Marc-André Selosse : "Les sols sont en train de se dégrader lentement mais sûrement"

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Le professeur du Muséum national d’histoire naturelle, spécialiste des sols vivants, alerte sur leur situation et les conséquences de la politique agricole actuelle.

Marc-André Selosse, professeur du Muséum national d’histoire naturelle, enseignant dans plusieurs universités de France et de l’étranger, a tenu une conférence sur les sols vivant à Millau, ce mercredi 8 avril. Spécialiste des symbioses entre plantes et champignons, et des microbes, il tente de vulgariser ses connaissances pour faire évoluer les regards sur des écosystèmes encore méconnus du grand public.

Quelle est la situation des sols vivants, dans la région millavoise, ou plus généralement en France ?

Dans un contexte agricole, l’enjeu principal est de tendre vers une végétalisation maximale des sols tout en réduisant au minimum leur travail. Même sans observation spécifique du sol millavois, le constat général est clair : les sols sont en train de se dégrader lentement mais sûrement.

Le labour excessif en est une cause majeure. Il accélère l’érosion et perturbe la vie microbienne essentielle au bon fonctionnement du sol. Or, un sol vivant agit comme une “colle naturelle” : il retient les particules, stocke l’eau et maintient sa structure. Lorsqu’il est trop travaillé, il perd progressivement ces fonctions.

Cette dégradation a plusieurs conséquences : perte de matière organique, diminution de la capacité de stockage de l’eau, et disparition des micro-organismes qui créent des pores essentiels à la circulation de l’air et de l’eau. À cela s’ajoute la formation de “semelles de labour”, ces couches compactées qui empêchent l’eau de pénétrer en profondeur, augmentant à la fois les risques de sécheresse et d’inondation.

Pour y remédier, il faudrait réduire fortement le labour, maintenir les sols couverts en permanence et privilégier des apports en matière organique.

Les agriculteurs pas seuls responsables

Comment parvenir à changer ces habitudes de fonctionnement ?

La formation des agriculteurs est essentielle : il s’agit de montrer concrètement le potentiel de ces pratiques. Le non-labour, par exemple, peut être plus rentable, mais il nécessite des investissements et une transition qui peuvent freiner son adoption.

Cependant, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les agriculteurs. C’est un problème de société. Les consommateurs jouent un rôle clé : que choisissent-ils d’acheter ? Soutiennent-ils des modes de production respectueux des sols ?

Aujourd’hui, peu de gens s’interrogent sur l’impact des pratiques agricoles derrière les produits qu’ils consomment. Pourtant, l’agriculture ce n’est pas que l’alimentaire, c’est aussi les sols, les paysages, la qualité de l’air. Et le sol participe à la lutte contre le changement climatique via le stockage du carbone.

Vous êtes très critique envers la loi Duplomb. La politique agricole actuelle est-elle compatible avec votre vision ?

J’ai passé des années à comprendre comment fonctionnent les sols. Et là, on voit arriver des décisions sorties de nulle part qui vont à l’encontre de ces connaissances. Ce que je sais, en tant que scientifique, c’est que certaines solutions proposées sont dangereuses, alors même qu’il existe des méthodes alternatives qui fonctionnent, parfois mieux.

J’ai l’impression que certaines décisions sont guidées davantage par les intérêts des lobbys ou des opinions que par le bon sens et les faits scientifiques. Il faudrait remettre ces derniers au centre. On est face à des mesures qui répondent à l’urgence, mais qui ne proposent pas de solutions durables. Par exemple, vouloir simplement apporter plus d’eau sans repenser les systèmes agricoles dans un contexte de changement climatique, c’est insuffisant. Avec la hausse des températures, les cultures vont mourir.

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