À Perpignan, sous l’ère Alduy, lors du second tour, en 2008, le président d’un bureau de vote avait dissimulé des bulletins dans sa chaussette gauche. L’affaire, rocambolesque, avait entraîné l’annulation de l’élection.
Tout ça c’est la faute de Jojo. Lui qui voulait aider son maire sortant, Jean-Paul Alduy, a tout fichu par terre, pris la main dans… la chaussette. Mais pourquoi, alors que son candidat était à deux doigts de se rasseoir dans son siège encore chaud ? Retour sur une tricherie rocambolesque, qui a explosé en scandale de fraude électorale.
Ce dimanche 16 mars 2008, on est au deuxième tour des élections. Le sénateur-maire UMP, candidat pour la 5e fois, est en tête des suffrages. Loin derrière lui, sur sa gauche, deux avocats sont au second tour : Jacqueline Amiel-Donat, liste PS-PC-MRG, et Jean Codognès, socialiste dissident. Une fois de plus, la dynastie Alduy paraît inébranlable. Le père, Paul, a aussi été premier magistrat de Perpignan durant trente-quatre ans. Et durant plus de quatre décennies, Jacqueline, la mère, a administré Amélie-les-Bains. Tous deux ont aussi été sénateurs. Ça fait donc plus de cinquante ans que ça roule sur un boulevard politique sans encombre pour la famille Alduy.
La mauvaise surprise qui crève la perspective de victoire
Mais Jojo, Georges Garcia, précisément, va être un peu le nid-de-poule sur cette rout (in) e du succès ; la mauvaise surprise qui crève la perspective de victoire. Explications. Jojo est président du bureau de vote numéro 4, dans le quartier du Haut-Vernet, et le frère de Manu Garcia, 25e sur la liste de Jean-Paul Alduy. À 19 h 15, 300 bulletins ont été dépouillés, quand une déléguée de l’opposition signale à Claude Got, un socialiste, pharmacien du quartier, qu’un homme a des enveloppes bleues dans sa poche. Le pharmacien s’approche pour vérifier la chose. Effectivement, il voit les fameuses enveloppes de vote dans la veste de Georges et en trouve même une à ses pieds. Claude Got appelle Jean Codognès. Un scrutateur retient Jojo, qui ne tient pas en place. Il a une envie soudaine d’aller aux toilettes et des gouttes de transpiration dégoulinent sur son visage ahuri. Les esprits s’échauffent. Dans un geste pathétique, Georges jette des enveloppes sur une table comme un joueur de carte joue son va-tout. La police arrive. Jojo est cuit. Il se baisse et sort de sa chaussette gauche sept bulletins dont seulement deux pour son candidat (!). Et comme un magicien dont le tour a été découvert, de dépit, il tire quatre dernières enveloppes de sa poche. Il finit en garde à vue, bafouillant des explications pas franchement convaincantes. Le dépouillement se termine comme si de rien n’était et le résultat du 4e bureau est validé. Alduy remporte à nouveau la mairie, avec 574 voix d’avance soit 45,48 %.
Ses opposants sont furax ; ils manifestent en brandissant des chaussettes et chantent “tomber la chaussette”, une parodie de la chanson de Zebda. De son côté, Alduy fulmine : « J’ai gagné cette élection de la manière la plus claire qui soit. Et voilà que pour une histoire de deux enveloppes qui ne correspondraient pas, on est en train de mettre la ville à feu et à sang. »
L’affaire finit devant le tribunal administratif et révèle que dans quatre bureaux de vote, le nombre de bulletins est inférieur à celui des signatures des votants et que 300 procurations seraient douteuses.
Aux guignols de l’info
La fraude à la chaussette fait du bruit au-delà du Castillet. Jusqu’à Paris on ricane de la cocasserie de cette élection catalane. Jean-Paul Alduy se retrouve même aux Guignols de l’info, entre Xavière Tiberi et Patrick Balkany. Tous deux traînent eux aussi, à l’époque, des affaires, disons, de chaussettes sales.
Ces maires qui ont défrayé la chronique
Il a défrayé la chronique durant près de quarante ans ! Maire de Pont-Saint-Esprit (de 1971 à 2010), Gilbert Baumet a cumulé les controverses et les affaires judiciaires dès le début de son mandat. Il est alors condamné par la cour d’appel d’Aix-en-Provence à verser 75 000 francs aux Bâtiments de France pour avoir fait démolir l’hôtel de Lisleroy, classé aux monuments historiques.
En juin et en septembre 1994, il est victime de deux attentats. Coups de feu d’intimidation la première fois, blessures par balles la seconde. Le problème est qu’il est accusé d’avoir organisé lui-même ces deux attentats !
En 2008, il est mis en cause par un rapport de la chambre régionale des comptes sur les finances de la ville et sa dette colossale de 222 millions. Sa démission avait été demandée et de violentes manifestations avaient eu lieu au cours du mois de mars 2009, faisant trois blessés. En 2015, il a été condamné pour détournements de fonds publics, avant d’être relaxé en appel. Enfin, en 2019, il a écopé de six mois de prison ferme pour favoritisme, concernant trois marchés sans appel d’offres. Il a d’abord été de gauche, occupant le poste de ministre délégué au Commerce et à l’Artisanat sous Mitterrand, puis de droite, redemandant en 2015 à adhérer au Parti socialiste.
Alain Ferrand a animé les annales judiciaires de manière cocasse, puisqu’il a été maire du Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales, en alternance avec son ex-épouse Joëlle Iglesias-Ferrand, au gré de ses inéligibilités, pendant plus de vingt-cinqans. Difficile d’énumérer de manière exhaustive ses démêlés avec la justice, tant son dossier judiciaire est épais. Il a été successivement condamné pour abus de biens sociaux et recel, prise illégale d’intérêts, fraude fiscale et faux et usage de faux, la plupart du temps pour des affaires privées.
Sa dernière affaire date de 2024 : il a été mis en examen pour prise illégale d’intérêt et concussion. Mais le plus ubuesque, c’est qu’en 2020, mari et femme se sont retrouvés face à face comme candidat aux élections municipales.
De la voyante à Tahiti
La renommée du maire d’Agde, dans l’Hérault, Gilles d’Ettore, a dépassé les frontières agathoises avec son affaire rocambolesque mise au jour l’année dernière, lien avec une voyante ventriloque qui lui aurait donné des instructions venues de l’au-delà en échange notamment du paiement de sa cérémonie de mariage. Il a aujourd’hui démissionné et est placé sous contrôle judiciaire.
À Formiguères dans les Pyrénées-Orientales, le maire Philippe Petitqueux, élu en 2020, est parti s’installer à Tahiti pour créer un parc d’accrobranche en juillet 2025. Jusque-là, rien de répréhensible, si ce n’est qu’il n’avait pas démissionné. Ce qui mettait en rogne ses 500 administrés et son premier adjoint, SergeVaills, qui gérait seul les neuf délégations et les affaires courantes, pendant que le maire continuait à percevoir ses 1 000 d’indemnités mensuelles, en Polynésie.
Philippe Petitqueux a fini par présenter sa démission au préfet, au bout de cinq mois, en décembre dernier. Quinze jours plus tard, son premier adjoint a été élu maire.
Jojo est mis en examen pour fraude électorale. Il a le moral à l’endroit même où il avait planqué ses bulletins et reconnaît dans les colonnes de L’Indépendant : « Une connerie énorme… Je suis le roi des imbéciles. » Il risque jusqu’à cinq ans de prison. « C’est pas franchement ce qui m’arriverait de mieux », lâche-t-il avec une innocente désinvolture. En octobre, l’élection est invalidée par le tribunal administratif de Montpellier. Alduy tente un recours devant le Conseil d’État, qui est rejeté. Une nouvelle élection est organisée en juin de l’année suivante. Alduy l’emporte avec 53,54 %. Trois mois plus tard, il démissionne et laisse sa place à son premier adjoint Jean-Marc Pujol. Quant à Jojo, en 2011, il a écopé d’un an de prison avec sursis. À lui tout seul, il a réussi à faire vaciller cinquante ans de dynastie Alduy. Sans même avoir été un ennemi politique.
À Carcassonne, les fausses procurations
En mars 2008, Gérard Larrat est élu maire de Carcassonne avec 56 voix d’avance face au socialiste Jean-Claude Perez. Mais voilà que des témoignages et des attestations s’accumulent sur le bureau du procureur de la République : un nombre anormalement élevé de procurations auraient été établies dans des conditions suspectes. Elles auraient été faites sans que certaines personnes ne s’en rendent compte ou alors qu’elles ne vivent plus dans la ville. L’élection est annulée par le Conseil d’État un an plus tard. Mais la justice rend un non-lieu en faveur de Gérard Larrat, qui, lors de la nouvelle élection, est battu par Jean-Claude Perez.



