) en 2025, soit une augmentation 5 % en un an. Ce chiffre pourrait atteindre 269 unités en 2035 d’après les projections. Résultat, la production et la logistique ont parfois du mal à suivre. Sans toutefois provoquer de pénuries à long terme, explique cette caissière montpelliéraine.

L’attitude de certains clients en cause ?

« Des œufs, on en reçoit régulièrement. Ce qui a changé, c’est la vitesse où le rayon se vide. Vous faites une mise en rayon et une heure plus tard il n’y a plus rien. Je crois que c’est la peur de manquer qui pousse les clients à se ruer sur ce produit. Et quand vous preniez une boîte habituellement, vous en prenez deux au cas où… »

Une analyse confirmée par l’une de ses collègues, dans une autre enseigne. « J’ai vu des comportements vraiment choquants. Des gens qui partaient avec des quantités excessives. Certains nous ont dit qu’ils étaient des professionnels et qu’ils ne parvenaient plus à s’approvisionner en direct, d’autres sont des particuliers qui ne jouent pas le jeu. »

Dans l’Hérault, un élevage supplémentaire par an jusqu’en 2030 ?

Clients qui ne jouent pas le jeu… et petites structures qui profitent de la chasse aux œufs. Aux vrais. Dans cette boutique bio proche de l’avenue de Toulouse, certains Montpelliérains découvrent le magasin au gré de leurs recherches. « Je vois rentrer et sortir des gens qui ne viennent que pour une boîte d’œufs, c’est cocasse », glissait il y a quelques jours une habituée devant le magasin.

La tension devrait progressivement diminuer dans les rayons des supermarchés promet la filière. Pour répondre à court terme à la hausse de la demande, l’âge de réforme des poules pondeuses a été reculé. À plus long terme, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard proposait en début d’année l’implantation d’un poulailler supplémentaire par an et par département jusqu’en 2030, tout en pointant du doigt des règles d’installation trop contraignantes.

« Nos poules sont en pleine forme »

"Moi, mes poules font toujours le même nombre d’œufs et je continue de les livrer tous les jours à mes clients. Sauf que les boîtes partent plus vite. Il n’y a pas de pénurie, mais une tension passagère", explique Christophe Trébuchon. Au pied du Pic Saint Loup, il élève en famille et en plein air plus de 6 000 poules pondeuses, sur un site de 5 hectares et en alimentation biologique. Un mode de production loin des maxistructures, mais qui fait aussi face à l’augmentation de la demande.

Fin mars, la maison Trébuchon publiait un message sur son site internet indiquant la limitation des achats à un plateau par personne, "afin de permettre un partage équitable entre tous les clients". "Nos poules sont en pleine forme et produisent des œufs quotidiennement. Cependant, en raison de la trop forte demande, nous avons été obligés de limiter la vente au magasin."

L’éleveur observe avec un peu de méfiance cette hausse des demandes. "La production d’œufs en France a toujours été équilibrée au plus juste, car nous travaillons un produit qui ne se conserve pas longtemps. À la moindre hausse de la demande, le déséquilibre se crée. Est-ce qu’il faut se mettre à produire plus ? Je ne suis pas convaincu car si la demande redescend dans quelques années, on se retrouvera avec de l’excédent qu’il faudra détruire."

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