Avec son spectacle "Sexe", l’humoriste mêle humour, témoignage et réflexion sur le désir et le corps. Né après " Amour", ce seul-en-scène interroge la sexualité sous un angle personnel et libérateur. Parallèlement, elle prolonge cette démarche à la radio avec une libre antenne, visant à libérer la parole et accompagner les auditeurs.
Avec Sexe, vous abordez un sujet à la fois intime et universel. D’où est née l’envie de consacrer un spectacle entier à ce thème ?
C’est né après mon précédent spectacle, Amour, qui parlait de rupture amoureuse. Je me suis demandé de quoi j’allais pouvoir parler avec autant de passion et je me suis rendu compte, en rangeant ma bibliothèque, que j’avais énormément de bouquins sur la sexualité. Je me suis dit que c’était un sujet que je potasse dans mon coin en solitaire, mais que c’était finalement le prochain sujet dont je pourrais parler pendant des heures. C’est d’ailleurs assez étrange d’avoir autant de livres sur ce thème ; si on va chez quelqu’un qui a 35 bouquins sur la confiance en soi, on ne se dit pas que c’est son point fort.
Dans le stand-up, le sexe est souvent abordé, notamment par les femmes, mais jamais sur la durée totale d’un spectacle. C’est quelque chose d’innovant.
Je ne sais pas. À mes débuts, il y a 15 ans, tous les garçons parlaient de masturbation assez aisément et j’enviais cette liberté. Aujourd’hui, les femmes se sont emparées de ce sujet parce qu’il y a beaucoup de choses à dire. Nous sommes dans un monde qui est en train de se déconstruire et je trouve que chacune, avec sa parole singulière, vient reconstruire ce monde. C’est chouette d’avoir plusieurs points de vue et de documenter les prochaines années grâce à nos expériences et nos ressentis.
Entre réflexion, humour et confidence
Avez-vous cherché le bon équilibre entre humour, confidence et réflexion ?
Totalement. Sur un sujet pareil, j’ai choisi la sensation de vulnérabilité, le sentiment d’un témoignage livré avec générosité mais avec pudeur. Il ne s’agit pas de vider mes affaires en public, ça m’intéresse très peu. En revanche, si la personne en face de vous se dévoile, vous avez tendance à vous dévoiler aussi. Ça a été un travail d’orfèvre. Aujourd’hui, je sens que la gêne du début s’évapore rapidement pour laisser place au rire et à la joie. C’est un sentiment libérateur d’évoquer dans un cadre sécurisant ces sentiments souvent enfouis, comme la solitude de la sexualité, dont on parle peu.
Le spectacle se veut aussi peut-être une forme de réappropriation du discours sur le corps et le désir ?
Oui, car quand on parle de sexualité, on pense souvent pratique ou performance. C’est une vision assez extérieure. En tant que femme, on aborde souvent la sexualité par le prisme de la peur, de la prévention ou de l’abstinence, mais peu par celui du plaisir. Ce qui manque aujourd’hui, c’est de se connaître, de connaître ses limites et ses envies pour mieux les exprimer à son partenaire. On arrive souvent dans ce domaine sans études ni diplôme, c’est direct le stage en entreprise, donc on est un peu paumés.
Concernant les premiers moments du spectacle qui pouvaient être gênants, a-t-il été facile pour vous de tout assumer sur scène ?
Le spectacle commence tout doucement, je n’invective pas les gens. Je rassure tout le monde dès le départ car ce n’est pas un sujet passif. Mon challenge était d’oser parler de sexualité à n’importe quel public, y compris à ma famille qui vient voir tous mes spectacles en groupe. J’avais peur car mes nièces connaissent mes sketchs par cœur. Cette peur était symptomatique de la honte que l’on ressent parfois à être une femme qui a du désir et qui parle de ses expériences. Le challenge a été relevé et aujourd’hui je me sens très à l’aise. Comme toutes les épreuves, cela m’a fait grandir.
Depuis le 30 mars, vous animez le lundi à 22 h une libre antenne sur France Inter. Est-ce comme vous l’attendiez ?
C’était mieux que ce que j’attendais. J’étais très anxieuse, comme lors de ma première fois sur scène, mais derrière la peur, il y avait un grand désir d’écoute et d’être aux manettes d’une émission en direct. J’ai pris beaucoup de plaisir. Ce n’étaient pas les appels des gens qui m’effrayaient, mais plutôt l’exercice technique de la radio : maintenir l’attention des auditeurs, gérer l’oreillette et faire en sorte que les gens repartent avec quelques outils pour leur propre histoire.
Contrairement à la scène, vous êtes entourée pour cette émission.
Pour la radio, je suis avec mon ami humoriste Jessé et une sexothérapeute. On s’est beaucoup amusé de cette adrénaline ; c’est comme un saut dans le vide qui dure deux heures. C’était assez chouette, j’ai bien kiffé.
C’est votre spectacle qui a donné l’idée de vous confier cette émission pour libérer la parole ?
Oui, mon but n’est pas de raconter des histoires de fesses, mais de faire éclore de nouvelles prises de conscience. En dehors de la scène, cela fait dix ans que je coache des amis ; j’ai ce désir d’aider à y voir plus clair. À la radio, je me sens comme un poisson dans l’eau. Pour moi, le plus dur n’était pas de parler aux gens, mais de gérer la technique comme envoyer la pub ou lancer le flash. J’ai eu l’impression ce soir-là qu’il n’y avait plus de frontières entre qui je suis dans la vie et qui je suis dans la lumière.
Étiez-vous auditrice de la grande vague de libre antenne des années 90 et 2000 ?
Bien sûr ! J’écoutais Doc et Difool le dimanche soir. C’était transgressif, je me cachais pour écouter. Il y avait une liberté de parole qu’on ne trouvait nulle part ailleurs, d’autant plus qu’à l’époque nous n’avions pas Internet. Ces émissions ont été extrêmement libératrices. En animant la mienne, j’étais un peu comme l’adolescente que j’étais, mais cette fois-ci avec la certitude de ne pas me faire gauler.


