Il y avait foule, ce jeudi 26 mars 2026, à la cour d’assises des Yvelines, à Versailles, pour assister au cinquième jour du procès de Gilles G. , le policier accusé d’avoir tué Olivio Gomes à Poissy, dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020.
Après les réquisitions de l’avocat général David Sénat, en fin de matinée, et la plaidoirie de Me Laurent-Franck Lienard, l’avocat de la défense, dans l’après-midi, le verdict était attendu en début de soirée. Il a été ajourné au vendredi 27 mars 2026 en début de matinée, le délibéré s’annonçant très long.
L’utilité de l’intervention remise en question
Les jurés doivent s’interroger sur les raisons qui ont poussé le policier d’une trentaine d’années, affecté à la brigade anticriminalité (BAC) de nuit de Paris, à tirer trois coups de feu en une fraction de seconde sur le jeune homme de 28 ans, père de trois enfants, à l’automne 2020 dans le quartier Beauregard, à Poissy. L’un d’entre eux s’était avéré mortel. Il était exactement 2 h 28 du matin.
Auparavant, une filature d’une vingtaine de minutes avait eu lieu entre la voiture conduite par Olivio Gomes et l’équipage de la BAC à la suite d’un refus d’obtempérer. La chasse, à vitesse modérée et dans un trafic quasi nul, avait commencé sur le périphérique, avant de continuer sur l’A13 puis dans les rues de Poissy.
« Dans ce dossier, il n’y a rien de flagrant »
Pour l’avocat général, l’équipage de la BAC parisienne a manqué de discernement en poursuivant cette filature hors de son territoire d’action.
« C’est un équipage qui est censé faire des interpellations en flagrance, sur des infractions évidentes. Dans ce dossier, il n’y a rien de flagrant. Il ne se passe rien. Ce soir-là, il n’y avait pas de risque majeur pour l’ordre public. Mais la nature a horreur du vide… »
« Il y avait de la place pour la réflexion »
Dans sa longue démonstration, qui a duré près de trois heures, l’avocat général a notamment pointé du doigt le manque de communication entre le trio de policiers, insistant sur les qualités de réflexion limitées de l’accusé, « venu pour faire le troisième homme (comprendre pour faire le nombre, N.D.L.R.) ».
Et quand les fuyards ont finalement stationné leur véhicule dans une cité de Poissy, Gilles G. est le seul à être sorti de la voiture de police pour procéder à l’interpellation, son chef de bord n’ayant pas la place pour ouvrir sa portière. L’accusé a-t-il fauté à ce moment-là ? Pour l’avocat général, il n’y a aucun doute.
« Monsieur G. est habilité depuis 2013, la BAC, c’est lui qui l’a réclamé à cor et à cri. Vous n’êtes pas un pantin désarticulé. Il y avait de la place pour la réflexion. »
« Tirer une fois est une chose, tirer trois fois en est une autre »
Selon lui, le policier n’a pas agi en état de légitime défense au moment où le véhicule tentait de redémarrer. « Tirer une fois est une chose, tirer trois fois en est une autre. Ça dit quelque chose de sa détermination ! Il maîtrisait cette arme et toutes ses caractéristiques. Et dans la voiture, vous aviez vingt minutes pour réfléchir. Il n’y a pas d’effet de surprise. »
« Vous ne vous êtes pas arrêté après le premier tir. Vous êtes l’auteur d’un homicide volontaire sur Olivio Gomes. »
David Sénat a finalement requis une peine de dix années de réclusion criminelle avec un mandat de dépôt immédiat ou différé.
La défense contre-attaque
Vers 15 h, cela a été au tour de la défense d’entrer en piste. L’avocat de Gilles G. a essayé de rétablir quelques vérités et d’alléger « le sac de l’accusé », petit à petit. « Le territoire, les compétences, on s’en fiche. Les policiers cherchent n’importe quel indice qui pourrait permettre d’arrêter une personne. »
« Sur ce coup-là, juge-t-il, [les policiers] ne se sont pas trompés : le conducteur n’avait pas de permis et était au volant en ayant consommé de l’alcool et des stupéfiants. »
« Est-ce que cette manière de riposter vaut dix ans de prison ? »
Au moment de l’interpellation, son client a-t-il fauté ? Il ne le pense pas. « C’est son satané boulot d’interpeller le conducteur, il ne peut pas le laisser repartir. »
« L’avocat général, qui est l’avocat de la société, assure qu’un refus d’obtempérer, ce n’est pas grave. C’est ça qu’on vous dit ? Je ne suis pas d’accord. »
En ce qui concerne les trois coups de feu, Me Laurent-Franck Lienard rappelle qu’ils ont été tirés en l’espace d’à peine une seconde. « Il y a deux balles en trop, on est d’accord. Mais il n’y a qu’une seule prise de décision. Et à l’entraînement, on apprend toujours aux policiers à tirer en doublette ou en triplette. »
« C’est absurde de dire qu’il a voulu la mort d’Olivio Gomes. C’est totalement hors de propos. La voiture lui a bondi dessus et il n’avait qu’une seconde pour réagir. Est-ce que cette scène, cette manière de riposter, vaut dix ans de prison ? »
« On attend qu’il soit puni à la hauteur de ses actes »
À la sortie de l’audience, Leonel Gomes, le frère de la victime, a confié à 78actu qu’il attendait sereinement le verdict. « Notre famille ne s’est pas du tout reconstruite », nous expliquait-il deux jours plus tôt.
« On a perdu un frère, un enfant, un père de famille, rappelle Leonel Gomes. On attend que l’accusé soit puni à la hauteur de ses actes. Que ce soit 10 ans, 20 ans de prison ou autre chose, ce n’est pas à nous de décider. »
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