« Que votre cervelle finisse en pisse de juif », « toi et ta famille, je te brûle », « je te déporte », « je te mets dans un wagon », « tu dois être amené dans un four crématoire »… Un autoentrepreneur du Jura était renvoyé devant le tribunal correctionnel de Dole, vendredi 13 mars. Il n’avait pas obtenu gain de cause pour le remboursement de timbres-poste et accusait, ainsi, la poste de vol. Il insulte alors l’agent au téléphone, le menaçant de mort. C’est d’ailleurs la qualification pénale donnée par le procureur de la République : « menace de mort réitérée, commise en raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion. » Les faits remontent au 10 janvier 2023 : après trois renvois, l’affaire a enfin été examinée.
Une défense en solo, sans avocat
Se défendant tout seul, sans avocat, il admet à la barre être « sorti de ses gonds ». Pour autant le prévenu, jurisprudence à l’appui, s’oppose à la qualification de « réitérée » ; au terme d’une très longue explication, il finira par… ne pas reconnaître ses propos comme de l’antisémitisme : « Vous devez être mis dans un train, je te brûle, je te déporte toi et ta famille, ta place sur terre est une erreur ». Il renouvellera par mail de tels propos antisémites en écrivant : « Que votre cervelle finisse en pisse de juif ». Cependant, il sollicite sa relaxe.
Face à cette posture, le procureur le questionnera ainsi : « Vous comprenez que je puisse penser que vous êtes antisémite ? » Sa réponse est non. « Je n’ai aucune volonté d’action, c’est du populisme », et pour finir il invoquera « l’intégrité nationale ».
Une pensée « dans le vent mauvais »
L’avocat des parties civiles aux intérêts de l’agent et de la poste, reprenant les conclusions du prévenu transmises au tribunal pour sa défense, évoquera le passage, devant sans doute minimiser ses propos, par lequel il se réfère au film Holodomor, qui retrace la famine imposée par Staline en 1933 pour soutenir que selon lui « ce génocide est du fait des Juifs ». Il informera également le tribunal que l’autoentrepreneur avait tenu les mêmes propos à l’encontre d’un agent de l’Urssaf, la plainte étant en cours de traitement. Il rappelle que la poste a pour politique une « tolérance zéro » en poursuivant tout acte commis à l’encontre de ses agents.
Fragilité psychique
Dans son réquisitoire, le procureur, s’insurgera en soutenant que » ce qu’il a entendu de la part du prévenu est « insupportable » que « sa pensée s’inscrit dans le vent mauvais actuel de la société antisémite » et qu’il faut ainsi répondre aux quatre questions :
- « Le prévenu a-t-il prononcé les propos ? »
- « Est-ce une menace ? »
- « Est-ce une menace réitérée ? »
- « Est-ce en rapport avec la religion juive ? »
À ces quatre questions, le procureur répondra « oui » et tenant compte d’une fragilité psychique (selon l’expertise psychologique ordonnée par le tribunal lors d’une précédente audience) « d’un homme qui n’écoute que lui-même », il sollicitera la condamnation du prévenu à 6 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire, avec une obligation de soins.
La décision a été mise en délibéré au 27 mars prochain.
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