Depuis deux semaines Nakkaba et son fils Dalid, treize ans, dormaient dans la cave de leur appartement incendié le 20 mars dernier. Délogés vendredi dernier, ils attendent désespérément un logement d’urgence.
Cheveux dissimulés sous son bandana et petits yeux fatigués, Nakkaba mène la visite. « Là-bas, c’est le coin devoir, ici le coin toilette, et là le coin cuisine. » Comme à la maison. Pourtant, ce n’est pas tout à fait ça : nous sommes ici dans la cave de son immeuble situé quartier Petit Bard. Elle et son fils Dalid (prénom d’emprunt), 13 ans, y ont trouvé abri depuis deux semaines, après l’incendie d’une bougie laissée par négligence, qui a ravagé leur appartement du deuxième étage, le 20 mars dernier. Ils sont à la rue depuis ce vendredi, après que le syndic leur a demandé de quitter les lieux.
« L’odeur, ça me dérange »
Chaque matin, depuis qu’ils ont dû quitter l’hôtel proposé par l’assurance – ils ont pu y rester cinq jours, renouvelés deux fois –, Nakkaba et Dalid prennent leur petit-déjeuner au « Café royal », à 200 mètres de leur résidence et ouvert sept jours sur sept. « On vient prendre l’air et voir la lumière parce qu’au débarras, on étouffe au sous-sol« , explique la femme de 37 ans, soucieuse de voir son enfant tousser de plus en plus. Depuis une semaine, le collégien refuse d’aller à l’école. « L’odeur, ça me dérange« , lance-t-il le regard vide, lui qui revoit toutes ses affaires abandonnées trois étages plus haut, empestées et trop noircies par la fumée.
Certains voisins et parents du club de football où s’entraîne Dalid ont fait preuve de solidarité en faisant don à la famille de vêtements, proposant parfois leur douche ou bien une nuit chez eux. Pour le reste, Nakkaba se rend au secours populaire et achète pour deux ou trois euros de quoi se satisfaire, comme cette chaise de camping qu’elle a installée sur des planches en bois, elles-mêmes dénichées dans la rue. « C’est pour éviter de salir et pour que Dalid puisse enlever ses chaussures. C’est bien, chaque jour j’ai des idées, se rassure-t-elle, s’efforçant de sourire. Je fais tout ça pour mon fils. »
« Le 115, c’est mon seul espoir »
Lorsqu’ils étaient à l’hôtel, tous deux espéraient être placés rapidement dans un logement d’urgence. Surtout, qu’après le passage de l’expert à l’appartement incendié, déclaré comme inhabitable depuis, la propriétaire a décidé – dans son droit – de résilier le bail. Elle aussi reconnu par la loi comme victime, la bailleuse n’est pas tenue de reloger sa locataire, l’incendie étant causé par un évènement extérieur. Nakkaba et son fils doivent rendre les clefs. « Le 115, c’est mon seul espoir. J’appelle à l’ouverture à 10 h 30, ils me disent qu’il n’y a plus de place et de rappeler demain. Je rappelle quand même à 15 h 30 au cas où, mais c’est toujours pareil. » Accompagnée des services sociaux et d’associations qui agissent auprès des personnes défavorisées, la veuve multiplie les démarches administratives, comme le renouvellement de sa carte de séjour, indispensable pour pouvoir plus tard demander un logement social. « Les procédures sont longues, on fait étape par étape. Mais je ne veux pas squatter ou enfreindre les règles. Je veux juste un endroit sécure et propre », appelle-t-elle, pour l’instant réduite à se doucher au gant et uriner dans un sac, à l’abri du regard de son fils, dans le local voisin.
Elle raconte d’ailleurs être angoissée par le vacarme des sacs-poubelle qui tombent dans ce même local tout au long de la journée. Alors dès qu’elle entend un bruit, elle s’empresse de bloquer l’entrée avec une grille en fer et des draps lâchés au pas de la porte, elle-même impossible à fermer de l’intérieur.
Se battre pour l’avenir de son fils
Pourtant, celle qui est arrivée en France il y a de ça dix ans est catégorique quant à l’idée de ne pas avertir sa maman, qui habite à Marrakech. « Pour éviter de l’inquiéter« , dit-elle. Depuis qu’elle a arrêté de travailler il y a quelques années, son frère lui envoie de l’argent de temps en temps.
Sans véritables amis à qui se confier – peut-être à part Omar, le patron du « Café royal » – elle s’accroche à l’avenir de son fils. Lui qui rêve d’être vétérinaire, insiste pour finir ses études à Montpellier. « L’assistante sociale m’a dit qu’il était peut-être possible d’être logé ailleurs si on ne trouvait pas de solutions ici, par exemple à Béziers. Mais c’est trop compliqué avec le collège. On ne peut pas bouger, cet accident ne doit pas gâcher son projet.«
Tandis que Dalid est au supermarché à côté – « ce soir c’est salade, tomate, maïs, et un peu de pain » – Nakkaba demeure sur la terrasse ensoleillée du café, isolée dans un coin. Pensive, elle observe les passants. « C’est long. Je m’ennuie. Je suis impatiente de me réveiller avec la lumière.«









