Pézenas a battu ce samedi 25 avril, en fin d’après-midi, sur le cours Jean-Jaurès, le record du monde du plus grand rassemblement de marinières, avec plus de 4 000 participants. Cette "grande marinade" est l’occasion de se pencher sur l’habit rayé… qui ne fait pas que le marin. La marinière, portée entre autres par la cinéaste sétoise Agnès Varda, est devenue un vêtement chic utilisé par la mode et s’est adaptée à l’époque.
4 088 participants… Record battu ! Cocorico ce samedi à Pézenas, qui détenait déjà le record du monde du plus grand rassemblement de marinières, avec 3358 personnes l’an dernier. À l’origine, un hommage en forme de clin d’œil au chanteur Boby Lapointe, originaire de Pézenas, qui revêtait le tricot rayé comme une seconde peau.
Mais d’autres artistes de la région ont aidé à sa notoriété. La cinéaste sétoise Agnès Varda en a longtemps portés, « bien avant Jean-Paul Gaultier« , s’amuse Laure Adler dans une biographie de l’artiste. Laquelle n’avait finalement fait que s’inspirer de son amie et amante Valentine Schlegel, Sétoise elle aussi, qui aimait s’habiller à la garçonne, façon marin.
Pour le reste, dans l’imaginaire collectif, la marinière a plutôt la cote en Bretagne, assortie avec un ciré et des bottes jaunes pour parfaire le look. « C’est un phénomène de mode, qu’on retrouve aussi avec la jupe plissée bleu marine ou les vestes à boutons couleur dorée, observe Jean-luc, un quinquagénaire breton déraciné dans l’Hérault. C’est surtout porté dans les Côtes-d’Armor par les bobos chics nantais, les notables en vacances. En Méditerranée, on en voit moins. »
Une fois par an, on la sort de la naphtaline.
Les pêcheurs sétois ne revêtent la marinière que dans les grandes occasions. « On porte le tricot rayé pour la fête des pêcheurs, à la Saint-Pierre, début juillet, pour se faire reconnaître, comme pour dire qu’on est pêcheur, remarque une figure emblématique sétoise, Pierre d’Acunto. On la sort de la naphtaline une fois par an. Personne ne va pêcher avec une marinière ! »
Les Sétois faisaient leur service militaire dans la marine et ils repartaient à la fin avec leur paquetage, le caban et deux marinières.
Ce folklore n’en fut pas toujours un, assure Jacques Vié, aujourd’hui retraité mais longtemps à la tête du magasin de vêtements qui porte son nom et celui de trois générations de Vié avant lui, fournisseur notamment en maillots rayés de qualité depuis 1895, aujourd’hui tenu par sa cousine.
« Les pêcheurs n’en mettent plus mais ils en ont porté avant, et notamment entre les deux guerres. Les Sétois faisaient leur service militaire dans la marine et ils repartaient à la fin avec leur paquetage, le caban et deux marinières. Ils ne roulaient pas sur l’or. La pêche, à l’époque, avant que les pieds-noirs leur donnent un élan, c’était un monde dur et pauvre à Sète. Le tricot rayé qu’ils avaient gardé, ils s’en servaient, comme le pull chaussette, très près du corps comme la marinière… Quand vous tombez à l’eau, il faut éviter que ce soit ample. »
Si l’habitude s’est perdue, le port de la marinière est resté emblématique : pour la Saint-Pierre, donc, mais aussi pour la Saint-Louis instituée après la Seconde Guerre mondiale dans sa forme actuelle, même si les joutes sétoises remontent au temps de Louis XIV. « Les pêcheurs joutent avec le tricot marin pour avoir une épaisseur sous la chemise qui les protège« , explique Jacques Vié. « C’est loin d’être un folklore, parce que la marinière a un rôle réglementaire, c’est une tenue d’apparat et de combat, la cotte de mailles du jouteur« , précise Wolfgang Idiri, le directeur d’Escale à Sète. Indémaillable, ou presque, selon la puissance des chocs de la lance sur le corps du jouteur.
Toujours la tenue de la marine nationale
La célébrité du tricot rayé français tel qu’il est aujourd’hui remonte à 1858. La plupart des marines européennes portaient un tricot rayé, inspiré de celui des pêcheurs et matelots bretons et normands. « La France a décidé de faire un tricot marin spécifique, qui se différencie des autres quand ils allaient à l’abordage lors des combats navals, sinon on ne savait pas qui était qui », résume Jacques Vié : une partie haute unie blanche, des rayures horizontales en dessous, 21 au total sur le torse et le ventre « représentant le nombre de victoires navales françaises » sous Napoléon 1er – la version est sujette à débat – , et 14 sur les manches pour autant de défaites. Les militaires de la marine française continuent de les porter encore aujourd’hui.
La fabrication se fait en fil d’Ecosse, avec un nœud de marin transformé en maille tissée sur une machine spéciale, alternant des bandes en fil blanc et fil bleu. « Ce sont des mailles comme une chaîne, qu’on peut débloquer en les trempant toute une journée » s’il y a eu un accident, complète Jacques Vié.
Business et concurrence
Si les jouteurs ont intérêt à ne pas lésiner sur les moyens et si « les bobos chics nantais » font attention aussi à avoir de la belle ouvrage, la marinière est un vêtement à géométrie très variable. Du simple tee-shirt rayé donnant le change à moindres frais (et moindre qualité) au tricot haut de gamme, vous aurez l’embarras du choix.
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« Ça va des copies faites en Chine pour 35 € aux exemplaires vendus 95 €, souffle Jacques Vié. C’est une grosse bagarre, avec plusieurs marques. Il y a deux machines qui continuent à en fabriquer en France. Je ne vous dirai pas où on va se livrer. C’est un business, avec beaucoup de concurrence.«









