L’andropause, ou déficit de testostérone, frappe inégalement les hommes. Avec quels traitements ? Antoine Faix, chirurgien urologue-andrologue à Montpellier, explique.
Antoine Faix, chirurgien urologue-andrologue à Montpellier, est président de l’Association française d’urologie qui a émis des recommandations sur la prise en charge du déficit de testostérone.
On parle plus de la ménopause des femmes que de l’andropause des hommes. Bouffées de chaleur, baisses de la libido, prise de poids… les symptômes sont identiques ?
Il y a une différence physiologique avec la femme et l’homme : la femme n’échappe pas à la ménopause, et c’est généralement autour de la cinquantaine.
Chez l’homme, l’andropause intervient en général entre 45 et 50 ans. C’est un déclin progressif, et c’est pour ça que plutôt qu’andropause, on utilise plutôt le terme de déficit en testostérone. Mais les symptômes sont identiques : bouffées de chaleur, prise de poids, fatigue, mauvais sommeil, irritabilité, augmentation du risque cardiovasculaire, augmentation du risque d’ostéoporose et de troubles cognitifs.
Ce ne sera pas aussi violent que chez la femme ?
Ce sera plus progressif, pas pour tout le monde, et pas au même âge. On sait que les centenaires sont en général des hommes qui ont gardé naturellement un taux de testostérone tout à fait correct.
Quand on a une andropause, c’est-à-dire un déficit de testostérone, on est plus à risque de développer une démence sénile et des troubles cognitifs par exemple.
Les hommes peuvent échapper à l’andropause ?
Au-delà de 75, 80 ans, c’est rare.
« En général, on est très peu fertile »
Est-on stérile avec l’andropause ?
En général, oui. Ou très peu fertile.
Les hommes arrivent dans vos consultations, ou le sujet reste tabou ?
C’était extrêmement rare et c’est maintenant beaucoup plus fréquent parce qu’ils voient des émissions, les réseaux sociaux, les médias… les choses bougent. Mais les symptômes ne sont pas spécifiques à l’andropause, alors c’est compliqué : la fatigue par exemple, n’est pas spécifique à une baisse de testostérone. Mais on ne pense pas assez à cette éventualité. Sachant qu’il n’y a pas de référentiel précis, et qu’il y a beaucoup de situations qui peuvent expliquer un déficit en testostérone : le diabète par exemple, un homme sur deux a un déficit en testostérone. Les maladies cardiovasculaires aussi, les maladies chroniques, la prise de corticoïdes, le tabac.
Enfin, il y a plusieurs types de testostérone. Si on dose la testostérone totale, le résultat peut être faussé. Il faut demander un dosage de la testostérone disponible ou de la testostérone libre. Sachant que les seuils de laboratoires sont souvent trop bas. On croit parfois que la situation est normale alors qu’elle ne l’est pas. Avec l’AFU, j’ai participé à la rédaction de recommandations sur le calcul des seuils.
Pourquoi les hommes ne sont-ils pas égaux face à la baisse de testostérone ?
C’est lié à la génétique, à l’hygiène de vie, à la maladie… On estime qu’on perd 1 % de testostérone à partir de l’âge de 30 ans. Donc, tout dépend du seuil de départ.
« Faire deux dosages à un mois d’intervalle »
Comment soigne-t-on l’andropause ?
En prenant de la testostérone. En amont, il faut faire un état des lieux. Il faut faire en général deux dosages, à un mois d’intervalle, parce qu’un dosage peut être partiellement baissé transitoirement après une fièvre, une grippe, un Covid, une anesthésie.
Si le déficit en testostérone est avéré, on donne un traitement par testostérone en l’absence de contre-indications. Elles sont simples : ne pas avoir de cancer de la prostate en cours de traitement, ne pas vouloir d’enfant parce que la testostérone a un effet contraceptif, ne pas avoir des apnées du sommeil non traitées, parce que la testostérone augmente la musculature du cou et peut aggraver les apnées du sommeil. Enfin, ne pas avoir le sang trop épais, c’est-à-dire un hématocrite supérieur à 53 %.
Si vous n’avez pas de contre-indication, vous allez tirer bénéfice du traitement. Mais il faut savoir qu’une primo prescription ne peut pas être assurée par le médecin traitant. Un monsieur de 65 ans vu récemment en consultation m’a dit : « Je revis, j’ai de nouveau la pêche, j’ai envie d’aller jardiner, je ne me lève pas le matin pour regarder la télé, je suis actif ».
La testostérone n’est pas que l’hormone du désir. C’est l’hormone du tonus physique, psychique, sexuel. C’est un carburant global pour l’organisme. Ce n’est pas le seul, il y en a d’autres, les hormones thyroïdiennes par exemple.
Y a-t-il des traitements loufoques ?
Si vous tapez andropause sur internet, vous allez tomber sur des conseils de dizaines de compléments alimentaires qui sont censés augmenter naturellement la testostérone. La maca par exemple. Rien n’est prouvé. Les gens rêvent qu’il existe un traitement naturel. Attention, la nature n’est pas toujours gentille. La nature, c’est vieillir, être moins performant… Et puis il y a des modes : il y a une trentaine d’années, la DHEA a été à la mode. Mais depuis, les études n’ont rien montré sur son intérêt face à la baisse de testostérone.
Sur les réseaux sociaux, la prise de testostérone est « tendance » pour contrebalancer les effets de la ménopause chez la femme. Qu’en pensez-vous ?
La femme sécrète aussi de la testostérone, bien moins que les hommes, et cette sécrétion est stoppée à la ménopause alors que l’hormone intervient dans la libido, la lubrification, l’excitation. Mais il n’y a pas de traitement autorisé sur le marché. Si on en prend, c’est hors AMM !
Quel message simple enverriez-vous aux hommes ?
Quand on a des symptômes évocateurs et durables, c’est penser à cette éventualité. Pas pour rester Schwarzenegger et devenir un superman. Ce n’est pas du luxe. Prendre un traitement, c’est être moins à risques de troubles cognitifs et de vieillissement accéléré.




