Les paniers "La jeannette" de Claire Rouquette se veulent un exemple de "surcyclage" de matériaux usagés issus e la pêche et de l’ostréiculture. Un projet inspirant.
« La Jeannette », vous avez certainement déjà croisé ce logo à l’intérieur d’une coquille d’huîtres, en ornement d’un élégant panier noir. À l’avant d’un vélo ou au bras d’un consommateur sur les marchés du bassin de Thau. Derrière ce personnage d’ostréicultrice pimpante derrière ses lunettes de soleil et son bonnet marin, encadrée à la façon d’un portrait de famille, il y a les créations de Claire Rouquette. Une architecte marseillanaise pure jus, descendante d’une longue lignée d’ostréiculteurs sur le bassin de Thau, particulièrement attachée à l’étang et à ces métiers qui en font l’âme. D’ailleurs, elle s’y intéresse depuis ses années fac, en proposant une vision du réaménagement de la façade maritime de Marseillan dans son mémoire d’études. Elle a même travaillé sur une mission municipale destinée à redessiner le littoral portuaire de Marseillan-Plage. Son métier d’architecte la pousse naturellement à explorer les matériaux, en particulier ceux de l’ostréiculture, de la pêche, et leur transformation.
Une société se définit non seulement par ce qu’elle crée mais aussi par ce qu’elle refuse de détruire
« Mais à un moment, j’ai voulu sortir du bureau », lâche Claire Rouquette. Voilà quatre ans que cette architecte-artisan conçoit et fabrique ces drôles de paniers à base de déchets ostréicoles ultimes, en vente dans une boutique déco de Marseillan et désormais à l’Atelier secoué à Sète. Une démarche de « surcyclage » comme elle la définit. « Je ne récupère pas des objets pour les détruire et les fondre dans d’autres produits, je les transforme plutôt » détaille la créatrice, qui offre par là même une réflexion sur nos modes de vie. Sa citation préférée, affichée au fronton de son rayon, est une phrase de John C. Sawhill, un éminent enseignant américain qui enseigne le leadership au sein des entreprises sociales : « Une société se définit non seulement par ce qu’elle crée mais aussi par ce qu’elle refuse de détruire ».
Des matériaux récupérés auprès des professionnels
Son projet est né d’une nécessité, en tant que bénévole aux Paniers de Thau : « L’association avait besoin de sous et donc j’ai proposé de faire des paniers avec des pochons usagés d’huîtres et de les vendre. » Le matériau est tout trouvé dans le mas conchylicole de ses parents, et dans d’autres où elle travaille régulièrement comme architecte à configurer les espaces dégustation.
Objet fonctionnel à vocation éthique
« Les pochons en polymère sont abandonnés au bout de quelque temps parce que certaines mailles sont ouvertes ou les ostréiculteurs veulent changer de maille. J’ai récupéré un pochon qui traînait depuis trois ans dehors. C’est très résistant mais il n’existe pas de filière de recyclage », raconte la créatrice. Une fois nettoyés et découpés, les morceaux sont assemblés avec de simples agrafes et cordes de travail (elles aussi usagées). Refermés à l’aide un vieux plomb de pêche, ces vestiges de l’activité de l’étang deviennent un objet fonctionnel du quotidien à vocation éthique.
Elle multiplie les collaborations
Claire Rouquette diversifie les modèles et se lance dans l’entrepreneuriat artisanal. Chacun de ses paniers a un nom. « Qui correspond à ceux qui m’ont inspirée. Comme Sylvie Mimosa, enseignante au lycée de la Mer, où ma mère a aussi enseigné », évoque Claire Rouquette. Sa démarche intéresse l’Association générale des étudiants sétois pour équiper les paniers de ses vélos électriques, mais aussi des entreprises comme la boulangerie de la Carioca qui lui demande de concevoir des luminaires pour ses comptoirs. Elle vient de lancer une collaboration avec la voilerie d’Agde pour faire des sacs en voile de pie. Ses productions ont obtenu le label « Zéro déchet » et « Fabriqué en Occitanie ». Outre le plaisir de la création, Claire Rouquette cherche avant tout à faire avancer la démarche du surcyclage de matériaux de récup issus des filières de la mer et à montrer qu’elle peut être à la fois tendance et viable.











