C’est une scène d’horreur, « digne de massacre à la tronçonneuse », qui fait froid dans le dos. Dans d’autres circonstances, elle aurait pu « finir en cour d’assises », a insisté la présidente du tribunal de Lons-le-Saunier ce jeudi 23 avril. Le week-end dernier à Écleux (Jura), dans la nuit du samedi 18 au dimanche 19 avril, vers deux heures du matin, un jeune bûcheron a littéralement « pété les plombs » : fortement alcoolisé, il est allé chercher une tronçonneuse dans la remise de son père pour en découdre avec un ami de la famille.
« Je vais vous couper en deux, je m’en fous »
Il dit avoir bu « environ vingt-cinq ‘Ponts’ (NDLR : le pontarlier est un alcool anisé) » et son alcoolémie grimpait encore à plus d’un gramme dans le sang… vingt-quatre heures après les faits ! Pour des raisons assez floues, ce jeune homme de 26 ans, décrit à l’audience comme très taiseux, s’est mis à insulter et à menacer tout le monde : « Je vais tous vous tuer, un par un. Je vous coupe en deux, je m’en fous. Même mes parents, ce sont des grosses salopes. Je vais les déniaper. » Cette crise de colère ne s’est cependant pas contenue à une simple logorrhée : le prévenu est allé chercher la tronçonneuse dans la remise de son père, avec qui il travaille.
Il a alors couru après ledit ami, tronçonneuse en l’air, en continuant à le menacer. Effrayé de voir son fils dans cet état d’hystérie totale, le papa a alors eu le réflexe de mettre un coup de balai dans le moteur, pour faire dérailler l’engin. « Il vous a sauvé la vie, et il a sauvé celle de monsieur. Je ne sais pas si vous vous en rendez compte », a insisté la juge, Cécile Salvi-Poirel. Tout juste la victime a-t-elle eu le temps de se glisser sous des barbelés pour échapper à son bourreau.
« Ce qui me fait le plus de peine, c’est de l’imaginer en prison »
À la barre, « l’ami de la famille » affiche encore quelques égratignures sur les bras et les mains, ainsi qu’une au visage. Il ne veut pas s’étendre là-dessus : s’il s’est porté partie civile « parce que les faits sont graves », il ne souhaite pas accabler le bûcheron : « Dans le village, on se connaît tous. C’est un bosseur, quelqu’un de bien. Ce qui me fait le plus de peine depuis dimanche, c’est d’imaginer qu’il puisse aller en prison. »
Pris par l’émotion, le papa peine à prononcer deux mots. Mais ceux qu’il choisit sont forts. « C’est mon garçon, sanglote-t-il. Quoi qu’il arrive. » Un garçon qu’il aura protégé jusqu’au bout, de toutes ses forces. Même le procureur de la République Vladimir Vukadinovic en reste les bras ballants. « Vos deux meilleurs avocats, pardon pour votre conseil, ce sont vos deux victimes », assène-t-il. Son profil ? « Pas celui d’un délinquant d’habitude. C’est un travailleur. Je veux croire en votre rédemption. Boire à ce point, c’est le signe d’un mal-être profond. Ce n’est plus l’ivresse légère qui nous procure du plaisir. »
Un entourage « traumatisé », émotion au tribunal
Le bûcheron a déjà échappé à la détention provisoire en raison des regrets exprimés en garde à vue et de son casier judiciaire vierge. En pleurs à la fin de l’audience, il s’est tourné vers ses parents, ses amis en leur demandant pardon. Il ne se souvient plus de toute la soirée, admettant des « trous noirs », mais dit avoir compris qu’il avait « traumatisé » son entourage.
Après en avoir délibéré, le tribunal décide de le condamner à douze mois de prison avec sursis probatoire de deux ans. « Une épée de Damoclès », qui n’est pas alourdie d’une mesure d’éloignement, ni d’une interdiction de port d’arme. En effet, la tronçonneuse étant considérée comme une arme par destination, une telle mesure l’aurait empêché de pratiquer son métier. En revanche, une urgence : se soigner et régler le problème d’alcool.
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