Près de 64 % des personnes vivant avec un chat pensent que leur animal les ignore, selon une étude menée pour la marque Sheba publiée ce 14 avril 2026. Un constat largement contesté par les spécialistes, qui dénoncent un biais marketing et pointent surtout un malentendu profond entre attentes humaines et comportements félins.
Il s’approche, se frotte… puis disparaît sans un regard. Pour beaucoup, le verdict est sans appel : le chat serait distant, voire indifférent. Selon une étude menée pour la marque Sheba, ce mois d’avril, 64 % des personnes interrogées sont convaincues que leur chat les ignore. Mais pour les spécialistes, le problème est ailleurs. « La question de base est mal posée », tranche la comportementaliste et spécialiste des chats Sonia Paeleman. Et ce 64 % dit surtout une chose : « des attentes précises » auxquelles l’animal ne répond pas.
Même constat du côté du vétérinaire et spécialiste en médecine du comportement des animaux de compagnie, Emmanuel Gaultier : « C’est nous qui avons des demandes qui sont disproportionnées par rapport à ce que le chat est en mesure de donner. » Autrement dit, ce qui est perçu comme de l’indifférence relève souvent d’un décalage entre ce que l’humain attend et ce que le chat est capable d’offrir… ou simplement disposé à offrir.
Un chat n’est pas un chien
Selon nos experts, le cœur du problème tient à une comparaison bancale avec le chien, alors que ce sont « deux espèces très différentes », rappelle Emmanuel Gaultier. Le chien, comme l’humain, est une « espèce sociale » ; le chat, lui, est « une espèce territoriale ». Il peut vivre seul sans que cela génère de manque. Ce trait de caractère change tout dans sa relation avec l’humain : le félin reste d’abord attaché à son environnement, à ses repères, à son intimité. L’animal peut rechercher le contact, mais uniquement à certains moments, sans besoin constant de reconnaissance. D’où cette impression de « se prendre des vents » réguliers, explique Emmanuel Gaultier.
S’ajoute à cela une lecture souvent erronée des signaux. Un chat sur le dos n’appelle pas forcément la caresse, mais peut adopter une posture de défense. Un ronronnement peut traduire du bien-être… ou du stress si le félin a les pupilles dilatées par exemple. Un frottement peut être affiliatif ou servir à se rassurer. « On ne peut pas s’appuyer seulement sur quelques éléments isolés », insiste Sonia Paeleman, autrice du livre référence Comprendre votre chat (Éd. L’Opportun). C’est l’ensemble du contexte qui donne du sens au comportement.
« Un félin, c’est fait pour être regardé »
Selon nos deux spécialistes, l’humain impose donc un rythme et des interactions qui ne correspondent pas aux besoins du chat. Vouloir « obtenir » davantage d’affection du chat est souvent la meilleure façon d’abîmer la relation : « Plus on est sollicitant, plus on prend le risque d’être importun et que l’animal fui », prévient Sonia Paeleman. Ainsi, La marque Sheba qui lance le défi « de l’indifférence à l’adoration » dans sa dernière campagne, assurant aux propriétaires qu’ils créeront lien avec leur chat en seulement sept jours risque fort de voir ses consommateurs se rebiffer…
« Un félin, c’est fait pour être regardé, ce n’est pas fait pour être caressé », résume Emmanuel Gaultier. Prendre Félix dans les bras, le réveiller, le tripoter sans cesse, insister quand il se retire, etc., sont autant de sollicitations qui peuvent, selon les experts, créer du stress, de l’évitement, voire des troubles plus visibles comme des éliminations hors litière ou de l’agressivité.
Ce n’est pas l’animal qui doit changer, c’est nous.
Une pensée donc pour ces 38 % des propriétaires de chats en France qui admettent, selon l’étude réalisée pour Sheba, avoir tenté de parler le « langage des chats » pour obtenir davantage d’affection, ces 32 % qui sont allés jusqu’à imiter son comportement (ronronnements, clignements lents des yeux) pour attirer son attention. Ou ces 2 % qui déclarent s’être fait tatouer leur chat en guise de témoignage d’amour (et dans l’espoir d’être aimé en retour).
Et Sonia Paeleman de conclure, façon couperet : « ce n’est pas l’animal qui doit changer, c’est nous. » Il nous faudrait donc observer davantage Tigrou, lui laisser l’initiative du rapprochement, respecter ses moments de retrait… au prix, parfois, d’un peu de frustration. Mais avec, à la clé, des interactions certes moins nombreuses mais bien plus qualitatives.









