Yolande Moreau, prix Itinérances pour cette 44e édition du festival de cinéma d’Alès présente son premier film Quand la mer monte ce samedi 28 mars 2025. Dans une interview accordée à Midi libre, elle raconte comment elle s’identifie aux personnages qu’elle a interprété.
Ce n’est pas la première fois que vous venez à Itinérances, vous y étiez déjà venue en 1987…
Oui, c’était pour le concours de courts-métrages. J’y ai rencontré Stéphane Brisé, c’était lui le prix Itinérances. On s’est même écrit par la suite. Mais j’ai d’autres souvenirs de la région, j’y suis déjà passée, notamment lors du tournage du film Sans toit ni loi d’Agnès Varda. Et je me suis également beaucoup promenée dans le Gard.
Quelles impressions en gardez-vous ?
Elles sont variées. J’ai joué dans le théâtre et les arènes de Nîmes, j’ai fait des balades au bord de l’eau, je ne sais plus de quelle rivière il s’agit. Je me souviens d’avoir ramassé des champignons. Vous voyez, quand on a différents souvenirs, tout se mélange !
Quel effet cela vous fait, de recevoir à votre tour le prix Itinérances ?
Ça fait plaisir !
Vous allez présenter votre premier film Quand la mer monte (co-réalisé avec Gilles Porte en 2004), qui vous a valu deux César…
Je ne m’y attendais pas. On l’a fait tellement artisanalement. Je ne pensais pas qu’on y arriverait. On était pétri de doute. Le César, c’est une reconnaissance, mais même en étant vieille aujourd’hui, je me demande encore si ce métier était fait pour moi. On se remet tout le temps en question, sans arrêt. Mais on s’amuse.
Dans ce film, vous étiez aussi actrice. était-ce un double défi ?
C’est vrai que je me suis demandée s’il n’aurait pas mieux valu prendre une autre comédienne. Deux jours avant, je me disais « je ne suis pas prête, je ne suis pas prête ! » Mais ce film, dans lequel une femme va de villle en ville pour porter son one-woman-show, compte pour moi. J’y reprend justement un spectacle que j’ai écrit dans les années 80, Sale affaire, une tragicomédie grinçante où une femme tue son amant, mais n’arrive pas à effacer les traces sur son bras. C’est drôle non ?
« Je me demande encore si ce métier était fait pour moi »
Vous reprenez alors une expérience que vous avez vécue dans les années 80 ?
Oui, sauf que là je ne rentrais plus dans ma robe ! Mais mon premier film raconte une partie de moi. Et beaucoup d’autres comédiens se sont reconnus dans le personnage.
Y-a-t il d’autres personnages que vous avez interprétés dans lesquels vous vous reconnaissez ?
J’ai beaucoup aimé Séraphine (une femme de ménage devenue peintre, dans un biopic de 2008 par Martin Provost, NDLR). Pour moi il y avait un lien avec mon adolescence. J’étais une grenouille de bénitier et j’aimais beaucoup peindre.
Si vous deviez recommander un de vos films aux spectateurs qui ne vous connaissent pas, quel serait-il ?
Je ne sais pas. J’aime bien mon dernier, La fiancée du poète (2023). Il parle des faussaires. Mais sans faux, la vie serait vraiment triste ! Je fais l’éloge de la triche, elle permet de contourner cette société qui nous renferme.
Que diriez-vous aux Alésiens pour les convaincre de venir voir votre film ce samedi soir ?
Je pense que ce samedi il va pleuvoir, alors sortez au cinéma, venez à Itinérances !






