L’enjeu de ce procès était la recevabilité de la plainte de l’adolescente qui, en 2018, accusait son moniteur de tir à l’arc cherbourgeois, une petite trentaine à l’époque, 41 ans aujourd’hui, de viols et d’agressions sexuelles alors qu’elle n’avait que 13 ou 14 ans.
La journée de ce mardi 28 avril 2026 a été consacrée aux prises de parole des avocats, de la plaignante et de l’accusé, et au réquisitoire de l’avocat général.
Les souffrances d’une ado répétées une centaine de fois
Pour Me Morin, qui portait la parole de la victime, aujourd’hui une jeune femme de 24 ans, la tâche était de montrer le drame que les méfaits de l’accusé ont engendré dans l’adolescence et la jeunesse en la mettant en danger, et qui continuent aujourd’hui à la fragiliser et à laisser des inquiétudes pour son avenir, comme les experts l’ont souligné.
Pendant onze mois, à raison de trois fois par semaine au moins au retour d’entraînements, elle a servi d’objet sexuel à un homme de 17 ans son aîné auquel elle vouait une admiration sans bornes et pour lequel elle avait développé un sentiment amoureux romantique de toute jeune fille qui s’était dévoyée de par la volonté de cet homme en exercices sexuels pour le moins prosaïques auxquels il lui interdisait de se refuser quand elle finissait par lui dire qu’elle « n’aimait pas ça ».
Au bas mot, a comptabilisé l’avocate, l’adolescente s’est trouvée une centaine de fois soumise aux actes de son prédateur.
L’avocat général, après avoir souligné la différence d’âge entre l’entraîneur et son élève (« il avait 30 ans, elle en avait 13, il devenait adulte et conduisait une voiture alors qu’elle ne faisait que naître »), a dressé le portrait de la victime, « une jeune à l’adolescence troublée par la séparation de ses parents, vécue comme une déflagration, ballottée entre deux foyers, isolée. » Elle avait besoin d’être réassurée, soutenue. « Adolescente perdue, elle avait besoin d’une épaule, de se confier. »
8 ans de prison requis
C’est l’entraîneur qui l’a repérée, qui l’a entourée, enveloppée même dans ce sport où l’initiateur est au contact du néophyte pour lui apprendre les gestes pour l’art difficile de tendre un arc.
Son entraîneur lui a offert le réconfort qu’elle attendait, et une romance à laquelle elle rêvait. Mais en guise de romance, l’adolescente se retrouvait la nuit, sur les hauteurs d’Équeurdreville, sur un parking, dans une voiture…
Le magistrat, considérant que les éléments matériels des viols et des agressions sexuelles étaient nettement établis, allait requérir contre l’homme une peine de 8 ans d’emprisonnement, ainsi qu’une peine complémentaire d’interdiction d’exercer une profession le mettant en relation avec des mineurs pendant une durée de 10 ans à sa sortie de détention.
Le magistrat a demandé aux juges de constater l’inscription de son nom au fichier des délinquants sexuels et a requis que lui soit délivré un mandat de dépôt à l’audience.
Le travail que s’était imposé Me Barakat, la défense de l’ex-entraîneur au tir à l’arc, était double : introduire le doute dans l’accusation de viols et d’agressions sexuelles dont il fait l’objet en faisant admettre aux juges dans leur examen de l’affaire que son client ait pu dire la vérité, que sa réfutation de tout ce que dénonce la plaignante puisse être considérée comme sincère.
Certes, lors de sa garde à vue de 2018 et au cours des auditions qui ont suivi, l’accusé a reconnu des attouchements, des fellations, des pénétrations digitales. Mais, reprenant l’argument de son client, l’avocate a rappelé que c’était à cause de la violence des policiers à son endroit qu’il a avoué « pour paraître sympa aux enquêteurs, pour leur plaire parce qu’ils étaient oppressants ».
À chacun sa vérité
Depuis, il est revenu avec constance sur ses « aveux » et s’est appuyé sur le sentiment d’être enfin écouté grâce à son avocate pour affirmer que la plaignante a tout inventé, pour hausser les épaules quand on évoque les fellations auxquelles il la soumettait dans sa voiture, et pour juger que ce qu’elle avait écrit sur son journal intime n’était que ses fantasmes sexuels (même si elle n’avait que 14 ans).
Avant sa plaidoirie, Me Barakat, pendant près de deux heures, avait tenu à la gorge le directeur de l’enquête (qui a fait preuve d’un calme méritoire sous les bourrasques oratoires de l’avocate) pour tenter de lui faire dire, en vain, qu’il y avait eu des tentatives de pression sur son client pendant cette garde à vue contestée. Il y a doute, insiste-t-elle. Il doit donc profiter à l’accusé, c’est de droit.
Me Barakat a donc conclu sa plaidoirie en demandant la relaxe de son client.
Départ pour la prison
Ce mardi, vers 20 h 30, le verdict est tombé. Oui, l’ancien moniteur de tir à l’arc est bien coupable de viols et d’agressions sexuelles sur la jeune adolescente de moins de 15 ans, les magistrats de la cour en ont décidé ainsi en leur âme et conscience au bout des deux jours de débats.
Reconnaissant la circonstance aggravante qu’il était en situation d’autorité par rapport à sa victime puisqu’il était son entraîneur et son coach pour les compétitions sportives.
En conséquence, la cour l’a condamné à 6 années d’emprisonnement avec mandat de dépôt immédiat, peine à laquelle s’ajoute l’interdiction d’exercer toute activité en lien avec des mineurs pendant 10 ans.
Il est donc parti en détention, sous les yeux de sa mère et de sa sœur, dès la fin du procès. Il a dix jours pour faire appel de cette décision. Sa personnalité et la pugnacité de son avocate inclineraient à penser qu’il ne laissera pas passer ce délai. À suivre.
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