À Bagnols-sur-Cèze, le groupe élémentaire Jules-Ferry était en grève jeudi 26 mars. Enseignants et AESH dénoncent un manque de moyens et de remplacements, dans un climat tendu après l’agression de deux professeurs le mois dernier.
Les professeurs montent au créneau. Jeudi 26 mars, les enseignants et les écoliers sont restés devant les grilles de l’école primaire Jules-Ferry de Bagnols-sur-Cèze, cartable encore sur le dos. Toute l’équipe pédagogique du groupe élémentaire est en grève.
À 8 h 30, le portail ne s’ouvre pas et le rassemblement bat son plein devant l’entrée. Sur les enceintes, Motivés de Zebda tourne en boucle. Entre deux bourrasques du mistral printanier, enseignants et parents discutent et s’encouragent. Une ambiance presque chaleureuse, malgré le ciel grisonnant et la fraîcheur matinale.
Mais derrière, le message est clair. Et visible sur les pancartes. « On ne fait pas classe, on fait face », « On n’a pas choisi d’en saigner », ou encore « REP refusée = école pénalisée » peut-on lire. Toutes pointent le même problème : le manque de moyens, avec notamment des remplacements « pas toujours assurés« .
Une semaine de grève nationale prévue entre le 30 mars et le 3 avril
Les syndicats enseignants FSU, UNSA, CFDT, CGT et SUD appellent à une semaine de mobilisation, du 30 mars au 3 avril. Une grève nationale est prévue le 31 mars. Ces manifestations sont prévues contre la carte scolaire pour la rentrée 2026/27 et qui devrait être prochainement annoncée.
Une carte qui devrait notamment annoncer la fermeture de plusieurs postes. "Dans le Gard, nous avons 27 classes qui sont menacées d’une fermeture, explique la secrétaire département SNUDIS-FO Laure Pellet. L’excuse c’est la baisse démographique mais ça n’est pas la solution."
Croisés pendant la manifestation du 26 mars, plusieurs professeurs appréhendent les conséquences. "On pourrait perdre une classe, témoigne Jessica Zeidour, enseignante en CM1 et déléguée syndicale au SUDNI FO. Déjà que les classes sont surchargées, je vous laisse imaginer ce que ça nous demanderait en organisation de répartir une vingtaine d’élèves supplémentaires."
Un mouvement à la suite de deux agressions
« Cette équipe signale ces difficultés depuis des années. Là, elle a décidé de dire stop, affirme Laure Pellet, secrétaire départementale du SNUDI-FO. Quand on laisse trop longtemps le couvercle sur la marmite, ça finit par exploser. » Un mouvement qui ne s’inscrit pas dans un mouvement national, mais qui ici « sort des tripes« .
Deux évènements récents ont précipité la grève : une agression verbale d’un enseignant par un parent d’élève juste avant les vacances d’hiver, puis une seconde, physique cette fois-ci, impliquant un élève en insertion, au retour des vacances.
À quelques mètres, une enseignante brandit un drapeau Force ouvrière (FO). Emmitouflée dans sa doudoune siglée du syndicat, elle témoigne. « Depuis la sortie de la zone d’éducation prioritaire en 2014, les conditions se dégradent, explique Jessica Zeidour, professeure à Jules-Ferry et déléguée syndicale SNUDI-FO. On accumule les difficultés avec des classes surchargées. En moyenne, 25 élèves par classe, répartis sur 14 classes. À cela s’ajoutent deux classes Ulis et un manque d’AESH. Au final, toute l’équipe pédagogique compense en travaillant plus.«
« L’école publique est en train de craquer partout »
L’enseignante ajoute également que la dégradation du quartier des Escanaux, où est situé l’établissement, n’aide pas. « Le matin, on n’arrive pas rassuré et le soir on essaie de partir avant la tombée de la nuit à cause de l’insécurité.«
Des difficultés que les parents d’élèves, venus en nombre pour soutenir le mouvement, partagent. « Nous faisons le même constat que les profs : des remplacements non assurés, un manque d’AESH, et deux postes RASED sans enseignants« , souligne Guillaume Baudry, parent d’élève et responsable du conseil local FCPE.
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« Ce n’est pas courant de voir parents et enseignants se mobiliser ensemble, insiste Laure Pellet. Mais aujourd’hui, l’école publique est en train de craquer partout.«






