Inscrit au rôle de cette session de la cour criminelle de la Manche, le procès de l’entraîneur de tir à l’arc d’un club cherbourgeois accusé de viol par une mineure qu’il coachait est une reprise de la même affaire interrompue il y a un an par la tentative de suicide de l’accusé.
Pour la plaignante, épaulée par son avocate, Me Eva Morin, le souhait premier qu’elle exprime en abordant ce second procès, c’est qu’il aille jusqu’au bout, quelle qu’en soit l’issue.
L’accusé, quant à lui, rappelle sa position : il conteste les faits. L’expert psychiatre qui l’a rencontré mentionne qu’il se décrit comme seule victime de la plaignante et des policiers, affirmant sur un ton péremptoire que tout est faux, qu’il n’a rien à se reprocher. « Une attitude qui constitue un obstacle rédhibitoire à toute réflexion de sa part », dit l’expert.
L’homme pointe aussi du doigt des « violences » dont il a fait l’objet de la part des policiers lors de sa garde à vue en mai 2018, après que la jeune fille, alors âgée de 16 ans, a déposé plainte, accompagnée de son père, pour viol commis sur elle par son entraîneur de tir à l’arc.
Traumatisant, comme l’a été le sentiment de la malveillance des magistrats à son égard lors du procès de 2025, et celui de n’avoir pas été soutenu par son avocat (il en avait usé trois entre 2018 et 2025 ; la quatrième, c’est Me Barakat pour ce second procès).
Une jeune fille proie d’un homme ayant autorité sur elle ?
Bref, quand le vernis dont il avait badigeonné son personnage public s’est craquelé sous les récits des témoins appelés par la cour, sous les questions des magistrats et des avocats, il est rentré chez lui, dans la Hague. Et dans la nuit, sa mère, affolée, a appelé les secours.
Le lendemain, la présidente se présentait seule à l’audience : l’accusé ayant tenté de mettre fin à ses jours. Hospitalisé, il n’était pas en état de comparaître. Le procès allait donc être renvoyé à une session ultérieure, celle de ces deux jours.
Comment expliquer qu’une fille de 13 ans devienne la proie d’un homme qui avait responsabilité sur elle ?
Elle avait commencé le tir à l’arc quand elle était en CM 2. Se sentant abandonnée à la suite du divorce de ses parents, victime de harcèlement à l’école, elle confiait sa détresse à son coach, adulte accessible, rigoureux, attentif et investi auprès des jeunes.
Une complicité s’était installée entre eux. Lui aussi avait connu des souffrances familiales, des violences de la part de son père. Peu à peu, s’était levé en elle un sentiment amoureux pour cet homme, un sentiment romantique d’adolescente. Elle était entrée en séduction, se mettait en valeur et passait de plus en plus de temps au tir à l’arc.
Quand elle pleurait face aux difficultés de ce sport, il la prenait dans ses bras pour la consoler et l’encourager. Il avait certes compris qu’elle développait envers lui un attachement amoureux. Il l’en avait d’ailleurs dissuadée.
Et puis, il y eut une première fois. Ils s’étaient embrassés dans la salle d’entraînement. Il s’était laissé aller à des gestes intimes, les mains sur les fesses, sur la poitrine… Elle avait laissé faire.
Entre octobre 2015 et août 2016, en guise de « relation romantique », il allait l’initier à la fellation, glissant ses mains avec fébrilité sur son corps, la prenant ainsi à la fin des entraînements, les soirs de compétition à Caen (Calvados), chez lui, la mettant à nu sur son lit, dans sa voiture, sur le parking quand il la reconduisait chez elle.
Il conteste aujourd’hui les faits. Mais la présidente lui a relu des extraits de ses auditions, à partir de sa garde à vue en mai 2018. Lors de l’une d’elles, il reconnaissait qu’il était possible qu’elle ait pu voir son sexe et ses fesses lorsqu’il l’avait hébergée à Caen, au cours de compétitions.
Il lui avait dit qu’il ne fallait pas qu’elle en parle
Lors de sa troisième audition, il avait reconnu que les choses s’étaient enchaînées, que cela avait dérapé par faiblesse vers ce qu’il s’interdisait de faire avec elle. Il concédait des baisers, des caresses, des actes sexuels « préliminaires ». Il ne niait ni les masturbations, ni les fellations. Jamais forcées, sans qu’il lui mette la pression, prend-il soin de préciser à chaque fois.
Pourtant, lui-même finit par dire que c’était lui qui était à l’initiative de ces rapports, reconnaissant qu’une fois, elle n’aurait jamais accepté de lui faire une fellation s’il n’avait pas haussé le ton.
Les photos de l’adolescente diffusées à l’audience montraient une jeune fille de haute taille, à ses 14 ans déjà très femme. Il n’était plus question de « romance » avec elle, lui-même devait avouer que sa relation avec l’adolescente était « un plan cul ».
Elle avait compris qu’elle n’était qu’un objet dont il se servait. À partir d’avril 2016, elle avait fait en sorte de moins le voir, s’étant rendu compte que ça n’allait pas, qu’il la forçait, la manipulait, outre la différence d’âge.
Pour rompre, elle s’était coupé les cheveux très courts, parce qu’il adorait ses cheveux longs. Et ce jour-là, à la fin de l’entraînement, elle lui avait dit qu’elle arrêtait le tir à l’arc. Il avait essayé de la retenir, lui disant qu’ils pouvaient en parler encore, ne pas finir comme ça… Elle avait dit non.
Elle avait subi un enfer, elle n’avait pas pu en parler à ses parents parce qu’elle n’aurait pas pu, la honte et le sentiment de culpabilité la submergeant. D’ailleurs, au début de leur relation, il s’était inquiété de savoir si elle en avait parlé à quelqu’un, et il lui avait dit qu’il ne fallait surtout pas qu’elle en parle.
La « vérité » de l’accusé
L’avocate de l’accusé se bat pour le sortir de ce qu’elle appelle une présomption de culpabilité qui, à ses yeux, entache toute la procédure. Jamais, dit-elle, on n’a pris la peine d’écouter « sa » vérité.
L’enjeu vaut le combat : si son client est reconnu coupable de viol et d’agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans alors qu’il était en situation d’autorité sur elle, il encourt une peine maximale de 20 années de réclusion criminelle. Verdict ce mardi 28 avril 2026, en fin d’après-midi.
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