Le 6 février 2023, aux Loges-Marchis, un village du sud Manche, les gendarmes découvraient le corps sans vie d’une femme d’une quarantaine d’années, saignée de coups de couteau au cou ayant atteint la carotide, la trachée. C’est son mari, 51 ans, qui est désigné comme l’auteur des coups mortels. Devant la cour d’assises, il est accusé de meurtre sur conjoint. Il a reconnu les faits.
Ensemble depuis 2003, l’accusé et sa femme avaient eu trois enfants, deux garçons et une fille, et cette année 2023 était celle du vingtième anniversaire de leur union. Mais aussi celle où le couple allait se défaire peu à peu, inexorablement.
Deux mois avant les faits, l’épouse avait été victime d’un accident de la circulation, le 13 novembre 2022 exactement, qui l’avait immobilisée. Pour meubler son temps, elle avait installé sur sa tablette un jeu de belote en ligne, qui l’ouvrait à des relations. Il n’avait pas fallu longtemps pour que ces relations, des hommes, prennent un tour plus personnel au point que des soupçons naissent chez le mari. Le doute s’était insinué dans son esprit quand il la voyait sourire à des messages auxquels elle était devenue addict, au point de ne plus prendre de précautions avec son légitime.
Le couple avait prévu un séjour au ski en Isère en janvier 2023. Le temps de se recomposer ? Mais le mari a vite compris que c’était peine perdue : sa femme passait beaucoup de temps au téléphone avec un correspondant du jeu de belote qui justement y séjournait.
Au retour des Alpes, elle lui avait dit plusieurs fois que cette histoire était terminée, mais le soupçon s’était amplifié en lui et, usant du code d’accès de la tablette de sa femme, il y avait constaté que des échanges de messages avec cet homme, de photos, parfois dénudées, n’avaient pas cessé. En outre, elle avait commencé une relation informatique avec un autre homme, et à laquelle elle tenait comme un commencement plein de promesses. Elle avait juré à son mari qu’elle romprait avec le premier, imaginant qu’il ignorait sa nouvelle relation. Il avait le sentiment de se faire « balader ». Il n’en dormait plus. Elle avait promis de rompre, une fois encore.
« Je suis à bout, elle me pourrit la vie »
Le 6 février, il avait souhaité qu’elle l’accompagne chez son psychiatre, pour une thérapie de couple. Elle a refusé. Pour inquiéter son épouse, il lui avait fait croire qu’il la faisait filer par un détective privé. Effet raté. Au retour de sa consultation, il s’était installé à côté d’elle, pour discuter, calmement. Malgré sa promesse, elle avait continué à échanger avec son correspondant. Elle a même montré à son mari la photo du type. Ils étaient à table. Un couteau y traînait. Hors de lui, il s’en saisit et en porte un coup à sa femme, « pour lui faire peur », pour qu’elle arrête tout lien avec cet homme. Le geste a été trop fort, il l’a compris d’emblée : atteinte au cou, elle perdait beaucoup de sang.
Ça sonnait creux quand elle voulait parler. L’air sortait de sa gorge.
Elle avait glissé au sol. Elle était dans son sang. Il était resté là, à côté d’elle, sans rien faire, lui faisant des bisous sur le front. Il envoie alors un SMS à sa fille, étudiante à Caen (Calvados) : « Je vais tuer ta mère », écrit-il, sans évoquer le coup de couteau.
Réaction affolée de sa fille : « Rappelle-moi ». « Je suis à bout, lui dit-il, elle me pourrit la vie. » « Ne fais pas ça », implore la fille. « Je ne pouvais pas lui dire que j’avais déjà donné un coup de couteau. »
Il s’acharne sur elle
Sa décision est prise : il va se réfugier à l’hôpital psychiatrique de Pontorson, pour se dénoncer et se faire soigner. Il rassemble quelques vêtements, son téléphone, son fusil non chargé parce qu’il n’avait que de vieilles cartouches, sinon, dit-il, « je me serais suicidé », peut-être aussi pour que son fils ne s’en serve pas contre lui. Puis il embarque le tout dans sa voiture et revient.
À sa surprise, elle n’était pas morte. Elle avait même rampé jusqu’à la porte d’entrée et avait eu la force de prendre le téléphone fixe. Elle était en train d’ alerter les secours. Un appel saccadé. Le message essentiel, qu’elle a adressé au pompier de service, était entrecoupé de râles entrecoupés : « Mon mari… a essayé… de me tuer. »
Mari qui intervient, traite sa femme de « salope », puis coupe la communication. Le centre de secours rappelle : au bout du fil, le pompier entend qu’on arrache des mains le téléphone de la femme. Un homme à la voix dure reprend : « ça va bien se passer », et raccroche. Et là, il perd tout contrôle et se déchaîne, le couteau s’acharne sur la femme à terre au niveau du cou, quatre plaies cervicales létales.
Puis il récupère le couteau et le portable de sa femme, semble-t-il pour garder le témoignage des messages de sa femme aux autres hommes. Avec l’arrière-pensée que ça peut être un élément de défense ? Il ferme les volets, pour que rien ne soit visible de la cour, condamne la porte d’entrée d’un tour de clé, monte en voiture et part pour Pontorson. Passant sur la Sélune à Ducey, il se débarrasse du couteau (qui sera retrouvé), et il téléphone à son aîné pour lui dire qu’il a tué sa mère et qu’il se rend à l’hôpital psychiatrique. C’est là que les gendarmes vont l’interpeller.
Une famille déchirée
À la barre, le mardi 17 mars, se sont succédé les membres d’une même famille, désormais irréconciliables. D’une part la mère de la morte, sa sœur, dures, pleines de colère et qui accablent avec virulence l’accusé alors que tous ceux qui le connaissent le disent courageux, serviable, sans méchanceté, ce qu’elles ne pouvaient pas entendre.
Et de l’autre, les trois enfants de l’accusé, qui ont perdu leur mère des mains de leur père, qui n’assument pas ce meurtre, mais qui ne veulent pas l’abandonner, parce que c’est le seul parent qui leur reste. « On ne peut accepter, dit l’aîné qui refuse toute relation avec la famille de sa mère, mais c’est mon père. » La fille, 22 ans, qui s’était rapprochée de son père au sortir de son adolescence, a dit clairement qu’elle veut garder un lien avec lui.
Responsable
L’accusé a accompli ses gestes de mort dans une sorte de pulsion, mais son discernement n’était en rien altéré. Il est pleinement responsable de la mort qu’il a donnée. Il encourt la réclusion à perpétuité.
Verdict dans l’après-midi du mercredi 18 mars.
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