"On a longtemps banalisé le sujet du protoxyde d’azote" : de passage à Nîmes, la ministre Marie-Pierre Vedrenne dévoile les mesures du ministère de l’Intérieur

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Ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, Marie-Pierre Vedrenne a rencontré les acteurs politiques, associatifs ainsi que les forces de l’ordre à Nîmes sur le sujet du protoxyde d’azote. Elle expose à Midi Libre les moyens mis en place par le gouvernement pour lutter contre ce "fléau".

Vous venez de lancer une campagne, avec un spot vidéo, sur les dangers du protoxyde d’azote. Pourquoi vous intéressez-vous à cette thématique ?

Depuis que je suis arrivée au ministère de l’Intérieur, en octobre dernier, j’ai mesuré l’ampleur du fléau. On a longtemps banalisé le sujet du protoxyde d’azote. Parce qu’on parlait de ballon, de gaz hilarant. Parce que c’était associé, finalement, à quelque chose de festif. Puis il y a eu malheureusement des faits divers, des drames qui ont conduit jusqu’à la mort, et qui ont frappé aussi le Gard. Ma volonté, ça a été de dire qu’il fallait nommer et montrer. Et d’agir aussi dans une logique de protéger mais aussi de réprimer.

Quel type de répression ?

Il y a des réseaux qui sont en train de se développer vis-à-vis de cette consommation détournée du protoxyde azote. Des gens qui font du business, avec l’utilisation des réseaux sociaux, le marketing… et qui profitent des failles juridiques. Le ministre Laurent Nunez a donc présenté le projet de loi « Ripost » qui a plusieurs enjeux, comme la question des rodéos, la violence dans les stades… et tout un volet législatif sur le protoxyde d’azote avec la création de trois délits : l’inhalation, le transport et la conduite sous protoxyde.

Parce que jusqu’à présent ce n’est pas interdit…

Le protoxyde d’azote est autorisé parce qu’il est utilisé dans l’industrie de la boulangerie, dans l’industrie automobile ou dans un volet médical. La problématique, c’est son usage détourné. On a voulu créer un délit sur l’inhalation du protoxyde d’azote qui est puni d’un an d’emprisonnement, un délit vis-à-vis du transport en cas de non-utilisation manifeste, et aussi un délit de conduite quand on a consommé du protoxyde d’azote, puni de 3 ans et 9 000 euros d’amende.

Dans le Gard, un arrêté préfectoral encadrait déjà la question du transport. Il y a aussi eu des mesures municipales. Vous êtes venue ici car le département est précurseur ?

La ville de Nîmes a effectivement été l’une des premières villes en France à prendre des arrêtés municipaux sur cette question. Dans le Gard, de nombreuses saisines ont également été faites par les forces de sécurité. Et il y a de très nombreux acteurs sur le volet prévention. Notre rôle, c’est d’encourager ces démarches dans l’attente du projet de loi. Et on sent qu’il y a une volonté collective d’agir. Mon idée, c’est d’embarquer tout le monde pour lutter contre ce fléau.

« Quand vous rencontrez des mamans qui ont perdu leurs enfants dans de telles circonstances, vos mots sont un peu anecdotiques. »

Mais j’ai aussi fait plusieurs déplacements en amont pour construire la campagne, en discutant notamment avec les jeunes, et en leur expliquant les risques : qu’ils peuvent être paralysés, perdre l’usage de leurs jambes, devenir incontinents…

Qu’est-ce qui est ressorti de votre rencontre avec les acteurs locaux de Nîmes ?

On a débattu du spot, déjà sorti sur les réseaux sociaux. Un des référents des centres sociaux l’a diffusé autour de lui et nous a dit que le clip a fait un peu comme un électrochoc. L’enjeu, c’est aussi de susciter le débat. Et on a aussi regardé les points de vulnérabilité pour pouvoir apporter les bonnes réponses. Il faut créer des éléments de confiance pour que les jeunes puissent parler.

Le procureur d’Alès était présent. Vous avez, forcément évoqué le Ce genre de drame peut-il aussi faire effet d’électrochoc pour la jeunesse ?

Ces drames, forcément, ont un écho particulier. Aucun jeune ne doit se trouver dans cette situation. Ils doivent contribuer à créer une unité nationale pour lutter contre ce fléau. Quand vous rencontrez des mamans qui ont perdu leurs enfants dans de telles circonstances, vos mots sont un peu anecdotiques. D’où cette nécessité d’agir.

La question du dépistage reste cependant complexe…

Effectivement, la détection est un enjeu majeur. Des centres de recherche, des centres hospitaliers, des entreprises travaillent sur ce point-là. Les choses avancent. Mais on n’a pas encore d’éthylotests. L’objectif est qu’une fois que la loi sera promulguée, la détection soit pleinement efficace.

Outre la sécurité, il y a aussi le volet santé qui est un gros enjeu.

En échangeant avec les chercheurs, les addictologues, on se rend compte qu’il y a la construction d’un parcours patient à faire. Les jeunes qui consomment et qui voient les premiers effets, par exemple des picotements, pensent qu’en consommant de la vitamine B12, ça va passer. Car ils l’ont vu sur les réseaux sociaux. Mais c’est faux. L’inhalation a un impact sur la moelle épinière et des effets sur le système cognitif. Il faut donc casser ce discours-là. Leur faire comprendre qu’il y a des acteurs, des spécialistes de la santé pour lutter contre les addictions.

Sur la distribution, que prévoit le projet de loi ?

La loi de 2021 interdit déjà la vente aux mineurs et dans certains lieux (les débits de boissons et les tabacs). Dans le projet de loi « Ripost », on redéploie et on redonne des moyens sur la question des mesures administratives. Par exemple, sur les épiceries, on constate qu’il y a une multiplication des trafics : les stupéfiants, les cigarettes de contrebande et la vente de protoxyde avec les crackers. On veut donc renforcer le pouvoir des préfets et donner plus de capacité à nos forces de sécurité.

« C’est aussi un concentré d’anti-écologie »

Quelles sont les prochaines étapes de ce projet de loi ?

Il sera examiné au Sénat début mai, puis à l’Assemblée nationale. Il y a cette volonté d’aller assez vite. Et nous devons aussi agir sur la question de l’environnement. Car il y a un véritable enjeu de la gestion, du coût, du stockage. C’est un gaz qui a des impacts très négatifs pour la planète. C’est aussi un message que je veux faire passer aux jeunes, qui sont très engagés sur cette question environnementale, que, finalement, le protoxyde d’azote, c’est un concentré d’anti-écologie.

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