– « Est-ce que vous l’aimez, votre mère ? La question me taraude depuis le début de l’audience. »
– « Je l’aime, oui. Sans plus. »
Le procureur de la République s’est levé pour interroger le prévenu, qui n’est pas présent au tribunal de Lons-le-Saunier (Jura), ce vendredi 17 avril. Le quinquagénaire comparaît en visioconférence, sans avocat, depuis la maison d’arrêt où il est incarcéré. Accusé de violence aggravée, de port d’arme sans autorisation, de menaces de mort et de dégradation de bien d’autrui, il avait agressé sa mère chez qui il vivait, à Lons, à plusieurs reprises entre janvier 2020 et décembre 2025. Il avait également ouvertement menacé sa propre sœur, qui prenait régulièrement la défense de leur mère âgée, de la tuer s’il la « recroisait un jour en ville ».
Jet de peluche, « un geste enfantin »
Lorsque les forces de l’ordre sont arrivées au domicile maternel, le 8 décembre dernier, l’homme était fortement alcoolisé. Il venait de mettre la maison à sac, et avait « balancé une peluche » à la figure de sa mère : « un geste enfantin », estime le procureur. Sa sœur, qui était intervenue, en avait également pris pour son grade. Séparé de sa compagne depuis cinq ou six ans, en rupture de lien avec ses enfants, le mis en cause avait élu domicile chez sa maman où il passait le plus clair de son temps à boire. Il ne travaillait plus. Les menaces et les violences étaient devenues de plus en plus fréquentes, à tel point que ses comportements avaient instauré un véritable climat de terreur auprès de ses proches. « Quand il a les yeux pleins d’alcool, il m’effraie, sinon il est gentil », témoigne sa mère, très âgée et souffrant de problèmes de santé, à la barre du tribunal.
Addiction à l’alcool
Au cours des débats, le prévenu, placé en détention provisoire le 16 mars 2026, exprime des regrets : « Je reconnais que j’ai fait une grosse connerie. Et je m’excuse, ce n’est pas bien du tout. » Il dit « avoir pris le temps de réfléchir » durant son mois d’incarcération. Son problème d’addiction, connu de longue date et qui lui a valu d’autres condamnations, n’a jamais été soigné. « Pourquoi vous ne le prenez pas en charge ? » s’interroge la juge. Moment de silence. « Je sais pas. » La magistrate insiste : « Vous vous en prenez à votre maman, qui est une personne vulnérable, fragile. C’est une circonstance aggravante, vous savez ? Idem pour l’alcool. »
Dangerosité manifeste
Si elle pouvait paraître particulièrement lourde en rapport avec les faits reprochés, la détention provisoire se justifiait cependant par la dangerosité manifeste représentée par l’individu, ainsi que par un sursis probatoire qui lui « pendait au nez ». Inévitable, la case prison a donc été choisie par les magistrats. Juste avant de voir sa peine définitive prononcée, sa mère s’est avancée doucement. « Je n’aime pas qu’il dorme dans la rue », confie-t-elle. À plusieurs reprises, lorsqu’il se montrait violent au cours des dernières années, il devenait sans domicile fixe… puis regagnait le domicile maternel. Le risque que ce scénario se reproduise a semble-t-il pesé dans la balance.
Si le parquet a reconnu ne pas avoir affaire semble-t-il à « un délinquant de l’habitude », et souligné « ses émotions immaîtrisées », il a évidemment requis une peine de prison ferme. Et elle est tombée : dix mois de détention, dont six avec sursis probatoire. De quoi encore « réfléchir » quelque temps. Une interdiction de contact avec les victimes a également été prononcée, mais ces dernières n’ont pas demandé de réparation matérielle, en raison du manque de moyens du quinquagénaire « destructeur » pour sa famille. Il devra donc s’en tenir loin et aura également obligation de se soigner et de travailler. Pour en finir, enfin, avec cette spirale infernale.
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