Pour rester à la pointe de l’industrie automobile, l’usine ArcelorMittal de Saint-Chély-d’Apcher a besoin de… trains performants

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Le site lozérien, qui produit des aciers électriques essentiels pour l’électro-mobilité, assure le transport d’une partie de sa production par le rail. Le PDG de la SNCF, avec la présidente de Région Carole Delga, appelle à la mobilisation pour rénover la ligne Aubrac.

Les conducteurs d’une voiture électrique Toyota, BMW, Peugeot ou Volkswagen, roulent peut-être sans le savoir avec un bout de Lozère. Ces constructeurs automobiles sont les principaux clients du site sidérurgique centenaire ArcellorMittal de Saint-Chély-d’Apcher qui, grâce à un investissement de 150 M€ en 2013, s’est spécialisé dans la production d’acier électrique« Cet acier haut de gamme entre dans la composition de nombreux produits de notre vie quotidienne, l’électromobilité, mais aussi les métros ou TGV, l’outillage et l’électroménager… Les moteurs industriels, la production d’énergie éolienne, hydraulique et nucléaire en sont aussi des consommateurs« , détaille François Sgro, président d’ArcelorMittal Méditerranée.

L’usine a été entièrement modernisée en 2013. ArcelorMittal

Le produit, à l’heure où l’on cherche à réduire notre dépendance aux énergies fossiles, a de l’avenir. « La demande devrait doubler d’ici 2030 à 2035« , ajoute-t-il. D’ailleurs, alors que l’usine lozérienne était la seule en France spécialisée dans cet acier électrique, le groupe ArcelorMittal vient d’achever la reconversion de son usine de Mardyck, dans le Nord, pour doubler, d’ici deux ans, sa production annuelle et atteindre 300 tonnes. L’industriel glisse au passage le besoin de mesures européennes de protection, face aux 2 millions de tonnes d’acier électrique importées d’Asie, soit 60 % de la consommation sur le Vieux continent, « mais produites sans les contraintes qui sont les nôtres« . Une concurrence inégale.

Une production annuelle de 150 tonnes

Sous leur casque de protection, Jean Castex et Carole Delga écoutent avec attention les différentes étapes qui permettent de transformer chaque bobine d’acier de 20 tonnes. « Soudage, cisaillage, recuit-grenaillage, décapage, laminage, avec passage à 1 100° dans un four de recuit à la pointe de la modernité…« , énumère François Sgro. Ces traitements améliorent les capacités magnétiques et mécaniques de l’acier, donc la performance et l’autonomie des moteurs électriques qu’il va ensuite équiper sous forme de fines bandes de 0,2 à 0,35 millimètre. Une bobine représente 3 kilomètres de bande entièrement déroulés sur la chaîne de production avant d’être à nouveau enroulés une fois transformée. Près de 150 tonnes passent ainsi chaque année entre les mains expertes des 200 salariés du site de Saint-Chély-d’Apcher.

Chaque bobine de 20 tonnes d’acier est déroulée pour subir plusieurs transformations. ArcelorMittal

Mais il faut bien les faire venir et les renvoyer vers leur destination finale. Et c’est là qu’intervient le président de la SNCF. L’acier brut arrive quotidiennement par train, à 80 % depuis Fos-sur-Mer, le reste de Dunkerque. Et la ligne “Aubrac” qui supporte ce fret, en plus des voyageurs du Béziers-Neussargues, est vieillissante, dans son jus de 80 ans sur certains tronçons. Jean Castex a compris le message.

« Sur les cinq dernières années, et notamment grâce à l’État et à la Région Occitanie, plus de 100 M€ ont été investis sur cette ligne et ce n’est pas rien. Mais, la réalité, c’est qu’il en faudrait au moins autant« , a-t-il estimé. Or, comme la présidente de Région Occitanie l’a rappelé aux syndicalistes cheminots avant la visite, les budgets sont de plus en plus contraints. « Mais une volonté politique peut permettre d’aller chercher des capacités de financements. On sait qu’à compter de 2032, il y aura une orientation forte des bénéfices des concessions autoroutières vers les infrastructures de transport décarboné. D’ici-là, la Caisse des dépôts peut assurer le portage financier ; le gouvernement peut mettre en place une taxe sur les bénéfices autoroutiers ou sur les poids lourds en transit international ; on peut encore mobiliser les quotas carbone européens« , déroule, déterminée, Carole Delga.

Jean Castex et Carole Delga ont apprécié le savoir-faire lozérien. L.T.

Le projet de plateforme multimodale

« Au moment où le Parlement est saisi d’une loi-cadre sur les transports, il faut convaincre les pouvoirs publics qu’on a besoin du transport ferroviaire, en particulier pour le fret. Ici, le recours au train permet d’éviter un flux de 10 000 camions sur les routes« , reprend Jean Castex. Cela pourrait même être bien plus si le projet porté par le groupement Territoire d’industrie Nord Lozère d’implanter une plateforme multimodale au sein même de l’usine voit le jour. « Cela permettrait de renvoyer à Fos-sur-Mer les chutes de découpe et rebuts d’acier sur des wagons porte-conteneurs, soit un gain annuel de 1 700 camions, et de faire partir 50 % des produits finis sur des wagons planchers soit 4 600 camions en moins sur les routes européennes. Et cela servirait aux autres entreprises du territoire, dont les scieries« , plaide le nouveau maire de Saint-Chély-d’Apcher, Christophe Gache. « La présence du président de la SNCF atteste de notre volonté« , a répondu Jean Castex, rappelant au passage les 3 milliards d’euros, « bientôt 4,5« , consacrés chaque année aux infrastructures ferroviaires. « Je vois le Premier ministre cette semaine, je vais défendre le dossier« , a ajouté Carole Delga.

Elle peut y ajouter un argument historique. Si c’est à Saint-Chély-d’Apcher qu’a été construite, en 1917, l’usine des Aciéries et forges de Firminy, c’était notamment parce que la ligne Béziers-Neussargues permettait d’acheminer plus rapidement des minerais nécessaires à la fabrication d’armes. Autant rester sur ces bons rails pour remporter la guerre industrielle.

Un démonstrateur pour décarboner l’industrie

Le président d’ArcellorMittal Méditerranée l’assure : "les clients regardent aussi notre empreinte carbone. C’est une double raison de décarboner nos process". François Sgro n’a donc pas hésité à lancer un travail commun avec Genvia, société qui développe, à Béziers, une nouvelle génération d’électrolyseurs pour la production d’hydrogène décarboné. C’est même au sein de l’usine de Saint-Chély-d’Apcher que le premier démonstrateur est en cours d’installation pour un lancement prévu en fin d’année. "Nous émettons aujourd’hui 14 000 tonnes de CO2 et ce nouveau process doit permettre de réduire ces émissions de 20 %". "C’est une première mondiale dans l’industrie et cela va être très observé", se réjouit Carole Delga qui connaît le sujet, puisque la Région soutient financièrement Genvia dans le cadre de son plan dédié à l’hydrogène vert.
L’usine ArcellorMittal est depuis longtemps sensibilisée aux énergies vertes. Elle utilise l’énergie hydroélectrique produite par deux centrales implantées sur trois rivières et redistribue la chaleur générée par sa production aux bâtiments voisins : hôpital, piscine, écoles et logements. Et cherche donc à abaisser un peu plus son empreinte carbone liée aux transports.

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