À l’occasion de la venue ce samedi 28 mars d’Australian Pink Floyd au Zénith sud et de Cover Tramp à la Narbonne Arena, coup de projecteur sur le phénomène des “tribute bands” qui fera l’objet d’un festival du 13 au 15 mai à Lunel.
Le phénomène des tribute bands (littéralement “groupes hommage”) n’est pas nouveau, il est même consubstantiel de la pop music. En Angleterre, sa terre natale, il est apparu en même temps ou presque, juste le temps de déterminer, copier et reprendre à la perfection un groupe célèbre : en 1964, déjà, un band éphémère du nom de The Buggs sortait un album du nom de The Beetle beat dans lequel figurait une chanson du nom de I want to hold your hand… et l’on vous fait grâce du nom de la formation originale !
En France, il a fallu attendre le début des années 2000 pour que ce bouturage anglo-saxon prenne racine avec, on vous le donne en mille, un tribute band aux Beatles (c’est dit), The Rabeats : quatre garçons d’Amiens propulsés dans le vent grâce à leur tournée des Zéniths en première partie de Pascal Obispo qui, lui, commençait son show d’alors en sosie de Polnareff. Les Rabeats ont raccroché les coupes au bol l’an passé mais la vague des tribute bands, elle, n’a pas fini de déferler !
Pour preuve ce samedi, le Zénith sud de Montpellier accueille The Australian Pink Floyd Show, le plus célèbre groupe hommage au gang de Rogers Waters et David Gilmour (ce dernier d’ailleurs les avait invités à jouer à la fête de son 50e anniversaire, en 1996 !) tandis que la Narbonne Arena reçoit Covertramp, sextet français adoubé par Roger Hodgson, l’ancien chanteur de Supertramp. Et dans les mois qui viennent, dans l’une et/ou l’autre grande salle, on pourra applaudir Balavoine ma bataille, The Dire Straits Experience, The World of Queen, So Floyd, Forever King of Pop, Goldmen… Liste non exhaustive !
Environ le tiers de l’affiche des Zéniths en France
Finie leur mauvaise réputation de contrefaçon au rabais, désormais les tribute bands, qui sont pour le coup “montés en gammes” et jouent parfois mieux que les vrais (la fatigue…), sont désormais pris très au sérieux.
Par le public : depuis une bonne quinzaine d’années que la nostalgie est érigée en valeur refuge (ce qu’avait théorisé le critique britannique Simon Reynolds dans son essai fameux, Rétromania), il ne boude pas son plaisir, à la fois intime et collectif, à entendre ses tubes préférés joués live and alive à la note près ; d’autant plus que leurs auteurs, appartenant pour les plus prestigieux à la génération du baby-boom, tournent beaucoup moins (et uniquement dans les plus grandes villes et aux plus tarifs les plus prohibitifs) quand ils n’ont pas débranché leurs guitares ou cassé leur pipe.
Par le business : beaucoup de sociétés de productions (y compris des ténors type Gérard Drouot Prod.) ont intégré des tribute bands à leur catalogue, ou s’en sont fait une spécialité (Richard Walters, Ginger, Tribute avenue, Belinda, etc.) au point que désormais les spectacles hommage constituent environ un tiers de la programmation annuelle des Zéniths en France !
Enfin, par les artistes eux-mêmes : sans rien à faire (ni leur mot à dire), ils empochent des droits d’auteur sur leurs compositions reprises, voient leur légende entretenue et d’une certaine manière, s’en inspirent puisqu’ils sont de plus en plus à revisiter sur scène leurs albums cultes (souvent très anciens) ou à reformer bien des années après leur groupe le plus fameux au point de sembler des self-tribute bands… Et ce n’est pas fini !
Bien plus qu’un festival de reprises à Lunel
Du 13 au 15 mai prochains, Lunel va en effet accueillir dans ses superbes arènes modernes, la première édition d’un festival de tribute bands, co-organisé par la société Maestria (derrière Lunel Ose avec la Ville) et la Team Legends. Derrière cette dernière, deux musiciens rompus à la cover : Guillaume Ansermoz et Alex Sto. Originaire de Montpellier, le premier a bossé dans l’animation musicale à Majorque, dans l’hôtellerie, le tourisme et la croisière. Multi-instrumentiste, doté d’un notable falsetto, il se voit suggérer de reprendre du Bee Gees. Bonne idée : sur l’île éprise des Anglo-saxons et des Allemands, le groupe des frères Gibbs est à peine moins adulé que les Beatles, aussi son tribute band fait-il un carton.
Après vingt ans, il revient s’installer à Lunel où il rencontre Alex Sto à l’inauguration de son studio. Surprise : lui aussi a de la reprise. Parisien de naissance, lui aussi multi-instrumentiste, Alex Sto a joué dans de nombreuses formations originales avant de tenter de monter des tribute bands de David Bowie et Prince, sans succès sur la capitale. Installé à Montpellier depuis 2016, il a une révélation en rencontrant la chanteuse nîmoise Tifany B (passée par The Voice, l’an dernier) : elle a la même tessiture de voix que Tina Turner.
« Comme avec Alex, on s’entend très bien au niveau musical comme au niveau business, raconte Guillaume Ansermoz, on a eu l’idée de monter à partir d’une même équipe de base, un petit catalogue de tribute bands pour proposer jusqu’à un festival clé en main. » Lunel sera pour les associés, une première cruciale où ils proposeront Stayin’Alive (« Il y a un jeu de mots », sourit Guillaume, pour les Bee Gees), Tina Thunder (« Un show complet où l’on raconte son histoire, et celle de ses nombreux duos », souligne Alex), Phil Collins Experience (« On évoque toute sa carrière, autant avec Genesis qu’en solo », précise Alex) et enfin Génération Balavoine (« On a mis l’accent sur son côté anar, revendicateur, et restitué l’impact très rock de son son en concert », Alex toujours).
« Beaucoup de gens font l’amalgame entre spectacles de sosies (qui font souvent du playback sur des bandes) et concert de tribute bands, regrette Alex. Notre objectif à nous, ce qui, on espère, nous distingue des groupes de reprises, c’est notre volonté d’être le plus fidèle possible aux artistes que l’on joue, et de privilégier contrairement à d’autres qui cherchent à reproduire les enregistrements studio, les versions live de leur répertoire, celles qui ont le plus de patate, qui incitent à la fête et à la danse. » Et Guillaume d’insister, à toutes fins utiles : « Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que derrière tout ça, au-delà de toutes les histoires de business, il y a des musiciens qui ont la passion chevillée au corps jusqu’au squelette et qui se donnent à fond ! »



