Alors que le Printival Boby Lapointe anime les rues de Pézenas, ce samedi 25 avril dès 17 heures, la ville devrait se remplir de marinières. Cette "grande marinade" est l’occasion de se pencher sur l’habit rayé : les stylistes français, à l’image de de Little Marcel au Grau-du-Roi, ont personnalisé le tricot tout au long du XXe siècle et les artistes s’en sont emparés.
C’est l’histoire d’un habit utilitaire, la marinière, transformé en accessoire de mode. Avant l’ère esthético-commerciale, si un matelot tombait à la mer, les rayures du tricot permettaient de mieux le repérer, dit-on. Un peu comme on cherche le personnage du livre-jeu Où est Charlie ?, en mode blanc et rouge…
Les marinières ont pris leur essor dans le paysage artistique. Avec Coco Chanel, d’abord, dans les années 1910. Inspirée par une visite au bord de mer, en Normandie, elle détourne en mode mixte un usage réservé aux marins jusqu’alors. Et lance les prémices de la libération de la femme. Karl Lagerfeld, qui veillera plus tard sur la maison Chanel, reprendra à sa façon le thème de la marinière. Yves Saint-Laurent y consacrera aussi une partie de ses collections. Jean-Paul Gautier, plus récemment, en a fait un étendard.
De Brigitte Bardot dans Le mépris à Jean Seberg dans À bout de souffle, en passant par Pablo Picasso et le mime Marceau, le tricot rayé a toujours été tendance. Charlotte Gainsbourg en avait un sur l’affiche du film L’effrontée en 1985.
En 2011, l’équipe de France de football avait tenté de surfer sur la vague, avec un maillot inspiré de la marinière, mais l’idée a fait flop, abandonnée un an plus tard… L’année, pourtant, d’une mise sous les projecteurs, via le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, pour mieux vanter le Made in France.
La marine nationale fidèle au tricot rayé
La marinière est toujours portée dans la marine nationale. La chaîne d’approvisionnement reposait jusqu’à présent "sur plusieurs savoir-faire complémentaires", précise le service du commissariat des armées. "Le tissu était acheté en France, puis la confection des articles était assurée par deux titulaires : la société Bonneterie d’Armor et la société Saint-James". Libre ensuite à ces sociétés de faire fabriquer les marinières pour tout ou partie à l’étranger. Un nouveau marché de renouvellement spécifique pour la marinière est en cours de passation.
Little Marcel, dans le Gard
Dans le Gard, au Grau-du-Roi, à la tête de Little Marcel, Eric Schieven et Linda Leseigneur s’étaient librement inspirés de Jean-Paul Gaultier et des rayures multicolores de Sonia Rykiel… La styliste les avait poursuivis en justice. Après avoir mis la marque sous licence, ils ont fini par la vendre l’an dernier. Ils ont lancé en 2018 la marque “Marinière française” mais sans cultiver l’esprit Made in France : la production de tricots rayés vient essentiellement du Portugal, et pour une moindre part d’Espagne et d’Italie. « C’est une création française au sens où c’est notre matière grise, il ne s’agit pas de savoir quelles petites mains ont fabriqué les marinières, insiste Eric Schieven. J’aimerais bien travailler en France mais les lourdeurs administratives sont énormes. » Il se refuse à travailler avec la Chine, l’Inde ou le Bengladesh.
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Il explique développer « une gamme marinière un peu plus fashion que les marques traditionnelles » et balaie les accusations de plagiat qui lui avaient collé à la peau : « La rayure n’appartient à personne« .








