Au Grau-du-Roi, la flambée du prix du carburant met les pêcheurs en danger

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Au Grau-du-Roi, la pêche vacille sous le poids d’un gasoil qui flambe. Salaires en chute, marges laminées, toute une filière est menacée. Malgré l’inquiétude, les marins refusent de sombrer sans lutter. Sur le quai, l’urgence est là : survivre pour continuer à vivre de la mer.

« Mourir en mer, je ne sais pas, mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne se laissera pas mourir à quai sans rien faire ». Président de la coopérative des marins-pêcheurs du Grau du Roi (Socomap) ; patron pêcheur et armateur, Dominique Duprat ne cache pas son inquiétude. Au Grau-du-Roi, la coopérative de la Socomap appartient à tous les pêcheurs, « et si un bateau cesse de sortir en mer alors c’est nous tous qui disparaissons ».

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le prix du gasoil marin a bientôt doublé. Les ventes ne compensent plus les coûts. La filière, très consommatrice de carburant, est lourdement touchée par la hausse du prix de ce dernier. Le gasoil pèse, en fonction de la taille d’un bateau et de sa technique de pêche, entre 25 % et 30 % des charges. En un mois, le litre est passé d’environ 66 centimes d’euro à 1,10 euro. Et sans aucun doute, 1,20 euro dès la semaine prochaine. Avec cette augmentation, il constitue désormais la moitié des coûts. Une situation critique pour une filière déjà bien fragilisée.

Sur le quai, la mer ne nourrit plus son homme

Sur les quais, le constat est brutal. Là où l’activité battait autrefois son plein, les pêcheurs tirent aujourd’hui un trait de plus en plus épais sur leurs marges, déjà fragiles. Entre coûts qui explosent, ressources qui s’amenuisent et règles toujours plus contraignantes, la filière pêche traverse une zone de turbulences qui inquiète jusque dans ses fondations.

Au Grau-du-Roi, ils sont 200 pêcheurs touchés de plein fouet par une actualité sur laquelle ils n’ont aucune prise. Mais plus largement, de leur pêche dépend toute une filière. « Au Grau, nous avons 14 chalutiers, et 200 inscrits maritimes. Ce qui représente pas mal de monde sur notre commune », explique David Papy, le nouvel adjoint à la pêche du Grau-du-Roi, marin pêcheur professionnel par ailleurs. « De la quantité de poissons ramenée à quai dépendent la coopérative, les marieurs, les transporteurs et puis les poissonniers… C’est toute une filière qui est menacée. Alors on ne va pas cracher sur les mesures proposées par la ministre en fin de semaine dernière, mais pour l’heure nous n’avons aucune visibilité du tout et c’est déjà évident que cela ne suffira pas pour compenser les pertes de revenus ».

800 euros en moins chaque mois

À tel point que depuis le début du mois, les armateurs ont été obligés de revoir les salaires hebdomadaires de leurs hommes à la baisse. « Entre 60 et 70 % de moins », confirme Dominique Duprat. Une dure réalité confirmée par David Papy qui appuie : « Je suis second sur un chalutier et ce mois-ci je toucherai entre 500 et 800 euros de moins ». Un nouveau quotidien auquel s’ajoute d’autres difficultés : la pression réglementaire. Plans de gestion, restrictions, contrôles… Si la nécessité de préserver la ressource est largement reconnue, sur le terrain, les professionnels dénoncent un empilement de normes parfois déconnectées de leur réalité quotidienne.

Se battre encore et encore

Pour autant, tous refusent de baisser les bras. « En fonction des décisions qui vont être prises dans les jours à venir, nous envisagerons peut-être des actions pour nous faire entendre », précise Dominique Duprat. « On attend parce que nous sommes respectueux et que nous voyons bien que les caisses de l’État sont vides, mais on ne va pas se laisser mourir. On parle de souveraineté alimentaire à l’instar des agriculteurs ! »

Mais une chose est sûre : sans réponse rapide et adaptée, c’est tout un pan du patrimoine maritime qui vacille. « On ne demande pas des miracles, juste de pouvoir vivre de notre métier ». Sur le quai, le vent tourne. Reste à savoir s’il portera encore longtemps les filets des hommes vers le large… ou vers la rive.

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