« C’était une scène de crime Monsieur ! » Les mots ont résonné dans un silence de cathédrale. Mais la voûte était celle du tribunal de Versailles.
Mercredi 22 avril 2026, un homme de 55 ans a été lourdement condamné pour avoir passé à tabac son plus fidèle ami. Ami de galère. Ami de solidarité. Amie de beuverie également. La soirée, en date du 1er novembre 2024, avait dérapé après des litres de whisky et de bière. Et à cause d’un verre et d’un cendrier renversés.
Droit comme un I dans le box, Carles* a livré des explications qui ont fait bondir les juges. L’homme, au faux air de Louis de Funès, a rapidement perdu son sourire au rappel des faits.
Ce vendredi en question, les deux hommes ont prévu d’arroser comme il se doit la fin de la semaine et le week-end de la Toussaint qui débute. Il est 19 h lorsque l’un se présente à la porte de l’autre, sente des Troènes, à Magnanville (Yvelines). Il a prévu des munitions pour la soirée : de l’alcool fort.
Les compères boivent à n’en plus finir. Et ce qui devait arriver arriva. Le visiteur renverse sur le sol un cendrier plein à craquer et un verre d’alcool. Carles, qui semble très à cheval sur l’ordre, explose de colère.
Le crâne défoncé
Armé d’un balai, puis d’un club de golf, il frappe. Encore et encore. L’autre tente de se protéger. Le manche en bois cède sous les coups. Puis c’est le club de golf qui se brise sur la tête. Il s’effondre au sol. Conscient mais très sérieusement amoché. Ses poignets sont cassés. Les secours constateront plus tard que l’os de la boîte crânienne est apparent et fendu.
À 1 h 42, Carles prend une décision surprenante. Au lieu d’appeler les secours, il envoie ce message à son ex : « Adieu ! Il y a du sang partout. J’attends les keufs. »
Vers 8 h 30, il l’appelle plusieurs fois en visio. Elle constate l’appartement retourné. Et surtout, elle voit un homme allongé dans le canapé. Il est entièrement recouvert d’un rideau. Seuls ses pieds dépassent. Comme on le ferait pour un mort. La police est alertée.
Du sang jusqu’au plafond
Il est 9 h 40 lorsque les forces de l’ordre se présentent au domicile de Carles. Lui est affairé à nettoyer le sang avec de l’eau de Javel. Car il y en a partout : sur le sol, les murs et même sur le plafond. Dans le petit logement, des plaids imbibés sont en boule. La machine à laver tourne à plein régime, tentant d’effacer une serviette de toilette gorgée.
Les agents isolent le manche à balai et le club de golf. Ils trouvent aussi les cadavres de bouteilles vides dans la poubelle extérieure.
Sur le canapé, la victime est en train de mourir. Sa tête est recouverte de sang séché. Il parle avec difficulté. Il a envie de vomir. Il est évacué en urgence à l’hôpital de Mantes-la-Jolie. Le médecin le déclare en urgence absolue. Direction l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, à Paris. Il sera sauvé de justesse.
Entendu, Carles explique d’abord que son ami a été agressé dans la rue par quatre hommes. Puis il va expliquer que les deux se sont réciproquement tapés dessus. Ses versions vont être toujours différentes.
Une réputation éthylique
En enquêtant, les policiers vont apprendre que l’homme n’est pas apprécié dans le voisinage. Il boit à n’en plus finir. Il crée des nuisances. Certains ont déjà vu des femmes dormir devant chez lui dans une couverture.
Son entourage n’est pas plus tendre avec lui. Ses enfants ne veulent plus le voir. Son ex raconte qu’il est capable de s’énerver contre son chien comme il s’énerverait contre quelqu’un qui a oublié une épluchure de pomme de terre dans la cuisine. Du vécu.
Son frère ne se montre pas étonné par les faits : « Il a des potes de beuverie et sa vie a changé lorsqu’il a commencé à fumer de la drogue à l’âge de 19 ans. »
Des premiers pas maladroits
Devant le tribunal, le premier pas de Carles est de demander « pardon » à son ami présent. « J’ai vu les photos et ça m’a attristé. Mais c’est moi qui ai reçu les premiers coups au tibia et à la main. Sur la jambe, ça m’a fait monter la douleur au cerveau. »
À l’entendre, il ne serait pas responsable de toutes les blessures. « Il est tombé sur la table basse. Il s’est blessé tout le devant du visage. J’ai voulu le mettre dehors mais il s’est énervé. Et comme je ne voulais pas d’histoire avec les voisins, j’ai cédé. Et il est resté. »
Le juge relève la tête. Étonné.
« Enfin, Monsieur ! Il a reçu des coups partout ! L’examen médical montre leur violence : le crâne fendu ! Vous dites n’importe quoi. Vous lui avez tapé sur la tête pour lui faire comprendre les choses ! »
Carles reprend son récit comme si rien ne venait d’être dit. « Après, j’ai commencé à le soigner. On a fini la bouteille. Et comme il n’y avait plus rien à boire, je suis allé chercher le rideau. Il s’est mis tout seul dessous. On s’est endormis… Mais c’est vrai que ça n’aurait jamais dû arriver ! »
Un assesseur choisit cet instant précis pour brandir la photo de la victime ensanglantée. Une image difficile à regarder.
« Elle est digne d’une photo d’autopsie ! Vous étiez en train de le tuer. Rien ne vous a arrêté. C’est un miracle qu’il soit encore vivant alors que vous l’avez laissé, votre ami, baigner dans son sang sans l’aider. C’est devant une cour d’assises que vous devriez être ! »
« Le bon Dieu était avec moi »
Le côté gauche de la tête portant les stigmates des coups, l’ami de Carles se présente naturellement comme un miraculé. « Quand j’ai vu les photos, je me suis dit que le bon Dieu était avec moi. Tout ça est parti pour des bêtises. Je veux que la justice soit faite, même si ça va pas réparer mon visage et mes mains. »
Carles ne se maîtrise plus et lance cette phrase sidérale : « A la base, il avait déjà une sale gueule… »
Cette dernière sortie emporte peut-être la conviction du parquet à demander le maximum de ce que la loi prévoit pour ces faits : 7 ans de détention. « Il ne réalise même pas l’extrême gravité de ce qui s’est passé », déplore la procureure de la République.
Ces sept années, le tribunal les prononce. « Il a de la chance d’être en vie et vous devant un tribunal correctionnel. Les violences ont été d’une gravité exceptionnelle. Et le pire, c’est qu’à vous entendre, tout le monde est responsable, sauf vous. Sept ans, c’est la peine que vous méritez ce soir Monsieur », conclut le président.
Dans la pratique, il lui en reste un peu moins à purger. Carles est en détention provisoire depuis le 4 novembre 2024. Et il n’a jamais formulé de demande de mise en liberté.
* Le prénom a été modifié.
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