À Nîmes, le chef étoilé Pierre Gagnaire imprime sa vision à l’Imperator. Et malgré les défis, il reste fidèle à sa philosophie : "Si vous faites votre travail avec cœur, vous donnez du sens à votre vie".
À l’heure où des interrogations entourent la situation de l’Hôtel Imperator à Nîmes, le chef triplement étoilé, Pierre Gagnaire, (qui a décroché lundi dernier, à l’occasion de la cérémonie du Guide Michelin 2026, le prix Chef Mentor, qui récompense les figures de la gastronomie pour leur impact majeur sur la jeune génération) a tenu à clarifier les choses. Malgré les rumeurs, ou les départs de certaines figures des lieux, il n’est pas question pour lui de quitter le Duende, le deux étoiles de l’Imperator. « Je ne suis pas du genre à abandonner le navire », affirme-t-il, balayant les rumeurs de départ. Mais une volonté intacte de faire vivre cet établissement emblématique. Parce que l’Imperator, ce n’est pas seulement un hôtel. C’est un repère, « même si rien n’est simple ». D’autant que Pierre Gagnaire revendique son attachement à la ville et sa volonté de poursuivre l’aventure, malgré un contexte économique délicat.
La lumière de Nîmes
« C’est une ville magnifique, vivante, avec une lumière extraordinaire. Ah ! La lumière de Nîmes, c’est cela qu’il faut mettre en avant dans les médias ». Tout en regrettant une image parfois peu flatteuse de la cité des Antonin donnée dans la presse : « On parle trop de ce qui ne va pas, alors que cette ville a énormément d’atouts. Dont les ferias et les corridas ».
« Une ville où je me sens bien »
Côté gastronomie, dans les cuisines, la mécanique est bien huilée. Brigade solide, gestes précis, produits de qualité travaillés avec exigence. La salade de tomate, simple en apparence, devient signature quand elle est bien faite, au bon moment. « C’est la base, ne pas faire une salade de tomate en avril avec des fruits qui ne sont pas à leur apogée ». Et derrière chaque assiette, une équipe « exceptionnelle », soudée, engagée. Un chef ne tient pas seul : il s’appuie sur les premiers, les seconds, ceux qui font tourner la maison au quotidien. Pour relever les défis actuels, une nouvelle équipe s’est mise en place autour du chef. Des profils expérimentés, souvent attachés à la région, ont rejoint l’aventure. « Il y a une vraie âme ici, des gens qui sont revenus parce qu’ils aiment cette ville », explique-t-il.
Ne pas céder à la facilité
Car le défi, lui, est bien réel. Trouver l’équilibre. Maintenir un cap dans un contexte où l’image, la clientèle, les attentes évoluent. Nîmes n’est pas Paris, et c’est aussi sa force. Encore faut-il réussir à capter, à séduire, à fidéliser. Le risque existe même quand on a plusieurs étoiles : devenir trop élitiste, ou au contraire perdre ce qui fait la singularité.
Le positionnement est clair : ne pas céder à la facilité. Continuer à travailler le goût, le produit, le geste. Refuser de claquer des doigts pour suivre des modes. Car au fond, tout se joue là. Dans cette ligne de crête entre exigence et accessibilité. Entre héritage et renouveau. Entre une histoire lourde et un avenir à construire. L’Imperator reste un lieu à part. Un lieu où l’on vient pour manger, bien sûr, mais aussi pour boire un verre, discuter, ressentir quelque chose. Une ambiance, une sincérité, une forme de douceur presque. « Les gens viennent ici avec bienveillance », dit-on. Et c’est peut-être ça, le vrai luxe aujourd’hui.








