Élections législatives en Hongrie : qui est Peter Magyar, ce novice en politique dont l’ascension fulgurante a fait tomber Viktor Orban ?

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Ce dimanche 12 avril, Peter Magyar a remporté les élections législatives en Hongrie. Mais qui est ce conservateur pro-européen de 45 ans qui a fait tomber Viktor Orban pour s’imposer comme le nouvel homme fort du pays ?

L’essentiel

  • En 2024, Peter Magyar, 45 ans, ex-proche du Fidesz, s’est imposé comme opposant en Hongrie après un scandale de grâce dans une affaire de pédocriminalité. Il lance le parti Tisza et rassemble des dizaines de milliers de soutiens. Aux européennes 2024, Tisza arrive 2e derrière le pouvoir.
  • Juriste né le 16 mars 1981, Peter Magyar évolue dans l’entourage du pouvoir : études de droit, liens avec Gergely Gulyas et Judit Varga, puis postes de diplomate et à la tête de l’organisme de prêts étudiants. Marié, père de trois enfants, il divorce en 2023 et fait face à des accusations de violences.
  • Il promet de lutter contre la corruption et de renforcer santé et éducation, tout en affichant une ligne pro-UE et Otan. Comme Viktor Orban, il refuse l’envoi d’armes à l’Ukraine et reste dur sur l’immigration, tout en restant flou sur les droits LGBT + pour ne pas heurter l’électorat conservateur.

En à peine deux ans, Peter Magyar, le chef du parti Tisza, a réussi à enfiler les habits d’un opposant coriace capable de déboulonner le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, au pouvoir depuis 16 ans.

Communicant habile sur les réseaux sociaux comme sur le terrain, ce conservateur de 45 ans a promis un changement total, jurant de démanteler « brique par brique » le système politique mis en place par M. Orban, auquel il a pourtant été étroitement lié jusqu’à récemment.

En 2022, il applaudissait encore un discours de Viktor Orban, assis au premier rang avec Judit Varga, alors son épouse et ministre de la Justice. Mais ne se privait déjà pas de donner des coups de griffes à la galaxie Orban.

« Ils m’appelaient ‘éternelle opposition’ au sein du Fidesz », le parti au pouvoir, se targuait-il auprès de l’AFP en 2024, peu après son irruption sur le devant de la scène politique. Son statut d’« ancien initié » a contribué à son ascension fulgurante, estime Andrzej Sadecki, analyste au Centre d’études de l’Est (OSW) à Varsovie.

« Il paraît plus convaincant aux yeux de certains anciens électeurs du Fidesz quand il affirme que le système est pourri de l’intérieur », ajoute l’expert, estimant que « d’une certaine manière, Magyar, c’est Orban il y a 20 ans, sans tout le bagage, la corruption et les erreurs commises au pouvoir ».

Né le 16 mars 1981 dans une famille de conservateurs influents, Peter Magyar s’intéresse à la politique dès le plus jeune âge.

Pendant ses années universitaires, où il étudie le droit, il se lie d’amitié avec Gergely Gulyas – l’actuel chef de cabinet d’Orban – et rencontre sa future épouse, avec laquelle il a eu trois enfants.

Une ascension fulgurante

Après avoir travaillé comme avocat, il devient père au foyer à Bruxelles lorsque Judit Varga est embauchée en 2009 comme assistante d’un député européen Fidesz. Au retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010, il est nommé diplomate chargé des affaires européennes.

La famille revient en Hongrie en 2018, lorsque Judit Varga est nommée secrétaire d’Etat, puis ministre de la Justice. Peter Magyar prend de son côté la tête de l’organisme de prêts étudiants Diakhitel Kozpont et siège au conseil d’administration de plusieurs autres entreprises publiques.

Inconnu du grand public avant début 2024, quand il dénonce au grand jour le système Orban, dans le sillage d’un scandale retentissant de grâce accordée dans une affaire de pédocriminalité, il affirmait alors ne pas avoir d’ambition politique. Quelques semaines plus tard, il organisait son premier rassemblement, attirant des dizaines de milliers de personnes.

Peter Magyar a rapidement été perçu comme « courageux, dans l’action et prêt à prendre des risques personnels », estime Veronika Kovesdi, spécialiste des médias à l’université ELTE de Budapest.

Sa communication sur les réseaux sociaux a eu un grand écho « émotionnel« , selon elle, et contribué à l’émergence d’une communauté forte de soutiens. Il prend rapidement les rênes d’un parti jusque-là en sommeil, Tisza, qui réussit à arriver en deuxième position aux élections européennes de 2024, derrière la coalition au pouvoir.

A mesure que sa popularité grandissait, Peter Magyar s’est retrouvé confronté à une série d’accusations – dont celle de violences domestiques de la part de Judit Varga, dont il a divorcé en 2023 –, un « tsunami de haine et de mensonges » selon lui. Pour Mme Kovesdi, cela a peut-être contribué à « le légitimer davantage ».

Côté programme, Peter Magyar propose d’améliorer les services publics comme la santé et l’éducation, dans un état lamentable, et de lutter contre la corruption qui « est partout« . Il a également esquissé une politique étrangère pro-occidentale, affirmant qu’il s’efforcerait de faire de la Hongrie un allié fiable de l’Otan et un membre loyal de l’UE.

Comme Orban, il refuse l’envoi d’armes à l’Ukraine et s’oppose à une intégration rapide du pays dans l’UE, même s’il ne partage pas sa rhétorique hostile envers Kiev.

Il défend des positions très strictes sur l’immigration, tandis que sur les droits LGBT +, attaqués par Viktor Orban, il se montre vague, sans doute pour éviter de braquer l’électorat le plus conservateur, selon Andrea Virag, la directrice stratégique du groupe de réflexion libéral Republikon.

« Certains doutent de sa capacité à opérer une véritable rupture avec le régime d’Orban » et « les électeurs de gauche ne sont peut-être pas entièrement satisfaits de son programme, mais ils le soutiennent quand même, car il représente la meilleure chance de changement », souligne M. Sadecki.

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