Au congrès de parti socialiste de la Rochelle en 2006, Mélanie Pauli-Geysse, militante MJS de Carcassonne prend la parole et demande à l’ancien premier ministre pourquoi il avait choisi de partir en avril 2021. Les larmes aux yeux, Lionel Jospin lui répond. Un moment d’émotion resté intact, 20 ans plus tard.
En apprenant le décès de Lionel Jospin, ce lundi matin, Mélanie Pauli-Geysse était bouleversée. Cette ancienne militante socialiste carcassonnaise, aujourd’hui partie vers d’autres horizons, se souvient avec émotion d’un moment fort à l’été 2006 en plein congrès du PS à La Rochelle.
Âgée d’à peine 18 ans, elle participe à une séquence organisée par les MJS qui auditionnent alors les potentiels futurs présidentiables. Parmi eux, Lionel Jospin qui avait tiré sa révérence le soir du 21 avril 2002 après sa défaite face au FN.
Cinq ans plus tard, il retrouve les militants et leur propose une séquence de questions/ réponses. La Carcassonnaise saisit l’occasion. Elle se lève et s’adresse directement à l’ancien Premier ministre. Vingt ans plus tard, elle se souvient parfaitement de sa question. « Cher camarade Lionel, je voudrais revenir sur un moment difficile. Pourquoi tu as choisi, le 21 avril 2002, de partir ? Et pourquoi es-tu revenu ? Où en es-tu de ta carrière politique ? »
Présent dans la salle pour le Nouvel Observateur, Claude Askolovitch lui fait un signe : « merci, on commençait à s’endormir ». À la tribune, Lionel Jospin est ému. Les larmes aux yeux, la voix chevrotante, il formule une réponse que la jeune femme n’a pas oubliée non plus : « Un général doit savoir partir et confier la barre du bateau à quelqu’un d’autre quand il n’est plus capable de le mener à la victoire. »
« Je lui avais finalement permis d’exprimer ce qu’il avait sur le cœur »
Depuis, l’admiration que l’ancienne militante voue à l’ex Premier ministre est intacte. « Apprendre son décès est hyperbouleversant, Lionel Jospin était un homme droit, intègre, un homme d’État. C’était quelqu’un de pragmatique, il n’était pas dans la séduction et n’était pas accroché à son poste ».
Quelques années plus tard, elle a retrouvé Lionel Jospin à l’occasion d’un déjeuner militant. Impressionnée, elle lui présente même des excuses pour l’avoir mis en difficulté. « Il s’en souvenait parfaitement et au contraire m’a remercié de lui avoir permis de s’exprimer sur cet épisode et de fendre l’armure. Il ne s’attendait pas à réagir ainsi mais revenir sur sa défaite face au RN était vraiment terrible. En lui posant cette question, je lui avais finalement permis d’exprimer ce qu’il avait sur le cœur. Il m’a redit que nous quitter à l’époque était pour lui la seule chance de nous laisser gagner. »
Une réponse qui a énormément marqué Mélanie là encore. « J’étais très troublée face à son humilité et à son humanité, c’était très touchant ».



