Dans les trois-quarts des communes aveyronnaises, les citoyens n’ont guère eu le choix d’exprimer leur tentation du changement, au point de rater volontairement leur rendez-vous avec les urnes. Ailleurs, dans des scrutins à deux listes ou plus et quand la démocratie leur a laissé le pouvoir de trancher, ils ne se sont pas privés d’envoyer le message du renouveau.
Le scrutin de 2020 avait été marqué par le Covid, la prudence sanitaire qu’il imposait et l’incompréhension à maintenir alors l’élection. Ce qui avait quelque peu contraint la participation.
En tout cas au niveau national car l’Aveyron, fidèle à son emphase citoyenne figurait sur le podium du déplacement aux urnes. Six ans plus tard, dans un contexte radicalement différent, la participation a fléchi dans le département : 55,56 % à 17 heures, contre 58,35 % en 2020 à la même heure, mais 2,2 % de plus qu’en 2014, dernière « année normale » de référence.
Face à un taux national se situant à 49 % à 17 heures, en hausse de 10 points par rapport à 2020, l’Aveyron n’est pas trop mal situé, emportant la quatrième place régionale. Il faudra toutefois attendre le taux définitif que la préfecture doit officialiser ce matin, sans grand risque de bouleversement.
L’embarras du « non-choix »
Cela étant dit, force est de constater que l’émulation citoyenne des Aveyronnais s’est trouvée un peu bridée cette fois par un changement capital des règles électorales. Dans un département où les communes de moins de mille habitants sont les plus nombreuses, l’obligation de présenter des listes entières, sans ne plus avoir la possibilité de panachage (rayer des noms, les remplacer par d’autres, candidats ou non…) comme c’était encore le cas il y a six ans, facilite certes le dépouillement des bulletins. Mais obère de façon définitive cette cuisine électorale mijotée dans les isoloirs par des votants se piquant à la magie de fabriquer leur liste idéale.
Ainsi 215 communes (soit 76 % du total quand la moyenne nationale est à 60 %) n’ont été dimanche concernées que par une liste candidate. L’électeur a le choix de voter ou… de ne pas se rendre aux urnes. C’est peut-être ce que bon nombre d’entre eux ont décidé de faire se disant « qu’après tout cela ne changera rien ». Laissant ainsi la liste unique, mesurer à l’aune de la participation, sa cote de popularité…
Dommage car les municipales restent les élections préférées des Français. Celles où l’on vote pour cette proximité qui unit voisins, parents et amis. Celle qui parle des projets qui façonnent le quotidien immédiat, du bien-être des habitants à l’entretien de la voirie. Un avenir rédigé par des élus accessibles pour être consommé au jour le jour.
Volontés contrariées
On remarquera aussi, combien la liste unique focalise parfois les rancœurs et fait remonter à la surface des haines recuites, des inimitiés mal digérées. Faute de verser sa voix dans une opposition, nombre de communes, notamment celles où une équipe sortante se représente, voient leurs habitants, privés de leur besoin de renouveau, se déchirer à coups d’invectives de campagne. Car présenter un bilan, même bon, n’est pas toujours le sésame de la victoire. Les exemples ne manquent pas.
De leur côté, les 62 communes aveyronnaises où figurent deux listes, en revanche, proposent le choix aux électeurs.
Et ce sont aussi chez elles que les tensions s’exacerbent, mais cela, c’est la rançon du partage démocratique.
Et quelque part le jeu normal de la politique même si dans la plupart de nos communes de moins de 3 000 habitants, l’étiquette qui témoigne de l’adhésion à une partition nationale clairement établie, se conjugue au nom des « intérêts communaux » voire sous le vocable de sensibilités aussi diverses que les femmes et les hommes qui composent l’équipe.
On sauve ainsi les meubles en s’exonérant de ce qui fâche, dans une société qui se durcit de plus en plus, où la défiance envers les élus est malheureusement de plus en plus forte, une société partagée entre la fatigue démocratique et l’envie de renverser la table.
Des sortants sortis
Pour autant, le besoin de changement parvient à s’exprimer de façon claire, quand les conditions le permettent. Quelques duels en témoignent, des maires sortants ont soldé leur campagne par une défaite. Avec ou sans surprise. C’est le cas à Bertholène, Laissac, Marcillac, Saint-Affrique et Capdenac pour ne citer que ces communes. À La Primaube, égalité parfaite entre le maire sortant et son opposant, un cas de figure rarissime. Ils se retrouveront au deuxième tour dimanche prochain.
En revanche, c’est plié à Millau : Christophe Saint-Pierre (divers droite) surmonte un scrutin à trois listes et bat dès le premier tour la maire sortante Emmanuelle Gazel (Parti socialiste). Dans les plus grandes villes aveyronnaises, la politique partisane a encore droit de cité. Et derrière la volonté de changer, se profile l’appartenance à une famille de pensée, même quand les étiquettes sont soldées au profit d’un engouement de bon aloi pour la ville et ses habitants.
C’est le cas à Rodez où s’affrontent de fortes personnalités. Quatre listes, le maire sortant Christian Teyssèdre au coude à coude avec Stéphane Mazars, leurs deux challengers un peu derrière… Une chose est sûre : il y aura un deuxième tour dimanche prochain. Et quelques heures chaudes, avant le dépôt des listes mardi, pour trouver des alliances éventuelles et sauver ce qui peut l’être, sans états d’âme au besoin. Pour le coup de reins décisif, cette contorsion qui n’appartient qu’aux orgueils politiques.





