Dans la matinée du 16 mars 2026, un homme de 37 ans pousse la porte de la gendarmerie de Pacy-sur-Eure. Il vient pour déposer plainte contre son épouse, dont il se dit victime de violences.
Les vidéos prises au téléphone quelques heures plus tôt en attestent : on y voit une femme en furie qui lui donne des gifles, des coups dans la poitrine. Le malheureux homme semble dépassé. « Elle est hystérique. Elle me pousse à bout pour que je la frappe », affirme-t-il dans sa déposition.
Déjà condamné pour des violences
L’après-midi même, la mère de quatre enfants, dont le dernier a tout juste quatre mois, est entendue. Elle confirme : « Oui, je lui ai donné des claques. C’est un manipulateur. Je veux divorcer ».
Puis elle raconte par le menu les 14 ans de calvaire qu’elle et sa fille aînée viennent de subir.
En 2020, son mari est condamné une première fois à 18 mois de sursis probatoire avec obligation de soins psychologiques et interdiction de contact, par le tribunal de Bobigny pour des violences commises en 2014. En décembre 2023, de retour à Honfleur, il tente de l’étrangler et lui jette une lampe au visage : quatre points de suture. Condamné à de la prison ferme, il obtient 60 jours-amende en appel.
En mars 2025, il jette une chaise contre sa fille, qui vient de leur annoncer qu’elle était lesbienne. L’adolescente confirme le climat de violence qui règne dans la famille et revient sur cet épisode : « Je me suis mise en garde, les deux poings devant mes yeux, il m’a frappée au travers, m’a mis une balayette. Il a continué quand j’étais au sol ».
« Dans ma religion, on ne divorce pas »
Dans le box des prévenus, le directeur d’un magasin de vêtements de luxe, ceint dans son trenchcoat bleu marine en laine peignée serré à la taille, tient le discours rationnel et policé de l’homme courtois et éduqué. Il fait amende honorable : « C’est vrai, j’ai été un mauvais mari et un mauvais père, mais c’est fini« .
Certes, « mais depuis six ans que vous êtes dans l’œil de la justice, vous êtes toujours violent. Et malgré les interdictions de contact, on ne peut que constater l’échec de ces injonctions : il y a eu une nouvelle naissance », fait observer la présidente Juliette Demaldent.
« C’est vrai, dans ma religion protestante, on ne divorce pas. Mon pasteur m’a dit que si je divorçais, le mauvais esprit entrerait dans ma maison. Nous avons beaucoup prié pour chasser les démons que la violence n’a pas su contenir », admet le prévenu, sans jamais comprendre en être la cause.
Finalement, jamais auteur, toujours victime, se fait jour peu à peu le processus par lequel l’épouse est toujours redevable et la religion un ultime commandement. Entre foi du charbonnier et pensée magique, les marges sont minces.
Mais il reste le droit. À l’issue de l’audience, le prévenu est déclaré coupable et condamné à trois ans d’emprisonnement dont 18 mois de sursis probatoire avec injonction de soins psychologiques, et interdiction de contact et de paraître au domicile des victimes. L’affaire est toutefois loin d’être résolue, puisque le prévenu est la seule ressource financière de la famille, et l’épouse directement dépendante de son tourmenteur. Il lui faudra beaucoup de courage pour maintenir le cap.
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