l’assassinat de ce jeune de 24 ans a tout fait basculer

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Bip ! À l’entrée de la Cour d’assises de Toulouse, un porte-clef en forme d’ogive fait sonner le portique de sécurité. Voilà qui donne le ton du procès qui s’ouvre ce lundi 23 mars. Escortés par un lourd dispositif de police, dix accusés font face à un jury exclusivement composé de magistrats – le onzième étant en fuite. Les détenus sont membres d’une même bande de narcotrafiquants, et sont accusés d’avoir participé, le 24 août 2020, au meurtre en bande organisée de Djilali A., un guetteur des Izards alors âgé de 24 ans. Un meurtre brutal, qui s’inscrit dans une série de règlements de comptes entre deux bandes de trafiquants de drogue des Izards.
Cet été-là, les fusillades à répétition avaient fait quatre morts et sept blessés en à peine trois mois. Et le meurtre du 24 août a participé à faire basculer l’enquête : au terme d’une longue course-poursuite, une partie des tueurs présumés avaient été interpellés, porteurs d’un véritable arsenal de guerre. Retour sur cette affaire hors normes, au cœur d’une audience sous haute tension.

Une ambiance tendue

Les dix détenus s’installent, un à un, sur le banc des accusés. Ils sont défendus par des gros noms du barreau : Mes Dunac, Le Bonjour, Nabet-Claverie, Issa, Dupoux, Martial, Brandely…

Dans le box, chaque duo d’accusés est flanqué de part et d’autre d’un policier, pour assurer le bon déroulement de l’audience. Cinq autres membres des forces de l’ordre sont plantés à l’entrée de la salle d’audience, à côté d’un groupe d’une quinzaine d’hommes, qui remplit les bancs du public.

Sont-ils venus soutenir les accusés ou faire honneur à la victime ? En tout cas, deux des quatre frères et sœurs de Djilali A. sont bien présents sur le banc des parties civiles.

Un point de deal au cœur des règlements de comptes

Le jeune homme est mort à 24 ans – même si la police pensait initialement avoir à faire à un certain Djalil, 17 ans, qui était en réalité sa fausse identité. Il faisait partie de l’équipe d’Aymen H., une des deux bandes qui tentaient de prendre (ou garder) le contrôle d’un point de deal juteux des Izards : celui de la pharmacie située au niveau du métro Trois Cocus.

Les accusés font tous partie de la bande rivale, menée notamment par Mohamed Z., présent parmi les 11 hommes jugés aux Assises.

Le point de deal historique se trouve en face du métro Trois Cocus. (©Anaëlle Montagne / Actu Toulouse)

Quel est le contexte de cette série de fusillades mortelles ?

Historiquement, une seule et même équipe tenait ce point de deal, expliquait à Actu Toulouse une source proche de l’enquête. C’était « le plus rentable de la ville », qui rapportait « environ 40 000 euros par jour ». Mais suite à une scission dans l’équipe, Aymen H., l’un des « boss » du quartier, a monté son propre réseau en parallèle de celui que gérait Mohamed Z. – qui fait partie des accusés aujourd’hui.
Et au début de l’été 2020, tout bascule : une partie de l’équipe de Mohamed Z. tombe après un gros coup de filet mené par la police de Toulouse, tandis qu’un mois plus tard, Aymen H. est libéré de prison. Les enquêteurs le soupçonnent d’être à l’origine de la première fusillade mortelle de l’été 2020, le 10 août, à la Poste des Izards (même s’il a été acquitté lors du procès). Elle aurait visé à reprendre le fameux point de deal.
Ensuite, la police soupçonne l’équipe Z. d’être l’origine des fusillades mortelles suivantes, dans un effort de récupération du point de deal. C’est son équipe qui est jugée aux Assises, en ce moment, pour l’assassinat du 24 août 2020.

Deux détonations et un homme blessé au sol

Le jour de sa mort, Djilali A. se trouvait sur le point de deal, où il tenait un poste de guetteur.

Vers 22h50 ce soir-là, un équipage de police patrouille aux Izards quand deux détonations viennent briser le silence. Elles proviennent de la zone du métro Trois Cocus – où trois fusillades (dont une mortelle) ont déjà eu lieu pendant les deux semaines précédentes. Qu’est-ce qui vient de se passer ? Selon les premiers éléments, une Golf noire avec trois personnes à bord serait arrivée, suivie d’une Megane noire, occupée par quatre hommes. En les voyant arriver, un groupe de quatre jeunes – qui se trouvait sur le point de deal – aurait pris la fuite, mais l’un d’eux aurait chuté au sol. Il aurait alors été visé par un des assaillants, descendu d’une voiture pour lui tirer dessus.

Le point de deal historique se trouve en face du métro Trois Cocus. (©Anaëlle Montagne / Actu Toulouse)

Djilali est au sol, mourant

En arrivant sur les lieux de la fusillade, à l’angle du chemin des Izards et de la rue du Colonel Paillol, les forces de l’ordre tombent sur un jeune homme allongé au sol, grièvement blessé. Sa fiancée se trouve à ses côtés. Djilali est mourant – il succombera à ses blessures à l’hôpital, à 00h45.


Ensuite, tout va très vite : en observant la scène, les policiers aperçoivent la fameuse Golf en train de faire demi-tour, au niveau de chemin des Izards. Une course-poursuite s’engage, en direction du périphérique.

La course-poursuite

La police et la Golf noire avalent des kilomètres, jusqu’à ce que la Volkswagen finisse par heurter un muret de sécurité, au niveau de la bretelle de la Cépière. À l’arrivée des policiers, ses occupants ont déjà pris la fuite, et une forte odeur d’essence se dégage du véhicule abandonné. Mais où sont les passagers ?

Planqués dans les buissons

En faisant le tour de la zone, les forces de l’ordre découvrent un premier individu allongé dans des feuillages, porteur d’un gilet pare-balles. C’est Imed M., l’un des accusés à la carrure imposante, aujourd’hui âgé de 33 ans. Sur ses mains et ses vêtements, les analyses révéleront des résidus de tir.

Un autre individu finit par sortir brusquement des fourrés : Mohamed M., âgé de 25 ans aujourd’hui – l’un des plus jeunes accusés. Au moment de son arrestation, il dégage une forte odeur d’essence. Les deux hommes sont donc interpellés, mais un dernier est parvenu à s’enfuir : il est soupçonné d’être Claudio S.M., que la police finira par retrouver six mois plus tard, après sa fuite de plusieurs semaines au Portugal.

Un véritable arsenal dans la Golf

Dans la Golf, un véritable arsenal sera découvert. Deux revolvers, un fusil-mitrailleur, deux carabines, un pistolet semi-automatique, des chargeurs, des étuis – dont certains percutés -, un jerricane d’essence vide, des masques chirurgicaux, des gants noirs ou en latex…

Et puis, dans l’enceinte du collège Nicolas Vauclin non loin de là, on retrouvera une cagoule, un gilet pare-balles, un gant noir et un Iphone – que les enquêteurs ne vont pas manquer de passer au crible.


SKYecc

Car dans cette affaire, si certains exécutants ont laissé des traces, les commanditaires, eux, ont donné du fil à retordre aux enquêteurs. Ce qui leur a permis de mettre la main sur plusieurs accusés – dont Mohamed Z., l’un des « boss » du réseau – c’est la téléphonie. En effet, tous les participants présumés du meurtre de Djilali A. discutaient très ouvertement de l’organisation des représailles, à travers des conversations qu’ils pensaient indéchiffrables, sur la messagerie cryptée SKYecc. Conversations qui ont donc été… décryptées, au grand dam des mis en cause.

Mais bon nombre des accusés, comme Mohamed Z., nient être derrière les identifiants SKYecc qu’on les soupçonne d’avoir utilisé.

L’enjeu du procès

« Ça va être le gros enjeu du procès, de relier tel identifiant à telle personne », souffle une source proche de l’enquête à Actu Toulouse.

Parce qu’ils parlaient comme dans un livre ouvert : ils se sont pris en photo avec des cagoules, parfois on voyait les armes, ils ont raconté qu’ils venaient de tirer… Donc une énorme partie des investigations visait à rassembler des preuves pour démontrer qui est derrière quel identifiant.


Une source proche de l’enquête

Des preuves utiles pour de futurs procès ?

Des preuves qui pourraient poser des bases pour de prochains procès, concernant des fusillades survenues après le 24 août et dans lesquels certains accusés sont mis en cause, notamment Mohamed Z. : « Si on prouve durant cette audience qu’il est derrière les identifiants soupçonnés, et qu’il est condamné sur cette base, alors ça pourra être utilisé dans les prochaines audiences aussi », détaille notre source.

En ce qui concerne les accusations de meurtre en bande organisée qui pèsent sur eux dans le cadre du procès qui doit se terminer le 3 avril, tous les accusés risquent la réclusion criminelle à perpétuité.

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