Pour l’Alésien, cette question, qui n’est pas anodine, ouvre une brèche qui fragilisera encore un peu plus la boulangerie artisanale au profit de l’industrielle…
Sur cette question du travail le 1er-Mai, le ministère admet lui-même que « les choses sont complexes car c’est une zone grise ». Qu’en est-il de votre profession ?
La règle globale, c’est qu’un salarié ne travaille pas le 1er-Mai sauf dans la fonction publique type armée, urgences… Mais dans notre métier, l’historique dit autre chose. On a toujours ouvert le 1er-Mai… Nous avions des autorisations qui n’ont pas été renouvelées en 2022 ou 2023, je crois.
Et c’est en Vendée, en 2024, que les choses se corsent…
Tout part d’une inspectrice du travail qui, un 1er-Mai, part à la rencontre de confrères boulangers. Elle se fait envoyer c… et elle dresse des amendes en sachant que c’est 750 € par salarié et 1 500 € par apprenti. Ça a été converti par la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) en un rappel à la loi. Les boulangers refusent de signer et font un recours au tribunal de police. En avril 2025, le juge dit : pas d’amende, on annule tout, estimant que c’est un flou juridique puisque le législateur n’a pas fait son travail.
À ce moment-là, la Confédération nationale de la boulangerie se réveille.
C’est branle-bas de combat avec une proposition de loi du gouvernement pour sécuriser ce travail des boulangers et fleuristes. Le 10 avril, c’est renvoyé en commission paritaire et finalement, ils font machine arrière parce que les syndicats tapent du poing. Donc, le gouvernement fait une grande annonce avec le président de la confédération et dit autoriser le travail le 1er-Mai. Mais en résumé, c’est fait un message aux préfectures, donc à la direction du travail, de ne pas faire de contrôle… Sauf qu’en Vendée, le préfet a envoyé un message aux boulangers expliquant qu’il se réserve le droit de faire des contrôles et de ne pas suivre l’avis du gouvernement.
Cette histoire, c’est le pot de terre contre le pot de fer, les artisans contre les industriels
Un vrai pétrin administratif, en résumé…
Il n’y a pas de sécurisation juridique profonde, si ce n’est une jurisprudence de première instance qui ne vaut pas grand-chose, voire rien… Nous sommes dans de la communication, mais il n’y a pas de sécurité juridique et c’est intolérable de la part du gouvernement de jouer là-dessus. Et intolérable de la part du président de notre confédération. Surtout qu’il y a d’autres combats à mener. Cette histoire, c’est le pot de terre contre le pot de fer, les artisans contre les industriels. Cette question du 1er-Mai, c’est ouvrir une brèche pour leur permettre de travailler ce jour-là. Ensuite, il y aura la grande distribution et ce sera la fin du 1er-Mai.
Et dans le Gard ?
On a la chance d’avoir de super interlocuteurs à la direction du travail et l’on suit les recommandations de notre syndicat qui dit « ouvrez » mais, personnellement, je n’ouvre pas.
Pour quelles raisons ?
Personnellement, je considère que cela doit être un jour chômé. Je pourrais ouvrir seul, mais je ne fais pas travailler mes salariés. Dans notre convention collective, il est prévu qu’ils soient payés à 100 %, donc double, ainsi qu’un jour de repos en compensation. Cela revient à payer un salarié trois fois. Il faudrait donc faire trois fois le chiffre d’affaires. Donc, nous n’avons aucun intérêt à le faire, mais c’est ma situation personnelle.







