Jean-Michel di Falco, ex-évêque de Paris, condamné à dédommager l’homme qui l’accuse de viols

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Serait-ce la fin d’un épisode judiciaire de plus de 25 ans ? Ce jeudi 26 mars 2026, l’ex-évêque Jean-Michel di Falco a été condamné par la cour d’appel de Paris à dédommager un homme l’accusant de viols et d’agressions sexuelles dans les années 1970. Une déflagration dans le dossier des violences sexuelles dans l’Église catholique.

« Un comportement fautif de nature sexuelle »

Selon un arrêt consulté par l’AFP, l’ex-évêque auxiliaire de Paris âgé de 84 ans doit verser près de 200 000 euros de préjudice à un homme, mineur à l’époque, faisant état de violences sexuelles de la part du prêtre entre 1972 et 1975, quand il était directeur du collège Saint-Thomas d’Aquin dans le 7e arrondissement de Paris. Les faits sont prescrits au pénal.

La défense de Jean-Michel di Falco a aussitôt annoncé à l’AFP se pourvoir en cassation contre une décision « incompréhensible », réaffirmant sa « parfaite innocence, sa totale rectitude ». L’avocat du demandeur n’avait pas réagi dans l’immédiat.

Ce revirement intervient au terme de près d’un quart de siècle de feuilleton judiciaire, la première plainte au pénal contre l’évêque dans cette affaire remontant à 2001. La justice avait jusqu’ici rejeté toutes les demandes et plaintes de Pierre-Jean Pagès, 65 ans aujourd’hui. « Il résulte ainsi des éléments du débat qu’un comportement fautif de M. di Falco, de nature sexuelle, a causé à M. Pagès un dommage corporel, qui l’oblige à réparation », estime dans son arrêt la cour d’appel de Paris.

Reconnaissance d’un traumatisme « vécu dans l’enfance ou la jeune adolescence »

« Le mal-être de l’intéressé adulte, sa souffrance psychologique, son incapacité à s’engager dans une relation stable et durable et sa sexualité confuse et sans plaisir, évoqués par les psychologues ou ses anciennes compagnes, confirment plus avant ce traumatisme vécu dans l’enfance ou la jeune adolescence », écrivent les magistrats dans leur décision.

Jean-Michel di Falco a été l’une des figures les plus médiatiques de l’Église de France, notamment en tant que porte-parole de la Conférence des évêques (1987-1996), puis évêque auxiliaire de Paris (1997 – 2003), avant d’être évêque de Gap (2003-2017). Longtemps considéré comme l’aumônier des célébrités, il a célébré les obsèques d’Alain Delon en août 2024. Il avait lancé le trio de chanteurs à succès Les Prêtres en 2010.

Débat autour de la prescription

L’évêque émérite « se dit extrêmement choqué » que la cour d’appel de Paris déduise « de l’aide morale et psychologique apportée par Jean-Michel di Falco à un garçon orphelin, qu’il a aidé et soutenu », qu’elle « puisse être anormale ou inappropriée », a déclaré dans un message à l’AFP son avocat Me Olivier Baratelli. « Comment une décision peut-elle, 54 ans plus tard, être aussi péremptoire ? », a-t-il dénoncé, invoquant « l’absence de tout indice et de toute preuve matérielle ».

Cette procédure au civil avait été engagée par Pierre-Jean Pagès en 2016, mais avait été débouté en 2018, puis en appel en 2019, pour cause de prescription. En 2022, la Cour de cassation avait renvoyé l’affaire pour qu’elle soit à nouveau jugée. Or dans sa nouvelle décision rendue jeudi, la cour d’appel de Paris a considéré que l’action civile du plaignant n’était finalement pas prescrite.

L’ancien évêque auxiliaire de Paris est notamment condamné à lui verser 10 000 euros en réparation du préjudice sexuel, 70 000 euros au titre de l’incidence professionnelle et 81 392 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire.

Après des décennies de non-dits sur les affaires de violences sexuelles commises par des membres du clergé français, la parole s’est libérée ces dernières années dans des dossiers de ce type.

Pour rappel, un total de près de 1 800 victimes de pédocriminalité dans l’Église ont saisi l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), dispositif créé en 2021 et arrivant à échéance à l’été, a annoncé lundi cette structure.

Avec AFP.

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