INFO MIDI LIBRE. Cet Héraultais de 37 ans, visé par plusieurs plaintes d’hommes qu’il aurait drogués et dévalisés lors de rendez-vous homosexuels sur Montpellier, vient d’être renvoyé devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour y être prochainement jugé : à Aix, après une nuit de sexe extrême et de drogues, l’une de ses victimes ne s’est pas réveillée.
« Tu prends des chems ? » »Oui ». « Je passe vite chercher dans ma voiture alors et j’arrive 15 mn max. »
Le 26 septembre 2022, peu avant minuit, Raphaël, , échange sur son téléphone avec Jacques, 53 ans, professionnel de santé à Aix-en-Provence. Le lendemain, après avoir fait un malaise dans un magasin, Raphaël est arrêté à l’hôpital d’Aix, où il a été admis inconscient, sous l’identité présumée de Jacques. Les pompiers ont en effet découvert dans son sac des papiers et des chéquiers à ce nom, et 5 000 € en espèces.
Mais lorsque la mère de Jacques est prévenue, elle appelle la police : l’homme qu’elle voit dans ce lit d’hôpital n’est pas son fils. Elle est inquiète, car Jacques, introuvable, ne s’est pas rendu à son travail. Ses voisins ont entendu du vacarme dans la nuit, et grâce au Bluestar®, la police découvre dans son appartement du cœur de ville, des traces de sang effacées. Et tout un carton rempli d’accessoires sadomasochistes.
« C’était un moyen de me détruire, je voulais en mourir »
"Les addicts du chemsex, avec eux, je gagne plus d’argent", a expliqué pendant l’enquête Raphaël, qui jure avoir été un prostitué rémunéré, et nie avoir sciemment drogué jusqu’au coma les hommes qu’il a dépouillés.
Né dans le Var, dans un milieu plutôt favorisé, il s’est installé dans l’agglomération de Montpellier vers 2010, travaillant comme serveur, l’été à La Grande-Motte, l’hiver à Courchevel.
En couple au départ avec des jeunes femmes, il dit que sa vie a basculé après une incarcération à Montpellier pour violences conjugales, fin 2021. À sa sortie, il raconte avoir publié une annonce d’escort-boy, par jeu, avec des amis, "à qui aurait le plus de messages".
"J’ai été approché par un couple qui habitait Agde et m’a proposé 500 € pour une soirée libertine avec eux. […] J’ai commencé à perdre pied, et ça a été le début de la descente aux enfers", allant "de client en client, de soirée en soirée, de partouze en partouze".
"Le fait que je sois hétéro plaisait énormément. Et j’ai des demandes qui sortent de l’ordinaire, avec des demandes de soumission sadomasochiste. Et il y avait toujours de la drogue."
Lui-même se décrit comme étant alors en perdition, prenant "2 à 3 g de cocaïne par jour. C’était un moyen de me détruire, je voulais en mourir".
Placé en garde à vue, Raphaël raconte une histoire qu’un juge d’instruction s’est efforcé pendant trois ans d’éclaircir et que vont devoir trancher les jurés des Bouches-du-Rhône.
Le cadavre, scotché et enfermé dans un coffre
À l’en croire, Raphaël, qui se dit escort-boy et est inscrit sur plusieurs sites de prostitution, mais aussi sur Grindr pour des rencontres homosexuelles non tarifées, aurait été grassement payé par Jacques pour Il voulait être attaché avec un harnais et une laisse, frappé, bâillonné.
Le tout accompagné de : 3MC, cocaïne, GHB. En fin de nuit, Raphaël aurait constaté le décès de Jacques, et décidé de nettoyer les lieux, puis de transférer le corps dans une voiture, volée deux jours plus tôt à Montpellier. Le cadavre est bien dans ce coffre, soigneusement scotché dans une bâche. À ses côtés, des fioles et des flacons, du poppers, des sex-toys, une cagoule, un entonnoir.
Malgré de nombreuses traces de coups, les légistes sont prudents : « L’origine du décès est l’inhalation et l’administration intrarectale de drogue de synthèse », la 3MC, estiment-ils, combinée à un abus de GHB, fréquemment utilisé dans la pratique du chemsex.
Elle est , car ces produits désinhibent, stimulent sexuellement et permettent d’être actif pendant des heures. Dans le téléphone de Raphaël, les policiers notent la présence de 111 photos prises ce soir-là, dont certaines « matérialisent des pratiques fétichistes, scatophiles ou urophiles ».
Mais Raphaël est-il vraiment un travailleur du sexe, pris dans un rendez-vous qui dérape, avec un client qui consomme trop de drogue ? Ou un prédateur qui utilise la soumission chimique pour voler les hommes qui le contactent ?
À Montpellier, plusieurs plaintes et témoignages à charge le mettent en cause.
Soumission chimique ?
Stéphane, le propriétaire de la voiture où le cadavre a été retrouvé, raconte qu’il avait passé deux jours plus tôt la soirée avec Raphaël, rencontré via Grindr, et pas du tout dans un cadre de prostitution. Il est persuadé avoir perdu connaissance à cause de GHB pris à son insu, dans une boisson préparée par Raphaël. Et dit s’être réveillé « comme mort, le drap complètement bordé autour de lui, les bras le long du corps ».
Son voleur s’est rendu avec ses clés dans son appartement, où son colocataire l’a mis en fuite. Nicolas, le 19 août 2022, s’est lui aussi réveillé au matin, ses cartes bancaires ayant été volées et utilisées. Dernier souvenir : un verre de vin, servi par Raphaël, avec qui il avait rendez-vous.
Déjà 18 morts d’overdose à Paris
La pratique du chemsex a été largement révélée au grand public lors de l’accident de la route provoqué par Pierre Palmade le 10 février 2023 en Seine-et-Marne, faisant trois blessés graves, dont une femme enceinte qui perd alors son enfant.
L’humoriste avait pris le volant alors qu’il était sous l’emprise de la drogue, après plusieurs jours de fête et de relations sexuelles débridées.
Elle reste largement répandue, et dangereuse : depuis le 1er janvier 2026, 18 overdoses mortelles liées à des drogues de synthèse ont été recensées par le parquet de Paris, dont la moitié serait liée au chemsex, selon .
Sylvain, lui, a déposé plainte en novembre 2019 contre Raphaël : après un rendez-vous sexuel consenti, il avait repris connaissance, alors que ce dernier se livrait à une pratique sexuelle extrême sur son corps. Lui aussi pense avoir subi une soumission chimique à son insu, et non un « G Hole » un trou noir lié à un abus de ces drogues, bien connu des consommateurs.
Le 9 avril 2026, la cour d’appel d’Aix a confirmé son renvoi aux assises pour « vol avec violence ayant entraîné la mort, viol aggravé, vols avec soumission chimique ». Son avocat, qui n’a pas souhaité s’exprimer, s’est pourvu en cassation.





