Les révélations du journaliste Frédéric Pommier sur les viols qu’il a subis enfant, notamment d’un député-maire de Normandie, ont-ils précipité le renoncement de Joaquim Pueyo à la mairie d’Alençon (Orne) lors de ces municipales 2026 ?
La question est soulevée au regard de la concordance des dates. Et de la confirmation par son avocat, Me Jérémy Kalfon, d’une confrontation avec le journaliste originaire d’Alençon.
En page de garde du livre « Derrière les arbres », un avertissement de l’éditeur fait état d’une « plainte simple des chefs d’agression sexuelle sur mineur » déposée par Frédéric Pommier bien que les faits soient prescrits.
« L’intéressé a été auditionné par la police le 27 janvier 2026. Il a nié formellement tout fait d’agression sexuelle et de viol. Une confrontation a été proposée. Elle a eu lieu à Caen le 26 février 2026 en présence de l’intéressé et de Frédéric Pommier », écrit l’éditeur de Frédéric Pommier.
Or, au regard de ses nombreuses sollicitations médiatiques, pour des inaugurations ou autres déplacements dans des structures municipales et associatives, le maire sortant d’Alençon s’affichait plutôt en campagne jusqu’à la fin du dernier semestre 2025.
Pas de successeur déclaré
Aucun successeur n’avait, en tous les cas, été présenté, ou mis sur les rails. Mais début 2026, le maire d’Alençon s’est soudainement fait plus discret. Il a semblé aussi physiquement diminué.
Et c’est à l’occasion d’une conférence de presse organisée le vendredi 30 janvier 2026 que Joaquim Pueyo a annoncé renoncer à un quatrième mandat de maire d’Alençon.
Au profit d’Alain Gallerand, son Directeur général des services (DGS) retraité depuis décembre 2025.
Contacté ce vendredi 17 avril 2026, ce dernier dit ne pas avoir été informé de ces auditions et confrontations. « Je n’ai rien, lu rien su sur la tempête médiatique qui s’abat depuis hier », confie-t-il.
« Il ne se sentait pas de prendre des scuds »
Sa candidature lui a-t-elle été soufflée à la dernière minute ? « J’étais candidat potentiel depuis octobre, avec deux hypothèses : soit en tête de liste, sur la liste de Joaquim Pueyo », affirme Alain Gallerand. « Et puis les vœux se sont bien passés mais Joaquim Pueyo hésitait encore. Jusqu’au 24 ou 25 janvier environ. Là il a décidé de passer la main ». Quelques jours avant son audition par le magistrat de Caen.
Pour quelles raisons ? « Parce qu’il ne se sentait pas de reprendre des scuds et des critiques. Il y avait de la lassitude aussi, il ne voulait pas faire le mandat de trop », poursuit Alain Gallerand.
Mais selon lui, rien d’anormal chez Joaquim Pueyo. « Il avait été aussi indécis pour les législatives de 2017, les dernières départementales… Il a souvent été indécis et favorable à des campagnes express ».
Pourquoi le choix s’est-il porté sur lui ? « Parce que j’étais le plus prêt… même si j’avais un déficit de notoriété qui s’est confirmé ».
A-t-il pris des nouvelles de l’ex-maire ? « Non pas encore », avance celui qui se dit « en vacances » loin d’Alençon.
Pour un autre colistier d’Alain Gallerand, Joaquim Pueyo a renoncé « car il a été entendu et qu’il a su que le livre allait sortir ».
Maire de Livaie dès 1983
Joaquim Pueyo a été maire d’Alençon de mars 2008 à juin 2017 puis de mars 2020 à mars 2026. L’élu devenu vice-président de la Fédération progressiste, le parti fondé par le maire de Dijon François Rebsamen, a également été député de 2012 à 2012 dans le groupe des socialistes.
Né en mai 1950 au Mans où il a aussi effectué ses études de Droit, Joaquim Pueyo a déroulé une carrière dans l’administration pénitentiaire jusqu’à diriger les prisons de Fresnes (Val-de-Marne) et de Fleury-Mérogis (Essonne).
Parallèlement, il a enchaîné les mandats : maire de Livaie (un village à 15 km d’Alençon) de 1983 à 2008, conseiller général de 1988 à 2012, réélu au Conseil départemental de l’Orne en 2021 où il siège encore.
Plainte pour des faits de viols dans l’Orne en 1982-1983
En amont de l’effroyable scène de viol décrite dans une maison de campagne, Frédéric Pommier, né en 1975, évoque, quand il a 7 ans trois quarts, « un homme en veste grise » âgé de 32 ans, un ami de son oncle « rencontré à la fac, lui, il faisait droit. […] Il s’occupe beaucoup des affaires de son village. Appelle le monsieur le maire, ça lui fera plaisir ».
Le procureur de Caen, Joël Garrigue, a confirmé à l’AFP que son Parquet avait été saisi d’une plainte du journaliste « pour des faits de viol survenus dans l’Orne en 1982-1983 ».
Frédéric Pommier était alors âgé de 7 à 8 ans, Joaquim Pueyo de 32 à 33 ans.
« Au terme de ces investigations, et bien que la parole de M. Pommier paraisse parfaitement crédible et ses accusations tout à fait sérieuses, le parquet de Caen n’a pu que classer ce dossier en raison de la prescription de l’action publique », a-t-il ajouté.
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