À Grenattitude, à Bagnols-sur-Cèze, Robin Saleilles s’est lancé, depuis l’an dernier, dans la culture du haricot vert, un légume intimement lié à l’histoire de la ville et de sa famille.
La veille au soir, Robin et Thomas Saleilles ont semé les graines de haricots verts dans un champ tracé de sillons. Là, où 50 ans plus tôt, Jean-Louis, le grand-père du premier et le père du second, cultivait déjà ce légume intimement lié à l’histoire bagnolaise. « Il me donne des conseils, il a toujours des petites astuces sur les erreurs à ne pas faire. Il est d’une aide précieuse », sourit Robin en faisant défiler, sur son téléphone, les photos de la récolte de l’an passé à laquelle son aïeul, désormais octogénaire, a bien évidemment participé.
« Pourquoi ne pas le relancer ? »
Dans la première moitié du XXe siècle, en effet, Bagnols-sur-Cèze était une ville maraîchère prospère. Une variété de haricot vert, fruit de plusieurs expérimentations (lire ci-dessous), fait son apparition et prend le nom de haricot fin de Bagnols. « Dans les années 50, 60, il a fait la richesse de beaucoup d’agriculteurs, ils en expédiaient dans toute la France, raconte Thomas Saleilles à partir des souvenirs de son père. Ici, pendant la saison de la récolte, il y avait entre 20 et 30 personnes qui travaillaient ». À partir de juin prochain aussi, les deux agriculteurs ambitionnent d’embaucher pour ramasser les légumes, mais « trois, quatre personnes », précise Robin Saleilles.
L’histoire de cette variété née au début du XXe siècle
Au début du XXe siècle, Bagnols-sur-Cèze est une ville maraîchère prospère dont les salades, tomates, choux, aubergines… cultivés dans les quartiers de Capite, de l’Ancyse, des Escanaux ou encore du Bosquet, transitent par train direction Paris et d’autres grandes villes françaises. Parmi ces produits maraîchers, l’un d’eux se démarque et va finir par porter le nom de Bagnols : le haricot. Selon un article du Provençal datant de juin 1959, un jardinier nommé Soulier aurait mélangé des graines de deux variétés, le Métis et l’Empereur, donnant ainsi naissance à une toute nouvelle variété. Une expérience dont se serait ensuite emparé un de ses amis, M. Frémond. Dans d’autres ouvrages, l’apparition de cette variété est en effet le fruit d’expériences d’un jardinier, M. Frelmont qui en croisant plusieurs variétés en aurait produit une nouvelle, "un haricot vert long, fin et droit, contenant des graines bicolores […] répertorié haricot nain avec parchemin", indique le livre Bagnol sur. Cèze de Martine Jarrié. Selon un autre ouvrage consacré à la ville, qui date l’apparition de cette variété à la fin de la Première guerre mondiale, au début des années 50, une journée autour du haricot rassemble à Bagnols-sur-Cèze agronomes, pépiniéristes, et producteurs de différentes régions. Aujourd’hui, des lieux portent toujours les traces de cette histoire maraîchère, à l’instar de la noria des Escanaux ou encore de la plus petite cloche de la ville qui porte le nom de Jardinière.
C’est lui qui a décidé, l’an dernier, dans le cadre de son projet d’installation sur l’exploitation familiale Grenattitude, qui produit à Bagnols-sur-Cèze du vin et de la grenade, de se lancer dans le haricot vert. « Je cherchais une diversification et mon grand-père nous a parlé du haricot fin de Bagnols qu’il produisait. Je me suis dit : pourquoi ne pas le relancer ? Ça marchait avant, et il y a toujours le terroir pour », indique le jeune homme de 20 ans. Un terroir favorable à la croissance de cette plante, à savoir un climat chaud ainsi que des terres sableuses et filtrantes.
Une variété « très précoce et goûteuse »
En 2025, le jeune agriculteur achète ainsi des semences de plusieurs variétés auprès de plusieurs fournisseurs pour mener des tests sur certaines parcelles de l’exploitation. Finalement, il en sélectionne deux, dont celle de Bagnols, qu’il a commencé à semer en ce début avril. « On répartit les dates de semis lorsqu’il commence à faire chaud pour ensuite avoir une récolte à partir du 20 juin. Ensuite on peut avoir des légumes jusqu’en octobre. Entre-temps, il y a surtout du travail de désherbage mécanique, car toute l’exploitation est en bio, et d’irrigation surtout au moment de la floraison », détaille Robin qui a enterré un système de goutte-à-goutte sur les 1, 5 hectares dévolus à cette culture.
L’idée pour le désormais maraîcher étant de trouver une clientèle pour ce légume qu’il veut vendre « extra-frais » et qu’il souhaite « de très grande qualité, très tendre et sans fil ». Là est d’ailleurs l’inconvénient de la variété haricot fin de Bagnols, comme l’explique Axel Denis, chef de rayon à la jardinerie Coulange de Bagnols-sur-Cèze. « C’est une variété précoce, très goûteuse mais qu’il faut ramasser très régulièrement, tous les quinze jours, car elle a tendance à faire des fils lorsqu’elle atteint une certaine taille ».
Une Fête des Pitchounes autour du haricot bagnolais samedi 11 avril
Le comité des fêtes de Bagnols-sur-Cèze organise au square Marcel-Pagnol, samedi 11 avril de 10 h à 18 h 30, sa 9e Fête des Pitchounes. Cette année, les enfants plongeront dans l’univers des haricots bagnolais à travers plusieurs ateliers créatifs : décoration de petits pots ou encore plantation des graines de haricot. Au programme également : châteaux gonflables, chasse aux œufs, initiation grimp’arbres, spectacle conteur, etc. Passe journée : 3 €.
Ce qui aurait notamment expliqué sa perte de vitesse chez les maraîchers, d’autant plus avec l’arrivée d’autres variétés et « avec la concurrence étrangère », souligne Thomas Saleilles. « Il y a 50 ans, le haricot fin de Bagnols était une très bonne variété mais maintenant elle est un peu dépassée », indique ce dernier, tout en ajoutant : « C’est plus le lieu de production qui compte que la variété ». Dans les prochains mois, il sera ainsi possible d’acheter et goûter des haricots produits à Bagnols-sur-Cèze. Le renouveau d’une culture ?






