Les mots « schizophrénie » et « bipolarité » ont été prononcés pendant l’audience. Le résident qui avait invectivé et menacé la responsable et une partie de l’équipe du Foyer des jeunes travailleurs de Lisieux (Calvados), où il était hébergé, a été jugé mercredi 22 avril 2026 en comparution immédiate à délai différé.
« Pour moi, je ne vais pas bien »
Présenté au tribunal le 4 mars – deux jours après les faits -, il avait été placé en détention provisoire dans l’attente d’une expertise médicale qui n’a pas été réalisée. Seule figure dans la procédure, un rapport établi en mars 2023. Une expertise « incomplète, ancienne et pas satisfaisante » selon l’avocate de la défense qui aurait souhaité voir l’affaire renvoyée. Le prévenu a été jugé immédiatement à sa demande.
Le 2 mars dernier, vers 9 heures du matin, l’homme sort en furie de la studette qu’il occupe depuis quelques mois au 2e étage de la structure lexovienne après avoir cassé des objets et dégradé sa boîte à lettres. « J’ai commencé à taper dans les murs. Tout a volé… c’est là que c’est parti en sucette, se souvient-il. C’était un appel à l’aide. Je vous le dis clairement : pour moi, je ne vais pas bien. »
« C’est la guerre ! »
Hors de lui car on l’aurait « trahi » et persuadé que tout le monde était contre lui, comme il le dira au tribunal, il est descendu au rez-de-chaussée où la directrice du foyer était en réunion avec une partie de son équipe.
Après avoir regardé dans le bureau par la baie vitrée, il a glissé trois morceaux de papier sous la porte. Des réflexions teintées de reproches adressés en termes pour le moins familiers à la responsable qui se terminaient par l’injonction de se « bouger ».
Après avoir lancé : « Je n’ai pas de temps pour ces conneries, c’est la guerre ! » à la responsable qui était sortie de la pièce pour avoir une explication il a rejoint son appartement.
Peu après, il revenait à la charge en insultant les personnes présentes, en menaçant l’un des veilleurs de nuit, en saisissant son collègue par le gilet et en bousculant l’employée qui lui barrait l’accès au bureau où sa responsable s’était réfugiée.
Un parcours de vie difficile
Après cette scène de violence, qui a duré une trentaine de minutes, il a été interpellé par les forces de l’ordre sans opposer aucune résistance. En préambule de son réquisitoire, la procureure se dira consciente que la fragilité psychologique du prévenu et un parcours de vie qu’il a évoqué au bord des larmes sont autant d’éléments ayant pu impacter lourdement sa personnalité.
À 14 ans et demi, c’est à sa demande qu’il a quitté « la maison de l’horreur » où son père l’humiliait et le « tabassait ». Il a quitté sa famille pour intégrer une structure d’accueil. « Je pesais 36 kg » soupire-t-il.
Privation de nourriture, Noël sans cadeaux
La voix étranglée par les larmes, il évoque la privation de nourriture, les Noël sans cadeaux, « sauf des coups de poing », la crosse de la carabine à plombs qu’on lui a cassée sur la tête quand il avait huit ans. Ensuite ce fut le foyer d’accueil, les familles et surtout l’alcool, « le seul refuge que j’ai trouvé depuis des années… »
Le prévenu est condamné à 8 mois d’emprisonnement dont 4 assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans avec obligation de soins en addictologie et en psychiatrie et de travail ou de formation. Il a l’interdiction de paraître au Foyer des jeunes travailleurs pendant un an.
Le tribunal prononce son maintien en détention. Il devra verser 1€ symbolique au CCAS dont dépend le FJT, 970 € pour le préjudice matériel et 1000 € pour ses frais d’avocat, ainsi que 300 € au veilleur de l’établissement qu’il avait menacé.
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