FAIT DU JOUR La nouvelle vie de Nordine, le SDF de l’arrêt « Courbet »

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Après plusieurs années passées dans la rue, le sans domicile fixe amputé des deux jambes qui s’était installé à l’arrêt de tram-bus « Amiral Courbet » à Nîmes se reconstruit grâce à l’aide d’une monitrice éducatrice. Malgré de nombreuses démarches, il ne trouve pas d’infirmier pour lui prodiguer des soins quotidiens.

Le logement n’est pas très grand. Une pièce d’environ 40 mètres carrés mais avec toutes les commodités. Ce n’est pas luxueux, mais propre et pour son occupant c’est Versailles. Sur une table, les contours d’un puzzle de 1 500 pièces sont déjà en place. Le motif est un paysage paradisiaque d’un bord de mer que l’on imagine en Méditerranée. Patiemment, Nordine reconstitue le modèle et c’est comme un symbole pour celui qui tente de se reconstruire après des années dans la rue : « J’ai connu l’enfer. » Les mots sont forts, mais ils traduisent un parcours de vie cabossé.

Une famille d’accueil qui disparait dans un accident de voiture

Des parents pas à la hauteur et qui l’abandonnent, une famille d’accueil, en Bourgogne, qui disparait dans un accident de voiture, voilà une histoire qui commence mal. De galère en bêtise, l’ado prend de mauvais chemins. Comment pourrait-il en être autrement ? Avec la rue comme seul horizon, le Francilien mène une existence marginale, il traîne sans but précis et ce n’est pas son CAP d’imprimerie qui change la donne. Au bout de quelques années, le jeune homme a envie de savoir si, comme dit la chanson, la misère est moins pénible au soleil. Alors il quitte la capitale pour le Sud. D’abord Sète, puis Alès et enfin Nîmes, il y a une dizaine d’années : « J’avais des mauvaises fréquentations et mes soi-disant copains profitaient un peu de moi car c’est rare que je dise non. »

« Un jour, je me suis réveillé sur un lit d’hôpital et j’étais amputé des deux jambes »

C’est dans la cité des Antonins que le destin de Nordine bascule encore plus dans le drame : « Un soir où j’étais en état d’ivresse, en face du Monoprix, je me suis fait renverser par une voiture. » Rien de grave, pense celui qui en a vu d’autres. Erreur, les blessures mal soignées s’enveniment : « Un jour, je me suis réveillé sur un lit d’hôpital à Montpellier et j’étais amputé des deux jambes. » Retour à Nîmes, mais à la rue et en situation de handicap. Autant dire que l’avenir ne s’annonce pas radieux. La rue, avec son cortège de violences, est un milieu hostile. Le SDF s’installe comme il peut à l’abri de l’arrêt de tram-bus « Amiral Courbet ». Il souffre de chaud l’été, du froid l’hiver et l’alcool devient son ultime refuge. Mais l’ivresse le rend aussi irascible et il interpelle parfois vertement les passants et les habitants du quartier qui s’habituent à le croiser. Son infirmité le rend vulnérable et une nuit il se fait voler son fauteuil roulant.

Nordine reconstruit le puzzle de sa vie.
Photo : Norman Jardin.

« C’est Géraldine, ange gardien »

C’est alors que dans cette période sans espoirs apparait Géraldine, une bonne âme. La monitrice éducatrice prend les choses en main et elle sort Nordine de son enfer pour arriver à la loger dans un centre d’hébergement avec un appartement individuel. « C’est Géraldine, ange gardien », plaisante le miraculé. Depuis le 9 mars, le voilà dans son logement avec un contrat et des règles à respecter. Ce studio est le symbole d’une nouvelle vie avec un lit, des sanitaires et surtout la sécurité. « Je ne bois plus d’alcool depuis mon arrivée ici. C’est café le matin et un peu de Pepsi dans la journée. Je mange beaucoup mieux aussi », assure Nordine. Géraldine le confirme et elle prévoit des sorties : « Quand il commencera à faire beau, on prendra le bus à 1 € pour aller au Grau-du-Roi. » L’occupant est soutenu dans sa vie quotidienne par des auxiliaires de vie le soir et Géraldine, la monitrice éducatrice, le matin.

« Je fais des puzzles, des mots fléchés et je regarde le sport à la télévision »

Le fan du PSG se reconstruit à son rythme et il a coupé les ponts avec ses compagnons d’infortune, pour mieux tourner la page. Il appréhende aussi le moment où il devra sortir dans ces rues qui lui rappellent tant de mauvais souvenirs. Le temps n’est pas encore venu et en attendant Nordine s’occupe : « Je fais des puzzles, des mots fléchés et je regarde le sport à la télévision. Je suis supporter du PSG et on a une revanche à prendre sur le Bayern de Munich qui nous a battus en finale de la Ligue des champions en 2020. C’est bien parti avec la victoire de mardi soir. » C’est avec des activités banales mais précieuses que l’ancien SDF reprend le cours d’une vie un tant soit peu normale.

« On ne trouve pas d’infirmier malgré la sollicitation d’une centaine de cabinets »

Mais tout n’est pas rose car le handicap de Nordine nécessite des soins quotidiens qu’aucun infirmier ne peut lui prodiguer. Alors, c’est Géraldine qui passe tous les matins à huit heures pour lui faire sa toilette et qui l’aide à se lever, mais ce n’est pas son rôle. Toutefois, elle le fait quand même en attendant une solution : « Si je ne viens pas, il est bloqué dans son lit. Je ne suis censée venir que le soir, mais je passe tous les matins car on ne trouve pas d’infirmier malgré la sollicitation d’une centaine de cabinets. Soit ils refusent catégoriquement, soit ils n’ont pas de disponibilité, soit c’est hors secteur. Je précise qu’il a une ordonnance du médecin et les infirmiers sont remboursés pour leurs actes, mais personne ne veut venir .»

Alors Nordine, qui perçoit l’AAH (allocation adulte handicapé), lance un appel à l’aide pour qu’un professionnel vienne tous les jours pour lui prodiguer des soins d’infirmier. L’homme revient de si loin. Il veut saisir cette deuxième chance pour mieux poursuivre le puzzle de sa vie.

Les infirmiers intéressés pour s’occuper de Nordine peuvent appeler au 06 83 17 54 57.

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