Les faits, survenus à Coren début septembre 2026, trouvent leur origine dans un spectacle de Monster Truck interdit par arrêté préfectoral. Le 4 septembre, la préfecture du Cantal prend un arrêté interdisant la tenue du spectacle, estimant que « ce type d’événement, en raison des risques liés à son déroulement, nécessite une déclaration préalable » afin de permettre l’évaluation du dispositif de sécurité. Or, aucune autorisation n’avait été délivrée. Le lendemain, les gendarmes sont dépêchés sur place pour notifier la décision du maire. Mais l’accueil tourne à l’affrontement : la mère de la famille, âgée de 73 ans, s’oppose à la notification et refuse de signer le document. L’échange dégénère rapidement.
Selon le procès-verbal, elle aurait insulté les militaires, les traitant d’« enculeurs de vaches » et de « PD ». Les forces de l’ordre choisissent d’en rester là pour ce jour-là, avant de revenir le lendemain afin de vérifier que le spectacle n’a pas eu lieu.
L’intervention du lendemain vire à l’altercation
Le 6 septembre, la tension remonte d’un cran. Alors que les gendarmes entendent procéder à l’identification des personnes présentes, la vieille dame profère de nouvelles insultes et menace : « Si elle continue, elle va s’en prendre une », aurait-elle lancé à propos de la commandante d’escadron.
Estimant la limite franchie, les gendarmes décident de l’interpeller. Les deux fils, présents sur les lieux, s’interposent pour défendre leur mère. Selon les militaires, l’un d’eux assène des coups de poing ; tous deux sont aspergés de gaz lacrymogène. Le second fils, à l’extérieur du site, tente alors de s’emparer de la bombe d’un gendarme avant d’être, lui aussi, interpellé.
Dans la confusion, la femme est plaquée au sol, menottée et conduite à la brigade. Compte tenu de son âge et de son état de santé – elle est atteinte d’un cancer -, sa garde à vue sera levée sur avis médical.
« On voulait défendre notre maman »
À la barre, ce 12 mars 2026, les deux fils reconnaissent s’être interposés. « On n’est pas des gens violents, on voulait juste défendre notre maman, » expliquent-ils. « Quand on prend une gazeuse en pleine figure, on se défend, c’est humain. On n’a pas tapé. »
Les images des caméras GoPro des gendarmes, transmises au tribunal le matin de l’audience et projetées en salle, confortent partiellement les deux versions : on y voit la septuagénaire au sol, protestant violemment, tandis que ses fils tentent de s’approcher pour la relever.
L’un d’eux affirme avoir entendu un gendarme lancer, à propos des événements de la veille : « Ça, c’était pour hier ». De quoi nourrir le sentiment, dans la famille, d’une intervention vécue comme une « vengeance ».
La procureure : « Une procédure administrative »
Pour la procureure de la République, Sandrine Delorme, il n’y a pourtant aucune ambiguïté. « Les gendarmes ne venaient pas pour réprimer, mais pour faire signer une procédure administrative. Le métier de forain est difficile, mais celui de gendarme l’est tout autant. Dans ce type d’intervention, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. »
Elle requiert des peines de sursis : quatre mois pour le premier fils, six pour le second, et six également pour leur mère, poursuivie pour outrages et menaces.
La défense plaide la nullité et la disproportion
La défense, assurée par Me Jean-François Canis, ne voit pas les faits du même œil. L’avocat plaide la nullité de la procédure, d’abord en contestant la validité de l’arrêté préfectoral, attaqué parallèlement devant le tribunal administratif. Selon lui, l’intervention des gendarmes s’est déroulée « sur un terrain privé, avec l’accord du propriétaire », rendant la démarche discutable.
Il souligne aussi la disproportion de la force employée : « Quinze militaires pour trois personnes âgées de plus de cinquante ans… Où est la proportionnalité ? » interroge-t-il, invoquant l’article 39 du Code de procédure pénale relatif au contrôle de légalité des actes de police.
L’avocat s’insurge : « Cette interpellation n’est pas à l’honneur de la gendarmerie. » Il demande la relaxe de ses clients, à défaut une simple amende pour les propos tenus.
Jugement attendu en mai
Après plus de deux heures d’audience, la présidente a clos les débats. Le tribunal a mis l’affaire en délibéré au 13 mai à 14 heures.
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