Élu maire du Grau-du-Roi, Charly Crespe souhaite aussi présider la communauté de communes et porte le projet d’un rapprochement avec ses voisines.
Pourquoi êtes-vous candidat à la présidence de la communauté de communes Terre de Camargue ?
Cela s’impose à moi avec la fonction de maire. L’intercommunalité exerce des compétences qui étaient gérées par les communes, c’est tout à fait logique qu’un maire soit président. Ensuite, qui ? Les électeurs communautaires vont le décider. Je suis soutenu par beaucoup d’habitants, je pense que c’est la ville du Grau-du-Roi qui doit organiser, dans une relation étroite avec les autres maires, la gouvernance de l’intercommunalité.
Vous portez le projet d’un rapprochement avec des communautés voisines…
Aujourd’hui, on est à trois communes et il faut qu’on conduise des actions pour changer de taille. Avec trois communes, on ne répond pas aux enjeux des intercommunalités. Pour les compétences environnementales, on a besoin d’un territoire plus vaste. Les phénomènes d’inondation, de submersion marine se décident à un échelon plus large. Pour le développement économique, ce n’est pas non plus la taille favorable.
« À trois, deux maires s’entendent pour contrer le troisième, c’est inévitable »
Que ce soit vers la Petite Camargue ou vers Pays de l’or, il faut étudier les deux options. On ne peut pas rester à trois, pour les compétences mais aussi pour des questions de gouvernance. À trois, deux maires s’entendent pour contrer le troisième, c’est inévitable. Cela arrive à des décisions comme une médiathèque par ville. Mais derrière, il y a des personnels communautaires et les trois sont ouvertes à mi-temps. Est-ce pertinent ?
À trois, si on aide une commune, on fait un fond de concours et on le démultiplie pour chacune. On va sur une augmentation des dépenses. Sur ce mandat, suite à un audit, il a été préconisé d’augmenter la fiscalité. Entre 2020 et 2026, tous les contribuables se sont vus rajouter une tranche sur la taxe foncière directement fléchée pour l’intercommunalité.
Le Grau-du-Roi a un rôle particulier à jouer pour l’emploi de ces ressources, car sur la base des données de 2021, les contributions directes sont de 450 000 € pour Saint-Laurent-d’Aigouze, 1,7 M€ pour Aigues-Mortes et 6,4 M€ pour le Grau-du-Roi, soit 74 % des contributions.
Avez-vous une préférence pour le Pays de l’or ou la Petite Camargue ?
Cela fait plusieurs mandats qu’on en parle, au moins depuis 2014. En 2023, Robert Crauste avait commandé une étude sur le rapprochement vers Pays de l’or. C’était déjà tard dans le mandat et tout le monde n’était pas d’accord. Aujourd’hui, je ne dis pas s’il faut aller vers l’un ou vers l’autre, mais qu’il est urgent d’étudier les options. Continuer à trois communes, c’est se priver de marges de manœuvre pour avoir un meilleur service public, garantir une efficacité des politiques publiques. Je pense notamment au transport, à la petite enfance.
Je comprends les freins. Rester à trois communes, c’est se garantir neuf vice-présidences. Ce n’est pas sain.
L’une des deux risque d’être dirigée par le Rassemblement national…
Pour moi, l’enjeu est territorial, pas politique. On ne doit pas réfléchir sur la base de calculs politiciens. Les mandats durent six ou sept ans. Ce sujet nous engage sur des décennies. Je pense qu’on peut travailler avec tous les élus.
Le maire du Grau-du-Roi était président lors du précédent mandat, on pouvait imaginer que le maire d’Aigues-Mortes prenne le poste…
L’idée de la présidence tournante date d’une autre époque, où les dotations d’État étaient plus importantes. Le poids de la fiscalité directe était moins important. Aujourd’hui, l’État réduit son apport aux collectivités. Donc on se tourne vers une autonomie financière par l’impôt local, ce qui légitime qu’on ne soit plus sur une présidence tournante.
« La gouvernance doit se faire avec les trois maires, main dans la main »
Quel type de président voulez-vous être à la tête de la communauté de communes ?
Je veux travailler avec une conférence des maires, c’est une modalité qui existe dans les plus grandes agglomérations quand tous les maires ne siègent pas au bureau. Je veux qu’on affirme la place plus forte des maires dans l’intercommunalité, sacraliser un triumvirat au-dessus des vice-présidents. Si j’estime que la présidence doit revenir au Grau-du-Roi, cela n’empêche pas que la gouvernance doit se faire avec les trois maires, main dans la main. Je propose des rendez-vous systématiques, formalisés et pas seulement quand il y a des problèmes.
La communauté de communes a des compétences en matière d’environnement. Sur quels dossiers aimeriez-vous avancer ?
C’est extrêmement vaste. Le premier point, c’est la gestion des déchets, l’amélioration du tri. On n’est pas allé assez chercher la pertinence de nos actions de sensibilisation.
L’autre point, c’est la gestion de l’eau, l’adduction, les réseaux, l’assainissement et la prévention des inondations. On a la compétence Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations) avec une fiscalité particulière. L’enjeu est présent de façon similaire sur Petite Camargue, Pays de l’or et Terre de Camargue, avec un équilibre à préserver, entre le développement de l’habitat et la protection des espaces naturels. Ce sont des sujets coûteux et on doit se renforcer, à l’heure où l’État se désengage. Se renforcer, c’est forcément se regrouper.








