Après le Var, la fourmi électrique menace-t-elle l’Occitanie ? "C’est impossible de pronostiquer quoi que ce soit"

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"Si on ne parvient pas à éliminer rapidement les trois foyers varois, elle pourrait s’installer dans la région", alerte le Montpelliérain Luc Gomel, l’un des experts chargés d’expertiser et d’organiser la lutte contre l’espèce invasive implantée dans le Var, à la piqûre très douloureuse, et aux effets dévastateurs sur l’environnement.

Elle mesure un millimètre et sème déjà la terreur sur le pourtour méditerranéen. Après la découverte d’un troisième foyer de fourmis électriques dans le Var, officialisé le 9 avril par la préfecture, la lutte s’organise et un traitement insecticide va être déployé au mois de mai.

À la manœuvre, le Montpelliérain Luc Gomel, ingénieur agronome, missionné sur place pour combattre Wasmania auropunctata selon la terminologie scientifique de l’espèce invasive, travaille en étroite collaboration avec Olivier Blight, chercheur à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie de l’université d’Avignon. Ils étaient sur place au début du mois.

Le Montpelliérain est plus spécifiquement chargé de la définition et de la mise en œuvre du programme d’éradication de l’insecte.

Dangereuse pour l’humain et la biodiversité, l’espèce exotique, que l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) a classée parmi les 100 pires espèces invasives du monde, pourrait-elle arriver en Occitanie ? « Si on ne parvient pas à éliminer rapidement les trois foyers varois, elle pourrait s’installer dans la région », annonce Luc Gomel. L’hypothèse est suspendue à l’inconnue de conditions climatiques soumises à des changements majeurs : « C’est une fourmi de zone tropicale humide ».

Découverte « par hasard »

Dans le Var, tout commence en 2022, à Toulon. C’est « par hasard » qu’un étudiant passionné de fourmis donne l’alerte, alors que des habitants témoignent, depuis des années, de mystérieuses piqûres d’insectes extrêmement douloureuses, parfois allergisantes.

L’espèce qu’il repère n’est pas connue. Les investigations conduisent à la fourmi électrique, jusqu’ici inconnue en France, mais déjà présente ailleurs en Europe, notamment en Espagne et à Chypre. Il y a aussi un foyer en Israël.

« On l’a repérée assez tôt, heureusement », se félicite Luc Gomel, myrmécologue (spécialiste des fourmis). C’est son collègue Olivier Blight qui identifie formellement l’espèce, sur laquelle il a travaillé en Nouvelle-Calédonie.

L’espèce, explique Luc Gomel, « a colonisé l’Australie et les pays du Pacifique ». Dans le Var, trois foyers sont désormais identifiés, à Toulon, La Croix-Valmer (sur la presqu’île de Saint-Tropez, site du débarquement de Provence) et désormais Cavalaire.

Elle fait « très mal »

« Un à deux millimètres maximum », une couleur qui va du jaune au rouge en passant par l’orange, la fourmi électrique a la particularité d’être une fourmi clonée : les analyses génétiques ont révélé que les fourmis varoises sont des clones des spécimens de Chypre et d’Israël.

« Elle est très discrète et s’étend à bas bruit », au gré de transfert de déchets végétaux ou de plantes.

Mais elle fait « très mal », et provoque des démangeaisons « pendant trois heures », elle peut provoquer des chocs anaphylactiques en cas d’allergie : « C’est un mélange entre une piqûre d’abeille et une brûlure d’ortie, ça brûle et ça démange ».

« C’est une prédatrice »

« J’interviens sur la lutte contre les fourmis, le choix des produits insecticides. Il faut aller les chercher en Australie, à Hawaï… » précise Luc Gomel, persuadé qu’il faut combattre l’espèce : « Pour un problème sanitaire », et la vie sur un terrain colonisé est un enfer ; parce qu’elle perturbe « le maraîchage et l’arboriculture » dans les zones agricoles ; parce qu’« elle s’attaque aux espèces autochtones », « c’est une prédatrice qui déséquilibre les écosystèmes ».

Du coup, il ne faut pas perdre de temps, « faire de gros efforts, maintenant, pour l’éliminer ». Y compris financiers. « Avec la mobilisation du préfet du Var », une campagne de saupoudrage d’un insecticide démarre en mai sur les zones infestées à Toulon, elle s’étale sur quatre mois, au rythme d’une opération mensuelle pour s’adapter à l’insecte : « La fourmi garde la mémoire du danger pendant deux à trois semaines ». Coût : 194 000 euros. La stratégie tentée en 2025, sous forme d’appâts, a été abandonnée faute d’efficacité.

Conseillé par Luc Gomel, le réseau environnemental Fredon est à la manoeuvre, dans un contexte flou qui demande de trouver des financements, d’identifier des acteurs responsables, d’obtenir des dérogations… « Les lourdeurs administratives et les restrictions budgétaires ralentissent la réponse », résumait l’AFP le 13 janvier dernier.

La réglementation européenne impose pourtant de mettre en place, « une fois qu’une espèce exotique envahissante a été introduite, des mesures de détection précoce et d’éradication rapide afin d’empêcher son établissement et sa propagation ». « Pour l’instant, on ne peut traiter que le foyer de Toulon. Si on s’en contente, ça ne sert à rien. Et si on n’organise pas la surveillance, ça ne sert à rien non plus », alerte le scientifique, qui a sensibilisé les habitants de Toulon il y a quelques jours.

« Impossible de pronostiquer quoi que ce soit »

Y-a-t-il un risque de bientôt voir Wasmania auropunctata en Occitanie ? « Il fait plus chaud dans le Var… Le climat méditerranéen ne lui convient pas très bien, il y a un doute sur le fait qu’elle pourrait s’installer en zone de garrigue ». Mais, rappelle Luc Gomel, Wasmania auropunctata s’est déjà adaptée au climat de Chypre et d’Israël.

La nature des sols, l’orientation et la pente des terrains sont également propices, ou non, aux installations. « Elles aiment l’orientation aux sud et les pentes raides, le Roussillon leur serait plus favorable que le Languedoc », précise-t-il.

À l’heure actuelle, « il est impossible de pronostiquer quoi que ce soit, c’est de la science-fiction, sachant qu’on n’a que quatre ans de recul sur ce qui se passe », conclut l’expert.

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