Dimanche 22 mars, un épisode de grêle d’une rare violence a frappé l’est du Gard. À Beaucaire et dans les Cévennes, arboriculteurs et maraîchers ont vu leurs cultures anéanties en quelques minutes.
En quelques minutes, le ciel a effacé des mois de travail. Placée en vigilance jaune par Météo France, la journée du dimanche 22 mars s’annonçait instable dans le Gard. Une goutte froide devait traverser le sud-est avec son lot d’averses orageuses. Mais personne n’imaginait l’intensité de ce qui allait s’abattre sur les cultures. Dès la fin de matinée, entre Bagnols-sur-Cèze, Chusclan, Orsan et jusqu’à Beaucaire, les premiers grêlons tombent. Très vite, ils recouvrent les sols, formant des tapis blancs en plein printemps. Dans certaines parcelles, la végétation est hachée, broyée, comme passée au scalpel.
« On n’est pas paysan pour voir ça »
Sur l’Ile de Pillet, à Beaucaire, Jean Boyer regarde ses abricotiers avec un mélange d’incertitude et d’abattement. Arboriculteur depuis vingt-cinq ans, il n’avait jamais connu ça. « Même mes parents et grands-parents n’avaient jamais connu de grêle ici », souffle-t-il.
Dimanche, vers onze heures, tout a basculé. « On a vu les nuages arriver. Ils annonçaient de la pluie… et pendant cinq minutes, il n’y a eu que de la grêle ». Le verdict est sans appel : « Il n’y aura rien de vendable pour le frais. Toute ma production a été touchée », regrette-t-il.
Les jeunes fruits, à peine formés, ont été lacérés. « Dans cet état, je ne peux les utiliser que pour de la compote ou de la confiture », explique le Beaucairois. Une perte estimée à 300 000 euros, soit près d’un quart du chiffre d’affaires de l’exploitation.
Mais au-delà de la perte immédiate, c’est la mécanique agricole qui se grippe. « C’est la double peine. Il faut continuer à nourrir les arbres, à les traiter pour préserver la production de l’an prochain. On sait pertinemment qu’on investit du temps et de l’argent pour rien ». « On n’est pas paysan pour voir ça. On le fait pour voir du beau, pour être fiers. Là, c’est lourd moralement ».
Dans les Cévennes, « tout a disparu en quelques minutes »
À une centaine de kilomètres, à Sumène, Philippe Boisson n’est pas moins éprouvé. Producteur d’oignons doux depuis 2001, sixième génération d’agriculteurs, il parle d’un épisode « insensé ». « La grêle a coupé les plantules d’oignons. C’est très fragile, elles venaient juste de sortir de terre », témoigne-t-il. En quelques instants, toute une saison est compromise.
Le plus dur, c’est la soudaineté. « C’était un orage tôt dans la saison, violent, du jamais vu ». Et les protections n’étaient pas adaptées : « Je suis assuré pour la grêle, mais l’été et pas pour la pépinière ». Résultat : il faudra resemer, décaler toute la saison. « On va planter plus tard, arroser plus tard et on risque de tomber en pleine période de sécheresse où l’accès à l’eau est plus compliqué », alerte l’agriculteur. Une équation de plus en plus intenable. « On n’arrive plus à travailler dans des conditions normales. On est sous pression climatique tout le temps ! », ajoute-t-il. La lassitude émerge : « Je suis dépité, découragé. En cinq minutes, tout a disparu ».
S’adapter, oui. Mais jusqu’à quand ?
Face à ces épisodes extrêmes, les agriculteurs tentent de s’adapter. Filets anti-grêle, nouvelles pratiques, diversification… Mais à quel prix ? « C’est environ 10 000 euros l’hectare », détaille Jean Boyer. Un investissement lourd et pas toujours accessible. Et surtout, une solution partielle. « Si ce n’est que de la grêle, on peut s’adapter. Mais s’il y a le gel, la sécheresse… » L’incertitude grandit.
Dans les rangées d’abricotiers meurtris comme dans les champs d’oignons rasés, une même question revient : combien de temps encore ce métier pourra-t-il encaisser de tels chocs ?
Comprendre la grêle :
La grêle se forme à l’intérieur des nuages d’orage, appelés cumulonimbus. Dans ces masses d’air très instables, de puissants courants ascendants projettent des gouttelettes d’eau vers les couches froides de l’atmosphère, où elles gèlent. Les embryons de grêlons effectuent alors plusieurs allers-retours dans le nuage, grossissant à chaque passage en accumulant des couches de glace.
Lorsque leur poids devient trop important pour être maintenu en altitude, ils chutent au sol. Plus les courants sont puissants, plus les grêlons peuvent être gros et destructeurs. Ces phénomènes surviennent souvent lors de contrastes marqués entre air chaud au sol et air froid en altitude, comme ce fut le cas lors de l’épisode du 22 mars dans le Gard.








