Pêcheurs et organisations professionnelles de la pêche en Méditerranée tirent la sonnette d’alarme. La filière pêche pourrait voir les bateaux rester à quai. À Sète, l’inquiétude monte.
L’ambiance n’est pas à la fête au sein de la communauté des pêcheurs de Méditerranée. La flambée des carburants qui semble s’installer dans le temps en raison de la guerre au Moyen Orient, n’est pas pour rassurer une profession déjà fragilisée par les plans d’efforts de pêche (Westmed). Et les nouvelles en provenance du ministère chargé de la Mer et de la Pêche ne sont pour rassurer les pêcheurs, ceux de Méditerranée notamment. Après plusieurs réunions et discussions avec la ministre Catherine Chabaud, l’association nationale des organisations de producteurs (ANOP) et l’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF) indiquent dans un texte commun publié lundi 23 mars au soir avoir « pris connaissance avec consternation des annonces gouvernementales, s’agissant des aides aux secteurs économiques les plus exposés à la crise énergétique, dont la pêche. » Les deux organismes dénoncent « des mesurettes » face à une hausse de l’ordre de 80 % du coût du carburant depuis le début du conflit au Moyen-Orient ». Prêts de valorisation, prêts de trésorerie garantis par BPI France, étalement des échéances fiscales et échelonnement des cotisations sociales. « En d’autres termes, il s’agit de décaler le paiement des factures d’aujourd’hui qui devront de toute façon être réglées demain. Sans apporter la moindre réponse au problème de fond », concluent les représentants des deux organismes.
« L’augmentation est gigantesque »
L’heure est grave pour les entreprises de pêche. « Nous avons déjà des bateaux qui ne sortent plus parce qu’ils ne sont plus rentables, par exemple à Port-la-Nouvelle, ils le décident au jour le jour », témoigne Bertrand Wendling, directeur de la Sathoan (sardine, thon, anchois), une coopérative maritime des pêcheurs, basée à Sète et qui représente 90 navires de pêche sur l’ensemble de la façade de Méditerranée française (une quarantaine de chalutiers dont 11 à Sète). « Je suis en poste depuis 2005 et c’est la première fois que je constate une hausse des carburants aussi rapidement et avec des taux aussi élevés », constate-t-il.
Des marins risquent de rester à quai, faute de salaires
Près de 1 500 bateaux de pêche travaillent en Méditerranée. « Les bateaux les plus impactés c’est la flotte chalutière, qui a la plus grosse dépendance énergétique. Un navire de pêche qui fait des journées avec des allers-retours tous les jours consomme entre 1 000 et 2 000 litres par jour. Ça dépend des navires et on est passé d’un gasoil à 0,65 centime le litre à aujourd’hui on est entre 1€ et 1,30€ le litre en fonction des ports, donc vous imaginez bien que l’augmentation est gigantesque et que ça grève la rentabilité des navires ». Avec un surcoût évalué à 10 000€ par mois, l’impact sur l’économie de la filière est immédiat avec une perte de rentabilité et une baisse des salaires des marins (en 120 et 160 marins pour la pêche chalutière en Méditerranée, NDLR), dont la rémunération est calculée à « la part » sur la journée une fois le coût du carburant et la part pour l’entreprise retirée. « Plus la charge les charges sont importantes, plus les salaires diminuent et des bateaux se retrouvent avec des parts négatives. Les marins ne peuvent plus être payés et donc ne sortent plus. »
Des aides indirectes jugées insuffisantes
Quelles conséquences sur la filière si la crise s’éternise ? « Là les bateaux vont s’arrêter en attendant de voir comment la situation évolue, poursuit Bertrand Wendling, parce qu’il y a beaucoup de volatilité des marchés. Si la crise dure c’est une crise de filière, pas seulement en Méditerranée. Sur Sète le gasoil est encore à 0,96 centime, mais il devrait passer à 1 euro à partir de la semaine prochaine, il y a déjà des ports en Atlantique qui sont à plus d’1,20€ et aujourd’hui le prix d’achat est à 1,30€. Là on vit sur les stocks des sociétés d’avitaillement, elles avaient de gros stocks au début de la crise pour essayer de faire face. Ils permettent de tenir une semaine ou deux mais pas plus ».
La Sathoan comme au niveau national, réclame clairement des mesures immédiates de réduction des coûts du carburant. « De ce qui est proposé pour l’instant ce sont des solutions de report de charges ou de prêts garantis par la BPI mais ce sont des solutions financières que les armements devront rembourser à un moment ou à un autre donc ça ne résout pas le problème, ça ne suffira pas pour répondre à la situation actuelle ».
Les revendications des pêcheurs
La crise était sur la table des discussions du comité régional des pêches de lundi en présence des représentants de l’État et de la Région. Les pêcheurs à travers le Comité national des pêches maritimes et élevages marins (CNPMEM), les professionnels de Sète attendent des réponses nationales et européennes sur des dérogations aux quotas de pêche pour certaines espèces ou encore un dispositif exceptionnel de couverture de la rémunération des marins dont les navires sont forcés de rester à quai. Côté prudhomie à Sète, on évoque la baisse de certaines taxes prélevées notamment par les coopératives d’avitaillement, les organisations professionnelles ou la criée. Une réunion était prévue à la prudhomie de Sète ce mardi soir. Sans aide financière directe, les pêcheurs pourraient organiser des opérations de revendications.
Décarbonation des navires, une solution de long terme
Parmi les solutions de long terme face à l’envolée des prix du carburant, la décarbonation des navires devient une évidence. "On va nous dire que cela fait 20 ans que l’on est dépendant du carburant, a bien conscience Betrand Wendling, représentant de la Sathoan. Mais ce n’est pas si simple que ça. Des travaux sont menés à notre initiative par le sevice technique de la Région, le Cepralmar, sur les sujets de décarbonation avec des solutions d’hybridation sur les navires. C’est-à-dire mettre l’étude de la possibilité d’installer des batteries à bord pour améliorer l’efficacité énergétique d’un navire. Il consommera toujours du carburant mais moins. Mais ces dispositifs prennent du temps. C’est de la R & D, et ça se fait pas du jour au lendemain". Notamment en raison de barrières réglementaires. "Cela fait trois ans que l’on demande des évolutions auprès de l’Etat, rappelle Bertrand Wendling, mais ça ne se change en un claquement de doigt. Lors des réunions avec la ministre, ce sujet a été relancé bien sûr."
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