les « boss » des Izards s’expliquent après le meurtre d’un jeune de 24 ans

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Les commanditaires des meurtres liés au trafic de drogue se retrouvent rarement devant la justice : ils tirent les ficelles dans l’ombre, en passant généralement entre les mailles du filet. Pas cette fois-ci : les commanditaires présumés du meurtre en bande organisée de Djilali A., un guetteur du quartier des Izards, sont jugés en ce moment aux Assises de Toulouse – aux côtés des auteurs et organisateurs présumés. Ils auraient agi dans le cadre d’une série de règlements de comptes autour d’un des plus gros points de deal de Toulouse, qui a marqué la Ville rose au fer rouge durant l’été 2020. Parmi les onze hommes accusés d’avoir participé à ce meurtre, on retrouve plusieurs « boss » de ce quartier, gangrené par la criminalité organisée. Ce qui les relie au crime ? Des conversations édifiantes sur une messagerie soi-disant indéchiffrable… qui a été décryptée par les forces de l’ordre.
Ce lundi 30 mars marque l’ouverture de la deuxième semaine de ce procès placé sous haute sécurité, avec l’interrogatoire de plusieurs commanditaires présumés. Qui sont-ils et quelles explications ont-ils à donner ?

« Yaya », le premier commanditaire présumé interrogé

Dans le box des accusés, Yanis M. s’exaspère : les dix hommes jugés (techniquement 11, mais le dernier est en fuite) auraient été pris en photo durant l’audience, dans la matinée, avant que l’image ne soit diffusée sur TikTok. « Ils surveillent, mais ils surveillent mal ! », s’offusque le jeune homme de 29 ans – en référence au lourd dispositif de sécurité qui encadre le procès. Voilà qui illustre l’attitude agitée, tendue presque, de ce jeune homme fluet aux yeux sombres et aux courts cheveux bruns, en amont de son interrogatoire.

« Yaya », comme on le surnomme, fait partie des commanditaires présumés du meurtre de Djilali A. Le 24 août 2020, ce jeune homme de 24 ans a perdu la vie après s’être fait tirer dessus alors qu’il se trouvait sur un point de deal, où il était « chouf », guetteur, pour environ 100 euros par jour. Or, deux semaines avant, des membres de l’équipe adverse avaient déjà été victimes de tirs, quasiment au même endroit. Parmi eux ? Le fameux Yanis M.

La victime était un guetteur du quartier des Izards. (©Anaëlle Montagne / Actu Toulouse)

Quel est le contexte de cette série de fusillades mortelles ?

Historiquement, une seule et même équipe tenait ce point de deal, expliquait à Actu Toulouse une source proche de l’enquête. C’était « le plus rentable de la ville », qui rapportait « environ 40 000 euros par jour ». Mais suite à une scission dans l’équipe, Aymen H., l’un des « boss » du quartier, a monté son propre réseau en parallèle de celui que gérait Mohamed Z. – qui fait partie des accusés aujourd’hui. Et au début de l’été 2020, tout bascule : une partie de l’équipe de Mohamed Z. tombe après un gros coup de filet mené par la police de Toulouse, tandis qu’un mois plus tard, Aymen H. est libéré de prison. Les enquêteurs le soupçonnent d’être à l’origine de la première fusillade mortelle de l’été 2020, qui visait Yanis M. le 10 août, à la Poste des Izards (même s’il a été acquitté lors du procès). Elle aurait eu pour objectif de reprendre le fameux point de deal. La police soupçonne l’équipe Z. d’être à l’origine des fusillades mortelles suivantes, dans un effort de récupération du terrain. C’est son équipe qui est jugée aux Assises, en ce moment, pour l’assassinat du 24 août 2020.

« Je vais leur faire le Bataclan »

Enfant des Izards, Yanis M. travaillait de temps en temps à la Pizzeria Napolina que tient sa mère, à côté du métro Trois Cocus – elle avait été le théâtre d’une fusillade mortelle, fin 2018.

Ciblé par des tirs le 10 août 2020, le Toulousain de 29 ans avait été « blessé aux deux jambes », mais il avait survécu, contrairement à l’un de ses amis qui y avait laissé la vie. Les enquêteurs considèrent cette fusillade comme le « premier épisode » de la série de règlements de compte qui suivra, tout le long de l’été 2020.

« Je suis un peureux, moi, madame »

Ces événements n’ont-ils pas poussé Yanis M. à vouloir se venger, demande la présidente ? Non, insiste-t-il. Il avait pourtant écrit aux membres de son équipe, via la messagerie SKYecc : « Je vais rien laisser au hasard », « je vais leur faire le Bataclan ». Et puis, quelques jours avant le meurtre de Djilali A. : « Si tu sens que ça va être carré, fonce ». Face à la présidente, l’accusé minimise :

J’ai toujours eu une grosse bouche, un grosse gueule, mais arriver à faire des actes, ça je peux pas. Je suis un peureux, moi, madame ! Je peux pas dire au groupe, « les gars je me chie dessus (sic) ! ». Il y a des personnes qui nous veulent du mal, me retrouver seul à ce moment-là, je ne peux pas ! J’ai voulu montrer que j’avais pas peur.

Yanis M.

Tenu au courant en temps réel

Yanis M., qui assure n’avoir « rien à voir avec tout ça », était pourtant informé, en temps réel, du déroulé de la fusillade par son ami Charef K.B. : « Reste à l’affût, ça va taper dans pas longtemps », « soi-disant on se fait poursuivre », « y a les hélicos et tout », « je stresse à mort je tiens plus en place »… Face à la lecture de ces messages, l’accusé questionne, cinglant : « J’ai préparé quoi, j’ai donné une arme à qui, j’ai été chercher une voiture où ? Aujourd’hui je le dis haut et fort, je n’ai rien fait ! »

Le chef de la cocaïne

Charef K.B., l’ami d’enfance de Yanis M. également âgé de 29 ans, est le prochain à être interrogé. Lunettes rectangulaires sur le nez, cheveux mi-longs et trench-coat beige sur le dos, il détonne parmi ses coaccusés. Y compris de par sa position : il assume pleinement avoir participé à l’organisation du meurtre de Djilali A. (sans pour autant l’avoir commandité, puisqu’il « ne décidait pas du déroulé du projet »).

Charef, c’était « le chef de la cocaïne » sur le fameux point de deal de la Poste des Izards. Jusqu’au gros coup de filet de la police, qui avait fait tomber une bonne partie du réseau en juin 2020.

« Je me sens responsable, en partie, de sa mort »

« Concrètement, les personnes au-dessus de moi s’occupaient de gérer l’approvisionnement et moi je gérais ceux qui étaient sur le terrain. » Qui était au-dessus de lui ? « Je veux bien parler de moi, mais pas des autres, sans vouloir vous faire d’affront », énonce poliment l’accusé face à la présidente de la Cour d’assises.

Au moment où la série de représailles a éclaté, Charef s’est vu endosser le rôle de logisticien, « obsédé par les infos », avoue-t-il. Y compris alors qu’il est en prison à la maison d’arrêt de Montauban. Depuis sa cellule, il trouve des armes et organise le recrutement des tireurs pour l’action violente à venir – « c’est bon y a les tireurs qu’il faut, ils sont trois inshallah », retrouveront les enquêteurs parmi les messages échangés avec Yanis M.

« Je ne peux que me sentir responsable »

« J’étais dans une hystérie, c’est évident », souffle l’accusé. « Mais je veux que ce procès soit mon dernier acte avec ce milieu. Un point final. » Car le jeune homme le dit sans détour :

Je me sens responsable en partie de la mort de Djilali. J’ai été un membre de l’équipe qui a mené à ce drame, et à d’autres. J’étais le gérant du terrain qui a été le prétexte à tout ça, et cet argent sale a servi à ce drame et à d’autres, je ne peux que me sentir responsable. (…) Il y a eu un mort et il est mort pour rien, il n’avait rien à voir avec tout ça.

Charef K. B.

« Un monde de merde »

L’avocat général, devant le jury exclusivement composé de magistrats, termine l’interrogatoire en révélant à Charef K.B. des messages qu’ont échangé les chefs présumés du « terrain » (Samir N. et Mohamed Z.) en 2020 : ils avaient vraisemblablement prévu de « faire enlever, séquestrer et exécuter » Charef, à sa sortie de prison.

« Ces gens pour qui vous avez tout donné sont prêts soit à vous faire exécuter, soit à faire endosser leur responsabilité sur d’autres personnes, souffle l’avocat général. Qu’en pensez-vous ? » Face à elle, l’accusé tranche : « J’étais obsédé par ce monde, mais c’est un monde de merde, un monde qu’avec des merdes (sic). »

D’autres interrogatoires majeurs sont attendus ce mardi 31 mars, notamment ceux de Sami N. et Mohamed Z., soupçonnés d’être les têtes du réseau. Ce dernier accusé, que l’on surnomme « Zem », restera-t-il sur sa position en continuant de plaider qu’il n’a jamais eu le rôle qu’on lui prête ? Qu’il n’a ni géré le trafic, ni commandité le meurtre de Djilali A. ? Réponse ce mardi 31 mars.

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