Alexandre Jardin fait le portrait de Xi, "cette princesse qui aurait inventé l’idéogramme du mot Amour au XIIIe siècle av. J. – C"

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Et si l’amour fou était une invention comme le grille-pain ou le télescope ? L’écrivain Alexandre Jardin signe une fresque audacieuse et magique sur le mythe de la première femme qui inventa l’amour…

Vous nous emmenez au 13ème siècle av. J. -C, dans l’Himalaya, sur les traces de Xi, une princesse chinoise… Comment est né ce livre ?

C’est à Hanoï que j’ai entendu parler pour la première fois de Xi, cette princesse qui aurait inventé l’idéogramme du mot Amour au 13ème siècle av. J. – C avant de régner sur la province du Qinghai. Ce kanji a ensuite disparu puis réapparu après une ère d’oubli. En Chine, on prétend que les idéogrammes n’ont pas d’auteur, qu’ils sont une œuvre collective.

La couverture du livre.

Quand j’ai voulu savoir si Xi – et le couple qu’elle a formé avec le prince Cheng – était une légende, on m’a fait comprendre que la question de son historicité n’était pas de mise, un peu comme pour Bouddha ou Rama. Mais grâce à des amis et une appli intraçable, j’ai pu glaner quelques détails via l’internet chinois, sur l’histoire du royaume de Xi – sous la dynastie Shang – dont la capitale se trouvait sur une île aujourd’hui disparue, au centre du lac Namtso, au cœur du Tibet actuel. J’ai reconstitué un roman avec le peu d’informations que j’ai trouvées. Mais l’essentiel est ailleurs : Xi est un personnage archétypal qui nous dit que dans un monde éteint, on peut créer l’amour, et qu’alors le monde en est changé.

Dans le mythe que porte Xi, à quoi ressemblait le monde d’avant la Révolution de l’amour ?

Tout élan démesuré étant considéré comme une folie, l’humanité n’avait pas encore accès à la plénitude de ses ressources, elle était éteinte et limitée parce que seul l’amour est force de changement. Sans ce réveil, l’espèce n’aurait pas pu déployer son plein potentiel et accéder à son énergie vitale. C’est l’élan vital de la passion qui fait de nous des conquérants. Un être humain n’est réellement vivant que quand il devient un être de changement.


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Xi est la femme source parce qu’elle réveille le monde. Son génie, c’est d’avoir éprouvé des émotions inconnues et d’être arrivée à les nommer. C’est une révolution culturelle phénoménale, une véritable dissidence. Car un être amoureux se tient debout. C’est ce que j’ai envie de hurler dans notre société éteinte où l’amour n’est plus aimé.

Y-a-il des raisons qui vous ont poussé à écrire ce livre maintenant ?

Effectivement, ce n’est pas un hasard, je l’ai écrit pour trois raisons. La première, c’est que j’ai entendu parler de Xi alors que je vivais entouré de Vietnamiens pour lesquels la mythologie amoureuse telle qu’on la connaît dans nos sociétés occidentales, par le cinéma ou le roman, est très étrangère. Une femme là-bas, par exemple, choisit son homme sur des critères totalement différents des nôtres. Mais sans remonter très loin, même en Occident, le mariage d’amour est une invention très récente. Et ça reste une invention fragile. Sur les applis de rencontre, il n’est pas question d’amour, c’est « je like ou je ne like pas ».

La deuxième raison qui m’a mis sur le chemin de ce livre, c’est un constat effrayé. J’ai l’impression que les hommes et les femmes ne savent plus s’aimer. Les très grands couples, quelles que soient les générations, qui partagent cette énorme force de changement qu’est l’amour, deviennent rares. Cela me choque beaucoup, et je pense que la crise de l’amour est au cœur de la crise plus globale que nos sociétés traversent.

Et quelle est la troisième raison ?

Elle est plus personnelle… Je vis maintenant depuis cinq ans avec une femme très différente qui m’a fait découvrir cet amour changement que je n’avais jamais vécu. C’est un tel réveil que si tu ne le vis pas, cela te semble un mythe, un truc de cinéma. Ce que je vis aujourd’hui, c’est la plus grande révolution de ma vie. Ce roman est vraiment né de cette rencontre-là. Cet amour que je vis, qui n’est conditionné par rien, qui n’est pas fractionnable, m’a changé totalement. C’est une forme de réveil très intime, très puissant.

L’Aude au cœur

Depuis six ans, Alexandre Jardin a fait de son village de l’Aude, où il passe plusieurs mois par an, sa maison de cœur. C’est d’ailleurs là qu’il a écrit en grande partie son dernier roman. "C’est l’un des endroits au monde où je suis plus heureux, et c’est le lieu de notre amour avec ma femme-vie, explique-t-il, cette maison je l’ai achetée pour elle". Et quand on lui demande ce qu’il aime particulièrement dans son village de l’Aude, il répond spontanément : "Si Paris est un pays franc, l’Aude, c’est encore la fin de l’Empire romain, une société d’avant l’argent où existe encore une vraie civilité."

Vous laissez entendre que le règne de Xi serait caché en Chine…

Des fouilles récentes dans le tombeau de l’empereur Shang Di Xin Jie ont permis de mettre à jour des documents évoquant les mœurs du règne poétique et amoureux de Xi. Il semble que Shang Di Xin Jie était obsédé par cette civilisation de l’amour fou. Au début du XXe siècle, on a aussi découvert, grâce à la fonte d’un glacier au Tibet, des ruines des palais de Xining, connus également sous le nom de Ville d’Amour. Ce que j’ignore, c’est si, en Chine, on efface Xi volontairement ou si c’est inconscient parce que l’amour tel qu’elle le définissait n’a pas cours. En Chine, le Moi et la liberté d’aimer, n’est pas à l’honneur. On est d’abord membre d’une nation, d’une famille, d’une entreprise… Or Xi dit tout le contraire. Il semble que son mythe ait toujours posé un énorme problème à l’empire chinois.

En quoi écrire l’histoire de cette femme qui a « détordu » le monde, rejoint votre combat citoyen très actif en ce moment ?

Mais parce qu’on est dans un monde tordu ! On a des dirigeants qui, non seulement ne sont pas dans l’amour, mais qui en plus pratiquent des inversions morales assez incroyables. On t’explique froidement par exemple, qu’au nom de l’écologie, il faut couler des millions de mètres cubes de béton dans la mer. Nos leaders actuels ne sont ni des porteurs d’amour, ni des producteurs de mythes, de changements ou d’espoir, ils sont secs. Pour moi, une véritable vie, c’est une vie qui fertilise. Alors, ce livre, c’est un antidote à cet état du monde.

Pour vous, écrire, c’est aussi une respiration au milieu des nombreux combats que vous menez ?

Il m’arrive d’avoir envie de n’être que romancier et de me contenter de « détordre » le monde juste par mes écrits, mais je ne peux pas faire comme si j’étais tout seul, et cela me paraît impossible de ne pas m’occuper des autres. Cela dit s’en occuper, c’est aussi mettre sur le devant de la scène des grands mythes extrêmement féconds, comme celui de Xi.

À partir du moment où tu admets la vision de Xi, tu n’appartiens plus à la sécheresse du monde. Et à partir du moment où tu tapes du poing, où tu te laisses réveiller par l’amour, il y a des choses que tu ne dis plus, que tu ne fais plus, tu ne coopères plus avec n’importe quoi. Tu entres dans une vraie dissidence de l’esprit.

On a le sentiment, à vous écouter, que ce nouveau roman tient une place particulière pour vous ?

C’est vrai, et je dois avouer que j’ai encore l’impression d’être mon livre. C’est très bizarre, il y a des romans que tu termines, et tu sais que ce sont des romans. Tu n’as pas une sensation de vérité. Par exemple, Le Zèbre, pour moi, c’est un personnage de roman, je n’ai jamais eu de souvenir avec lui, alors que j’ai des souvenirs avec Xi et Cheng. C’est la première fois que j’écris un livre en ayant la sensation d’être dans le livre.

« La femme qui inventa l’amour », éditions Michel Lafon, 20,95 euros, 320 pages.

 

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