Lot. Un homme accusé d’avoir extorqué d’importantes sommes à des automobilistes devant le tribunal

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Sous escorte, V*, 36 ans, fait son entrée dans le box des prévenus ce 21 avril 2026. Il a été cueilli quelques jours plus tôt, chez lui, sur le terrain familial d’une commune de Dordogne où est installée sa caravane. Trois hommes assurent lui avoir donné, sous la contrainte, d’importantes sommes. À savoir 900 , 250  et 200 .

Demande de requalification

Ces faits ont eu lieu dans le nord du Lot entre le 19 février 2025 et le 16 avril 2026. V comparaît pour extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien, mais aussi escroquerie et menace de délit contre les personnes avec ordre de remplir une condition.

Un chapelet de délits que le ministère public ne considère pas exactement fidèle au dossier. Pour les faits du 16 avril 2026, comme pour ceux du 19 février 2025, le vice-procureur M. Fouris a réclamé la requalification en « extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien ». Délit dont la peine encourue – 7 ans de prison – est supérieure aux faits d’escroquerie ou de menace.

Une première victime en février 2025

Et la présidente, Madame Rodalos, de débuter l’exposé des faits.

« Le 19 février 2025, H*, a déclaré qu’il roulait en direction de Bretenoux, quand un Citroën Picasso le double, puis lui fait signe de se garer », relate la présidente du tribunal. Une fois que H a mis pied à terre, le conducteur du Picasso l’aurait accusé d’être à l’origine d’une fissure de son pare-brise. Sur ce, H assure que le conducteur du Picasso lui a demandé de le suivre illico à la banque pour lui rembourser le montant des réparations.

H a déclaré que l’individu se montrait particulièrement virulent et « tapait sur la voiture ». Après avoir accepté de se rendre à Biars-sur-Cère, suivi du Picasso, H retire 700 . Cela ne suffit pas au conducteur du Citroën qui ne se trouvera satisfait qu’avec 200  de plus. Des montants confirmés par le relevé bancaire de H.

La plaque d’immatriculation du Picasso, prise en note, permettra de remonter à V, également reconnu par H parmi plusieurs individus suggérés par les enquêteurs.

Dans d’autres circonstances

Malgré cela, V ne reconnaît pas les faits : « C’est pas vrai. Je suis pas un gars méchant. » Il est bien possible que H l’ait déjà vu, mais dans d’autres circonstances, se défend-il. Il a pu le croiser en train de faire de la « mendicité ».

En effet, V a l’habitude de demander l’aumône, notamment sur les parkings de station essence. « Si je vois d’autres personnes mendier, je leur donne de l’argent. Je suis pas méchant », s’insurge le prévenu, insistant, le doigt levé.

D’autres faits le 11 avril 2026

Les deuxièmes faits remontent au 11 avril 2026. Cette fois, R*, est venu faire le plein de son véhicule à la station essence de Leclerc à Gramat. « Un homme est arrivé à sa hauteur pour lui réclamer de l’argent », a-t-il déclaré aux enquêteurs. R refuse et décide de partir. Mais, l’individu le course avant de le filer au volant d’une Peugeot grise. Au Carrefour de cette même commune, l’individu réitère. Et la présidente de poursuivre : « Il m’a demandé d’aller me garer à la banque, a déclaré R ».

Choc Psychologique

R a expliqué aux enquêteurs qu’il finit par donner 250 € déjà présents dans sa voiture, puis, redémarre. Une nouvelle course poursuite se serait engagée. R, libéré de son assaillant, réussit à retrouver un ami. Celui-ci décrira plus tard avoir retrouvé R terrorisé. À la suite, R, obtient 3 jours d’incapacité totale de travail en raison du choc psychologique. Lui aussi a relevé la plaque, correspondant à un véhicule de V. Lui aussi reconnaît V sur le tapissage des gendarmes.

L’exploitation d’images de vidéo surveillance d’une caméra positionnée au niveau du Leclerc permet de corroborer le témoignage de R. « On y voit une personne interpeller plusieurs clients, dont la victime. Puis, courir après le véhicule de la victime », détaille la présidente du tribunal.

« Mendier pour survivre »

Pour V, cette description ne correspond pas à la réalité. « J’ai demandé de l’argent. Simplement. Je demande, je suis pas violent », insiste le prévenu qui martèle avoir 4 stents, une femme et un enfant de quelques mois et être obligé de « mendier pour survivre ».

Les troisièmes faits exposés, ceux du 16 avril 2026, laissera V dans le même état de stupéfaction et de colère, mêlés. Non, il n’a pas menacé C* pour obtenir de l’argent. Cette dernière victime a décrit, à peu de différence près, le même procédé que pour les faits du 19 février 2025. Cette fois, cependant, il y a une femme avec l’homme qui réclame l’argent. C’est elle qui vient au distributeur pour prendre les 200  tendus par C. L’enquête révélera qu’il s’agit de la compagne de V et que le véhicule est le même que celui qui a poursuivi R le 11 avril.

14 précédentes condamnations

Cet exposé, ainsi que les déclarations virulentes de V à la barre ne laissent pas de doute au vice-procureur Monsieur Fouris. « V soutient que ces personnes lui ont remis de l’argent de façon désintéressée, dans le cadre de la mendicité. Mais les sommes heurtent. 900 euros, 250 euros… De plus, pourquoi elles déposeraient plainte ? C’est contradictoire avec leur générosité », pointe-t-il.

Pour Monsieur Fouris, ces personnes ont agi sous la contrainte. Si V n’est pas en état de récidive légale, son casier judiciaire ne plaide pas non plus en sa faveur. 14 condamnations, entre 2012 et 2019 pour des faits de vol, d’escroquerie, d’extorsion, d’abus de faiblesse, de violence.

Et d’achever en demandant une peine de 12 mois de prison ferme, avec maintien en détention provisoire et interdiction de porter ou de détenir une arme pendant 5 ans. « J’estime élevé le risque que ce type de faits se reproduisent », explique-t-il.

« En phase de réinsertion »

Sur le banc de la défense, Maître Mas-Blanchot, estime au contraire une peine de prison « inutile et inadaptée ». Selon l’avocate, il est bien possible que la façon de s’exprimer de son client, qu’elle qualifie d’abrupte, ait pu « intimider des personnes » et « il le reconnaît ».

À ses yeux, les menaces ne sont cependant pas clairement établies. « Interrogé, R a dit qu’il n’avait pas été menacé, mais que l’individu avait été très insistant », fait-elle valoir. De plus, « depuis 8 ans, il n’a pas fait parler de lui. Il est en phase de réinsertion », insiste l’avocate qui précise que V, qui a passé un peu moins de 5 ans de sa vie en prison, est surveillé comme du lait sur le feu dans cette région où tout le monde le connaît. « Il n’est pas itinérant. Il ne se cache pas. Il vient régulièrement sur les parkings », poursuit encore l’avocate, suggérant que si d’autres délits avaient été commis les gendarmes en seraient déjà avisés.

« C’est sa façon d’être »

« Je demande une peine adaptée. Il est nature, il est devant nous comme sur les parkings de supermarchés. C’est sa façon d’être. Ce n’est pas pour cela qu’il mérite d’aller en prison », conclut Maître Mas-Blanchot avant de se rasseoir.

Un plaidoyer qui semble ne pas avoir convaincu la présidente et ses deux assesseurs. Après en avoir délibéré, le tribunal a accepté les demandes de requalification du ministère public. Il a condamné V à 2 ans d’emprisonnement ferme avec maintien en détention, interdiction de porter ou de détenir une arme pendant 5 ans, et à rembourser et indemniser les trois parties civiles. V dispose d’un délai de dix jours, à compter du jugement, pour faire appel.

* Les personnes ont été anonymisées

Elisa CENTIS

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