Auteur de 8 vols, qu’il a lui-même reconnu avoir commis sur le territoire de plusieurs communes du Grand Figeac et de l’Aveyron, S., 22 ans, échappe tout de même à la prison, même si le préjudice causé touchant des particuliers et des mairies est estimé à plus de 150 000 €. Lors de sa comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Cahors, le vendredi 24 avril 2026, S. était poursuivi pour une série de cambriolages perpétrés entre le 15 janvier et le 8 mars 2026, sur le territoire des communes d’Espédaillac, Assier, Camburat, Lissac-et-Mouret, Sonnac (12), Figeac et Saint-Julien-d’Empare (12). Sont victimes de ces vols : la mairie d’Assier, l’association de chasse de la commune de Camburat, le local du syndicat des eaux à Camburat, les ateliers municipaux de Lissac-et-Mouret, l’association recyclerie Regain de Figeac,…
Un mode opératoire rodé mais des erreurs de débutant
Commis par effraction, avec un ou plusieurs complices, dans des entrepôts d’outillage et de matériel divers, ces vols se conjuguent avec une 4e circonstance aggravante : la récidive. Il apparaît que le prévenu a fait l’objet d’une précédente condamnation, en 2024. Autant d’éléments lui faisant encourir une peine de 7 ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende…
Le « modus operandi » (mode opératoire) apparaît similaire pour chaque cambriolage : effraction de la porte d’accès aux locaux visités, à l’aide d’un pied-de-biche ou d’une clé démonte-pneus, concours d’une ou plusieurs personnes, chargement du matériel volé à destination d’un acheteur (receleur). Ainsi, ont été écrémés des ateliers municipaux, un local communal d’une société de chasse, les ateliers et garages de deux particuliers, la recyclerie Regain, où a été dérobé du matériel de jardinage pour un montant arrêté à 63 000 €…
Deux véhicules utilitaires, type Renault Trafic, ont fait l’objet eux aussi de vol, pour transporter du matériel qui ne contenait pas dans le véhicule (Audi 5) dont se servait habituellement S. pour emporter son butin. Une fois le matériel chargé, celui-ci était acheminé jusqu’à l’endroit convenu avec la personne qui le rachetait. S. partageait ensuite l’argent avec son complice. Les opérations terminées, le véhicule était détruit par incendie.
Les gendarmes de Figeac, saisis de plaintes, ont tôt fait de mettre la main sur leur auteur, qui avait laissé tomber sa carte de crédit dans un des ateliers municipaux cambriolés… Ainsi remonteront-ils à la ligne téléphonique du mobile appartenant à S. et de fil en aiguille feront le constat du déclenchement des relais de téléphonie avec les lieux cambriolés… S. pris la main dans le sac !
La présidente du tribunal passant en revue les cambriolages, égrène le montant des estimations du préjudice causé : ici pour 8 000 € de matériel électroportatif, un peu plus loin 2375 d’outillage €, à tel autre endroit 3 200 € pour la réparation de portes forcées au pied de biche… L’ensemble de ces méfaits ont été commis en pleine nuit, et n’ont été constatés qu’aux premières heures du jour. Une constante se dégage relativement aux différents lieux visités : ceux-ci n’étaient pas équipés, ni d’une alarme, ni d’une caméra de vidéosurveillance…
Lors des perquisitions menées au domicile de l’acheteur, divers matériels volés ont été retrouvés pour une valeur de plus de 7 000 €. De nombreuses photos de matériel volé transmises à l’acheteur par le voleur, ont été saisies et corroborent les soupçons de recel.
Quant au matériel retrouvé à son domicile, S. soutient qu’il s’agit de produits achetés ou de cadeaux provenant de ses parents. Pas de doute !
– « Qu’est-ce qui vous a amené à commettre tous ces vols ? » demande la présidente du tribunal.
– « J’ai traversé une mauvaise passe, des difficultés m’ont amené à faire des choses pareilles ; je m’en excuse, mais je n’étais pas tout seul ! » répond S.
Tout en refusant de révéler l’identité de son complice, S. affirme « qu’il a été poussé » à commettre de tels actes. Par ailleurs, il apparaît que c’est lui-même qui procédait aux repérages. Lors des vols, il s’était équipé d’une cagoule et de gants noirs. S. assure que c’est « l’autre personne » qui procédait à l’ouverture des locaux, lui-même se contentant de faire le guet.
S. est célibataire, sans enfant et vit chez ses parents.
» L’appât du gain » face à la justice
« C’est l’appât du gain qui a conduit le prévenu à commettre de tels actes ! » relève la Procureure de la République. Elle requiert à son encontre 18 mois de prison, dont 12 avec sursis probatoire pendant une période de 2 ans. Pour la partie ferme, elle ne s’oppose pas à un aménagement prononcé ab initio, c’est-à-dire au moment du prononcé du jugement, qui verrait la partie ferme se traduire en un placement à domicile, sous bracelet électronique. La peine demandée serait assortie d’une obligation de travail, de réparer les dommages causés. De plus, il est requis une interdiction pour S. d’entrer en contact avec le receleur et une confiscation du véhicule Audi A5 et du téléphone qui ont servi à la commission des infractions.
La défense pointe l’amateurisme du prévenu
« Je suis dérouté par la personnalité de S. issu d’une famille structurante et exigeante ! » s’indigne Me Jacques Chambaud avocat de S. Celui-ci décrit une certaine exemplarité à ses yeux, du comportement de cette famille de la communauté des gens du voyage, « qui déclare les impôts ». Puis l’avocat change de ton en s’adressant directement à son client :
– « Il faut arrêter votre carrière de cambrioleur, car vous êtes nul ! Vous laissez tomber la carte bancaire dans un local et vous utilisez votre téléphone mobile… On ne prend pas sa voiture pour faire les repérages ! » Autant d’éléments qui démontrent selon lui que S. n’est qu’un « employé du receleur ». L’avocat ajoute que le bénéfice de l’opération n’a permis à son client que de s’offrir « une paire de baskets et un vêtement ». « Tout ça pour ça ! » s’exclame-t-il, avant d’implorer le tribunal de ne pas prononcer une incarcération, et d’opter plutôt pour un placement sous bracelet électronique.
Bracelet électronique et confiscation des biens
Après en avoir délibéré, le tribunal a reconnu S. coupable des faits reprochés et en répression l’a condamné à 18 mois de prison avec sursis probatoire pendant 2 ans. Les 6 mois de prison ferme sont transformés en placement à domicile sous bracelet électronique. Le tribunal a suivi les réquisitions du Parquet et a prononcé la confiscation de l’Audi 5 et de l’iPhone 15. Quant aux parties civiles elles sont recevables et leurs demandes font l’objet d’un renvoi sur intérêts civils en date du 9 septembre 2026.
Si le jeune prévenu quitte le tribunal libre, il n’en demeure pas moins sous une étroite surveillance judiciaire. Entre l’obligation de travailler, celle de rembourser les victimes et la perte de ses biens matériels, le prix à payer pour cette série de cambriolages s’avère bien plus lourd que les profits immédiats qu’il espérait en tirer. Le prévenu dispose d’un délai de 10 jours pour interjeter appel.
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