Pierre Sablé, un nonagénaire installé près de Perpignan, est récemment devenu père pour la septième fois. Cette naissance, survenue dans les Pyrénées-Orientales, relance le débat sur la paternité tardive. Si biologiquement un homme peut concevoir toute sa vie, que disent la médecine et la loi sur les risques liés à l’âge avancé du père ? Et au-delà des données scientifiques, où se situe la limite morale lorsque l’intérêt de l’enfant entre en jeu ?
Le Catalan Pierre Sablé vient de devenir père pour la septième fois. A 91 ans. Une naissance qui intrigue, qui interroge. Mais au-delà du cas individuel, la question est plus large : existe-t-il une limite biologique ou morale à la paternité tardive ? On fait le point.
Que dit la biologie ?
« Il n’existe pas d’âge limite comme chez la femme. La production de spermatozoïdes peut se poursuivre jusqu’à la fin de la vie« , explique le Dr Nicolas Chevalier, gynécologue obstétricien interrogé par Midi Libre. En théorie, un homme peut donc concevoir à un âge très avancé.
Mais cette capacité ne reste pas inchangée. Les études montrent qu’avec l’âge, la qualité du sperme diminue : les spermatozoïdes sont moins mobiles et leur matériel génétique peut être altéré. Dès 40 ans, le risque de fausse couche augmente et certaines anomalies chromosomiques, comme la trisomie 21, sont plus fréquentes. Des recherches évoquent aussi un risque accru de troubles du développement, d’autisme, de schizophrénie, ainsi que de certains cancers pédiatriques. « Ce sont des risques augmentés, parfois multipliés par trois ou quatre, mais ils ne sont pas systématiques« , précise le médecin.
La loi fixe par ailleurs une limite : depuis 2021, un homme de plus de 60 ans ne peut plus bénéficier d’une assistance médicale à la procréation. En revanche, une conception naturelle ne peut être empêchée. Le rôle du médecin est d’informer, pas d’interdire.
Quid de la dimension psychologique ?
Pour le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre également interrogé par Midi Libre, un jeune enfant ne perçoit pas immédiatement l’âge avancé de son père. « Avant 7 ou 8 ans, un parent est toujours perçu comme très vieux. » Mais à partir de 10 ans, l’enfant prend conscience que son père est plus âgé que les autres et peut craindre de le perdre plus tôt. Cette inquiétude peut générer de l’anxiété, même si la peur de perdre ses parents existe chez tous les enfants.
La menace d’une disparition peut aussi rapprocher. « Certains enfants ont envie de profiter davantage de leur père« , observe le spécialiste. Les parents plus âgés sont souvent plus disponibles, plus patients, et parfois plus présents au quotidien. « Ce qui importe, quel que soit l’âge, c’est que le parent assure les besoins essentiels de l’enfant et ne compromette pas son développement.«
À l’adolescence, une gêne peut apparaître face au regard des autres. Mais le harcèlement n’est pas systématique. Comme souvent, la qualité du lien et l’entourage comptent davantage que l’âge seul.
Et chez les autres mammifères ?
Chez de nombreuses espèces de mammifères, les mâles continuent à produire des spermatozoïdes tardivement. Mais avec l’âge, la fertilité décline fortement : baisse de la qualité des gamètes, diminution de la compétitivité face aux mâles plus jeunes, difficultés à accéder aux partenaires. Dans la nature, les individus âgés sont progressivement écartés de la reproduction, non par une règle morale, mais par la sélection naturelle. Autrement dit, la capacité biologique finit par être limitée de fait.
Chez l’humain, les progrès médicaux et l’allongement de l’espérance de vie permettent de repousser ces limites naturelles. La question ne relève donc plus seulement de la biologie, mais aussi de la responsabilité. Si la nature n’impose pas de frontière claire, la société, elle, s’interroge : biologiquement possible signifie-t-il pour autant raisonnable ?


