Dans l’après-midi du 29 mai 2022, en plein coeur de la ville d’Avranches (Manche), un passant a un choc : il voit à quelques mètres de lui un jeune qui titube, prostré, tenant fermement son vêtement au niveau de sa poitrine, ensanglanté. Il s’adresse à lui demandant qu’on appelle les secours, et soudain, pris de vertige, il s’écroule, en plein milieu de la rue. Une femme a vu elle aussi l’homme s’écrouler, en sang. Elle va s’occuper de lui en attendant les secours que l’homme a appelés.
Les gendarmes, eux aussi alertés, n’ont pas tarder à interpeller l’auteur des coups qui ont blessé la victime. Ils s’agissait d’un jeune réfugié qui se disait originaire de Libye, connu dans Avranches, notamment pour son activité de dealer de shit. Il avait déjà eu affaire à la justice.
Pour une embrouille en boite de nuit
Ce 29 mai 2022, le jeune homme était sorti avec trois amis pour aller chercher des sandwiches à une boulangerie qui offrait ce jour-là des roses : c’était le dimanche de la Fête des mères.
Sur le trottoir d’en face, le prévenu reconnait (ou croit reconnaitre) un homme avec lequel il avait eu une embrouille la semaine précédente en boite de nuit, à propos d’une fille. Cette nuit-là, il y avait eu des coups. Il s’était fait sortir par le videur.
L’homme a fait signe à l’autre de le rejoindre. Ils se sont salués et le premier demande au second de s’expliquer, voire de s’excuser pour l’embrouille passée. Celui que le prévenu a abordé nie avoir été dans cette discothèque.
Le prévenu s’énerve, il donne sa veste à un des garçons (un mineur) de son groupe qui comprend : il va y avoir de la bagarre. Il insulte son interlocuteur. L’autre le prend mal, les deux jeunes se bousculent. Le groupe des copains du prévenu prend ses distances mais observe la scène. L’homme qu’il a interpellé attaque d’un coup de boule.
C’est alors qu’un des copains du prévenu le voit sortir un couteau et l’ouvrir pour en libérer la lame. Il hurle : « Stop ! » Trop tard. Le couteau, pointé vers le coeur de l’homme, se plante au pli du bras. L’artère humérale est touchée.
« Je vais te tuer »
Les jeunes sont toujours là. Ils pressent le blessé de s’enfuir. Celui-ci, sidéré, reste sans réaction, et reçoit deux autres coups de couteau de son agresseur, qui lui dit : « Je vais te tuer. »
Il s’enfuit couteau sanglant en main, et part se réfugier dans la maison où il était hébergé pour quelques jours, afin de se mettre à l’abri d’éventuelles représailles. Là, il a pris conscience de ce qu’il venait de faire. L’un de ses amis a lavé le couteau et l’a caché, enveloppé dans un tee-shirt, sous un évier. Dans les bras d’un des garçons, il dit, en pleurs : « Je n’ai pas voulu faire ça. »
Le procès était prévu sur deux jours. Verdict le vendredi 20 mars 2026, en milieu d’après-midi.
Deux réfugiés très différents
Ils ont eu le même parcours. Arrivés en France par l’Italie, ils sont passés par Nice. La victime, fils de paysan, a fui le régime des talibans. Réfugié en France en juillet 2019, il avait fait le mois suivant une demande d’asile. Son épouse, restée au pays, est aujourd’hui avec lui. Il est arrivé à Avranches de 4 décembre 2019. Depuis cette date, il a travaillé en intérim comme maçon jusqu’à ses 13 jours d’hospitalisation à laquelle les coups de couteau du 22 mai 2022 l’ont contraint. Les séquelles sont telles qu’elles ne lui ont pas permis de reprendre son métier.
Son agresseur est également un réfugié. Il est arrivé à Avranches 8 mois avant les faits, soit en septembre 2021. Il dit avoir quitté en 2018 la Libye dont il se disait originaire, à cause de la guerre. Il a débarqué à Lampedusa, sans papiers. Il est entré en France via Nice pour monter à Paris. Il aurait travaillé en cuisine dans diverses pizzeria qui, sollicitées au cours de la procédure de cette affaires, n’ont aucun souvenir de lui. Il n’a fait aucune demande de régularisation pour sa situation.
Si à Avranches, il est bien connu des forces de l’ordre sous ce nom pour différentes affaires, notamment un vol de voiture et de carte bancaire qu’il avait tenté d’utiliser, les enquêteurs ont découvert sa véritable identité, tunisienne, confirmée par les autorités de ce pays, où il avait des antécédents judiciaires.
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