Le patrimoine religieux de Lunac retrouve un trésor disparu depuis trente ans. Le Christ en croix volé en 1995 a été restitué par hasard. Sa restauration marquera une nouvelle étape dans la valorisation de l’église.
À Lunac, l’épilogue d’un « cold case » vieux de trente ans tient du miracle : un Christ en croix, volatilisé en 1995, s’apprête à retrouver son église. En 1995, la disparition de cette statuette de 78 cm avait laissé la commune dans l’impasse, malgré le dépôt d’une plainte restée sans suite. L’objet patrimonial s’était volatilisé. Pourtant, son destin a évolué l’an dernier.
Une première plainte déposée en 1995… et une seconde en 2024
Violaine Fabre, conseillère municipale et élue à la commission patrimoine, est l’une des instigatrices de cette incroyable découverte. « Je ne l’ai donc jamais connu. Je ne l’avais jamais vu dans l’église de Lunac. Avec Pauline Maruéjouls, également élue au conseil municipal, nous avons initié dans la commune la valorisation du patrimoine. Nous avons ensuite fait intervenir le ministère de la Culture, par l’intermédiaire du département, qui nous a expliqué ce qu’il y avait à valoriser. Il a insisté sur la nécessité de renouveler la plainte concernant ce Christ disparu. »
Le miracle du Marais Poitevin
Une nouvelle plainte est déposée sans trop d’espoir en septembre 2024. Voilà trois décennies que l’objet n’a plus fait de signe. Pourtant, un miracle va se réaliser. Les plus pieux y verront sans doute un signe. Au printemps 2025, les jeunes femmes sont alertées.
« La personne qui le possédait l’a restitué. C’était quelqu’un qui l’avait acheté à un receleur. Elle habitait dans les Deux-Sèvres, donc pas du tout dans notre région. Elle a appris par la presse que la plainte avait été renouvelée. Avec Pauline, nous avons décidé de ne pas enquêter sur le receleur ou sur la provenance exacte », souffle Violaine Fabre.
Si la plainte a été classée à la suite de cette restitution spontanée, la priorité des élus restait avant tout le retour physique de l’œuvre. L’actuel possesseur, de bonne foi, ignorait tout de l’origine frauduleuse de l’objet. L’œuvre est de retour chez elle, mais dans un mauvais état. La chargée du patrimoine n’en revient pas. « Avec Pauline, on plaisantait en disant que c’était notre cold case. Nous avons essayé de retracer les événements, de contacter d’anciens maires, la gendarmerie de l’époque… Et finalement, tout s’est résolu très vite. » Maintenant qu’il est de retour, place à sa restauration. Aujourd’hui, la croix n’est plus et les bras sont détachés du buste.
Une renaissance au cœur d’un projet communal
« C’est une œuvre du premier quart du XVIe siècle, qui a connu plusieurs modifications. D’après les souvenirs d’un paroissien, le Christ avait été confié à un prêtre très investi dans la sauvegarde du patrimoine local. Il l’avait transporté à Tayrac à vélo, fait refaire un bras par un sculpteur à Lourdes, la croix par un autre artisan, et avait lui-même taillé les épines de la couronne. Plus tard, voyant qu’il n’était pas utilisé à Tayrac, il l’a ramené à Lunac, toujours à vélo, avec le Christ sur le dos », rembobine Violaine Fabre.
Cet objet est donc un habitué des voyages. Le retour du Christ s’inscrit également dans un plan plus large concernant la commune. Un dossier a été monté auprès des Monuments historiques et de la Fondation du patrimoine pour une levée de fonds.
Une levée de fonds
L’objectif : redonner une seconde vie à l’église. « Le chœur, les autels, les statues et plusieurs objets sont classés. Nous avions déjà budgétisé la mise en valeur du reliquaire dans une vitrine sécurisée, ce qui est désormais fait », poursuit l’élue. Et donc cette nouveauté bienvenue. La levée de fonds a été lancée en décembre 2025. Le reliquaire est désormais exposé dans sa nouvelle vitrine depuis une quinzaine de jours.
Après sa restauration, le Christ sera réintroduit dans le lieu de culte, avec une protection toute particulière. Le temps administratif et de travail pour l’artisan ne permet pas néanmoins une exposition avant 2027. « Nous devons d’abord faire valider le devis au prochain conseil municipal, relancer les demandes de subventions et poursuivre la collecte de fonds », rappelle Violaine Fabre. Pour l’heure, 4 430 € ont été levés.







