Tuerie sanglante de Pont Saint-Esprit : le spectre du narcotrafic du Vaucluse, la cour d’appel confirme la mise en accusation de neuf hommes et une femme

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Le 29 octobre 2023, un commando lourdement armé ouvrait le feu à Pont-Saint-Esprit. Deux morts et plusieurs blessés. En janvier 2026, le juge d’instruction a ordonné la mise en accusation de neuf hommes et une femme. Fin mars, la cour d’appel a confirmé que 10 personnes devaient passer aux assises. Retour sur cette affaire qui explore les arcanes du narcotrafic du Vaucluse.

Déluge de balles à Pont-Esprit. Ici les TIC du groupement de gendarmerie du Gard. ARCHIVES CONSTANCE COLLE/ Midi Libre

L’étau se resserre sur les suspects

L’étau se resserre sur les suspects impliqués dans l’affaire de la tuerie sanglante de Pont-Saint-Esprit perpétrée par un commando lourdement armé le 29 octobre 2023. La scène se déroule en quelques secondes. Plusieurs hommes ouvrent les portes d’une voiture, certains sont armés de kalachnikov et de pistolets automatiques et immédiatement ils rafalent les abords d’un local associatif dans le centre de la commune.
Plusieurs hommes, originaires du Vaucluse, étaient venus voir un match de boxe. Bilan, deux morts et plusieurs blessés. Cette tuerie serait liée à des rivalités entre trafiquants de drogue du Vaucluse qui auraient réglé leurs comptes dans le Gard. Une vengeance serait à l’origine de ce bain de sang.

Déluge de balles

En effet, le travail des enquêteurs de la gendarmerie a révélé une fusillade d’une rare violence avec une vingtaine d’impacts de balles retrouvés sur les façades des commerces, un bar et un salon de coiffure. Au sol, les techniciens en identification criminelle auraient dénombré 26 étuis de balles (de calibre 7, 62 tirés par une kalachnikov) et une dizaine de douilles de calibre 9 mm.
Ainsi, c’est une fusillade qui n’a laissé aucune chance aux victimes qui ont été foudroyées par les tirs. Par miracle, deux autres hommes ont été blessés, quant aux autres spectateurs du match de boxe, ils s’en sont sortis indemnes de blessure physique car ils ont réussi à s’enfuir dans les petites rues de Pont.

Lutte entre gros bonnets du trafic de drogue du Vaucluse

La section de recherches de Nîmes et le juge d’instruction auraient établi que certains gros bonnets du trafic Vauclusiens auraient trempé dans cette affaire probablement liée à une vengeance entre trafiquants. Des rivalités entre tenanciers de points de deal d’Avignon, Carpentras, Orange et même Bagnols-sur-Cèze seraient en effet au centre des dissensions mortelles et notamment des rivalités entre les quartiers de la Tourre et Fourchevieilles. Le cerveau présumé de l’affaire serait en cavale mais il est visé par un mandat d’arrêt. Il avait été visé par des tirs en juillet 2021 qui l’ont gravement blessé et lui ont laissé des séquelles gravissimes.

C’est dans cet environnement de luttes et de tirs entre narcotrafiquants que l’affaire s’est nouée et a donné lieu à la mise en accusation en janvier 2026 de 10 personnes. Une décision qui a été confirmée par la cour d’appel de Nîmes fin mars 2026, était-il confirmé de source judiciaire ce lundi 20 avril. En effet, le juge d’instruction de Nîmes a décidé de mettre en accusation 10 suspects au terme d’une ordonnance de près de 90 pages signée le 10 janvier 2026. Mais certains accusés ont relevé appel et la chambre de l’instruction a été chargée d’examiner à nouveau les charges du dossier lors d’une audience qui s’est déroulée le 5 mars 2026.

La section de recherches de Nîmes a accumulé de nombreuses charges. ARCHIVES HOCINE ROUAGDIA

Cour d’assises spéciale

La cour d’appel a confirmé les mises en accusations. ILLUSTRATION Midi Libre

Selon nos informations, la chambre de l’instruction, moins de deux mois après la mise en accusation du juge d’instruction, a repris chaque indice, chaque charge, chaque élément de la procédure. Finalement, le 23 mars, la cour a rendu son arrêt et a confirmé en tous points la décision de mettre en accusation les suspects devant la cour d’assises. La cour a néanmoins décidé d’une mise en accusation devant la cour d’assises spéciale car une nouvelle loi est entrée en application début 2026. Neuf hommes et une femme auront à répondre de leurs actes dans cette affaire de meurtre en bande organisée devant des juges professionnels et sans jurés.

L’un des accusés est escorté par des unités d’élite lorsqu’il comparaît à Nîmes. ARCHIVES HOCINE ROUAGDIA

Des gros profils et de jeunes accusés

Certains accusés auront donc à répondre de meurtre en bande organisée en l’occurrence d’avoir participé à la tuerie, d’autres seront jugés pour tentative de meurtre en ayant ouvert le feu et blessé plusieurs participants de la soirée. Enfin, d’autres suspects seront jugés pour les infractions sur les armes de guerre ou association de malfaiteurs. L’un des suspects, également originaire du Vaucluse, sera pour sa part jugé pour association de malfaiteurs en récidive. Les accusés sont âgés de 21 à 29 ans. L’affaire n’est pas encore programmée mais selon nos informations, le procès pourrait durer trois semaines. Le procès se tiendrait d’ici à la fin de l’année 2026 mais plus probablement au début 2027.

Treize avocats et une trentaine de parties civiles

Une dizaine d’avocats comme Me Marc Geiger, Mohammed Lamrini, Marie-BlancheTapiero-Sauvat, Carmelo Vialette, Guillaume de Palma, Karim Bouguessa, Amar Bouaou et Baptiste Scherrer seront en principe sur les bancs de la défense. Mes Mourad Battikh, Stéphane Simonin, Nadia El Bouroumi porteront la parole des familles des victimes. Une trentaine de personnes seraient déjà constituées comme partie civile dans ce dossier. L’affaire n’est pas encore programmée sur le tableau de la cour d’assises mais selon nos informations, le procès pourrait de trois semaines à un mois. Le procès se tiendrait ainsi dans le meilleur des cas d’ici à la fin de l’année 2026 mais plus probablement en 2027.

Toute personne est présumée innocente tant que justice n’a pas été rendue définitivement.

La thèse de la vengeance comme mobile de fusillade sanglante

Selon nos confrères de Vaucluse matin (9 février 2026), un homme aurait commandité l’assaut d’octobre 2023 car il avait été lui-même visé par une tentative d’assassinat le 1er juillet 2021 toujours sur fond de rivalités entre "barons" du trafic de drogue à Orange, Carpentras, Vaison-la-Romaine.

Certains éléments de l’enquête de la SR de Nîmes laissent aussi penser que des trafiquants du Vaucluse sont impliqués dans le point de deal des Escanaux à Bagnols-sur-Cèze qui est tout proche du département voisin.

L’affaire du double meurtre de Pont-Saint-Esprit révèle une galerie de protagonistes proches du narcotrafic. L’un d’eux serait même suspecté dans des tirs au Chemin-Bas-d’Avignon le 18 août 2022. Les investigations ont montré que la plupart des suspects sont des habitants du Vaucluse ou des Bouches-du-Rhône.

Le contexte du trafic de stups met en relief une multitude d’événements liés au trafic : des violences en prison, des condamnations pour trafic, des menaces et des tirs et des infractions sur les armes. Comme ce pistolet retrouvé dans la voiture (Peugeot 308) qui a servi à l’opération commando du 29 octobre 2023. La voiture a été retrouvée carbonisée mais avec des armes à l’intérieur et un téléphone portable. Un pistolet aurait servi à quatre reprises dans la guerre du trafic de stups dans le Vaucluse : un règlement de compte au quartier Monclar le 18 juin 2023 à Avignon, lors d’une fusillade à Carpentras le 16 août 2023 ; un épicier de Sarrians a été blessé avec cette même arme dans la nuit du 7 au 8 août 2023. Et les analyses balistiques ont montré que l’arme avait tiré à Pont-Esprit.

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